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I. — La Turquie

Géographie politique et économique.

Organisation politique. — L'empire turc comprend en Europe les possessions immédiates de Roumélie, de Maccdoiîieei d'Albanie; nominalement la province autonome de Roumélie orientale, annexée en fait à la principauté de Bulgarie; la province vassale de Crète; enfin, une fiction diplomatique conservait sur la liste des États du Sultan, les provinces de Bosnie et d'Herzégovine, annexées par l'Autriche. C'est un domaine de 326 728 kilomètres carrés, peuplé de 11182000 habitants. Mais la superficie des territoires directement soumis au Sultan est seulement de 170000 kilomètres carrés, avec 6 millions d'halùtants.

La population comprend les races les plus différentes, Albanais, Grecs, Serbes, Bulgares^ Arméniens, Turcs, Juifs, les Turcs étant, après les Juifs, les moins nombreux.

La Turquie occupe, par sa capitale, Conslantinople, et par les détroits, une situation géographique de premier ordre; mais, par son organisation, c'est un État lie dernier ordre.

Le gouvernement dans les possessioiis immédiates est la monarchie absolue. Le Sultan gouverne avec l'aide d'un conseil des 7ninist7'es et d'un conseil de fonctionnaires, appelé Divan.

Le budget de l'empire ottoman est toujours en déficit. Mais les emprunts contractés à l'étranger sont actuellement payés de façon rég-ulière, l'administration de la Dette publique étant, depuis la convention de 1881, confiée à une commission européenne.

h'arjnée turque, réorg-anisée sous la direction d'officiers allemands, compte 350 000 hommes en temps de paix et 750 000 hommes complètement exercés en temps de g-ucrre. Le soldat turc a de gramlcs qualités de discipline et de bravoure.

Au point de vue iiduiini^liiilir, le teiriloire est divisé on sept g-ouvernements ou vilayets administrés par des pachas ou valis.

La Macédoine est soumise depuis 1!)04 à un rég'ime spécial : la gendarmerie y est dirigée par des officiers européens, charg-és de prévenir les massacres autant que le banditisme.

L'Empire ottoman hors dEurope. — La vraie force de l'empire turc est en Asie, où il possède VAsie MIneia'e, la Syrie, la Mésopotamie, V Arabie; étrange domination qui s'exerce à la fois sur Jérusalem et sur la Mecque. En Afrique, il comprend le vilayet de Tripoli et garde un droit de suzeraineté nominale sur l'Ég-ypte. Au total, les possessions immédiates du Sultan couvrent près de 3 millions de kilomètres carrés, peuplés de 24 millions de sujets; les États tributaires ou protégés représentent il millions d'habitants.

Enfin il faut tenir compte de la puissance morale qu'exerce sur le monde musulman le « commandeur des croyants, héritier du prophète Mahomet ».

Les villes. — Les villes principales de la Turquie d'Europe sont :

Constant inople (en turc Stamboul) avec 1 106 000 habitants, la capitale de l'empire ottoman. Cette ville occupe une merveilleuse situation à la limite de l'Europe et de l'Asie. Commandant le détroit du Bosphore à son entrée dans la mer de Marmara, elle est le débouché naturel de toutes les régions qui entourent la mer Noire, des terres à blé danubiennes et russes, et comme leur port sur la Méditerranée ; elle est très proche de l'isthme de Suez. Au point de vue mihtaire, elle est la clef de ces régions.

Colonie grecque prospère sous le nom de Byzance, elle devint la première ville de l'Orient sous Constantin et ses successeurs ; plus longtemps que Rome elle resta la capitale de l'empire romain, l'asile de la civilisation au moyen âge. La conquête turque au xv^ siècle a remplacé la croix par le croissant sur la coupole de Sainte-Sophie, transformée en mosquée; les mosaïques byzantines ont disparu sous une couche de badigeon. Mais l'importance géographique de Constantinople subsiste. Son port, la Corne d'Or, est un des plus actifs du monde. 11 divise la ville en deux parties égales : à l'ouest la ville turque et le quartier grec du Fanar, à l'est les quartiers européens de Péra et de Galala, la ville franque, comme disent encore les Orientaux. Sur l'autre rive du Bosphore s'élève Scutari. L'avenir ne peut que grandir l'importance de Constantinople. Le jour prochain où sera achevé le chemin de fer de l'Asie Mineure au golfe Persique, Stamboul sera tête de ligne et point de jonction du réseau d'Europe et d'Asie.

Salonique (150 000 hab.), au fond du golfe qui porte son nom, commande la vallée du Vardar qui, prolongée par la vallée de la Morava, constitue le grand passage entre l'Archipel et la plaine hongroise. Aussi est-elle un des débouchés importants de l'Europe centrale sur la Médi terranée.

A Saloniquo, la moitié dà la population est composée d'israélites organisé-s en confréries de chargeurs, bateliers, magasiniers, etc. Les Grecs sont aussi tort nombreux dans ce grand port, comme dans toutes les villes du littoral.

Andrinople (80 000 hab.), capitale turque avant 1453, située au milieu d'une plaine fertile, est surtout importante par son commerce de produits ag-ricoles.

Géographie économique. — Les ressources de la Turcpiie sont surtout ariricoles : le maïs et le froment dans la vallée de la Maritza ; Volivier^ la vigne, le nrûrier dans les régions voisines de l'Archipel; les forêts dans les Balkans. La culture du te6«c,aprisun développement assez considérable dans la Roumélie, de même que la cultui^e des rosiers, d'où les habitants des plaines de la Maritza tirent leurs précieuses essences.

L'élevag-e, comme l'ag-riculturc, souffre du manque de sécurité. Cependant les moutons sont nombreux en Roumélie et en Albanie. Les chèvres sont élevées dans les régions montag'neuses, ainsi que les ânes et les mulets. Il y a encore en Roumélie do bons chevaux qui ont conservé les caractères de la race arabe, jadis importée par les Turcs.

La production minérale est insig-nifiante, quoiqu'il existe de belles mines de fer en Thrace, des mines de plomb argentifère, des carrières de marbre; le sel est produit en grande (|uanlité dans la région de Salonique.

L'industrie existe à j)eine en Turquie; les ]»lus im])ortantes manufactures sont celles où on fabrique les lapis, particulièrement à Andrinople.

Voies de communication. — Les voies de communication sont j)eu noTiibreiiscs et mal entretenues.

11 n'y a ]jas de voies règ-ulièrcmont navigables.

Les chemins de fer en Tur(|uic d'Europe n'ont encore qu'une longueur de 2 000 kilomètres. Les deux principales lignes partent de Constaiilinople et de Salonique et mènent à Belgrade et en Hongi'ie, l'une par Andrinople et Sofia, l'autre par la vallée du Vardar et Uskuf.

Jjii Turcpùe d'Asie est traversée par 2700 kilomètres de voies ferrées.

Le commerce, dans ces conditions, est peu actif : il n'atteint pas un milliard; rimportation (720 millions) dépasse

LA PÉNINSULE DES BALKANS iil

de beaucoup l'exporlation. La Turquie vend des céréales, de la soie brute, des minerais, du tabac, et achète des tissus, du cale, du sucre. L'Angleterre fait à elle seule plus de 40 pour 100 des échanges avec la Turquie. La France se voit disputer le second rang- sur ce marché par l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne.

IL — Bulgarie.

Organisation politique. — La Bulgarie, indépendante depuis la g'uerre turco-russe et le traité de Berlin (1(S78), s'est annexé en 188.5 la Itoumélie orientale, au sud des Balkans, L'une et l'autre sont g'ouvernées par un prince théoriquement vassal du sultan ; mais le tribut stipulé n'a jamais été payé. X^ç, prince gouverne à l'aide d'un ministère responsable devant le Sohranié, chambre unique élue au suflrage universel.

Avec une superficie de 00000 kilomètres carrés, la principauté compte 4028 000 habitants, soit 39 par kilomètre carré. Les Bulgares sont en majeure partie de race slave et de religion orthodoxe, mais ils ont une Église indépendante, dirigée par un hexarque.

L'armée compte 40000 hommes, et peut réunir 200000 hommes sur le pied de guerre. Le budget des dépenses atteint 100 millions.

La capitale, Sofia (08000 hab.), bien située dans la haute vallée de l'Isker, communique avec la vallée de la Maritza par le défilé de Trojan et commande ainsi la ligne ferrée de Belgrade à Gonstantinople. Philippopoli (43 000 hab.) est le chef-lieu de la Roumélie orientale. Roustchouk sur le Danube, Varna et Bourgas, les ports de la mer Noire, sont les villes les plus commerçantes.

Géographie économique. — Le sol de ces pays est des plus fertiles. On cultive principalement les céréales (blé, seigle, orge, maïs). Quelques vallées de la Roumélie orientale, au sud des Balkans, sont couvertes de champs de rosiers; la petite ville de Ke'satilick fournit de ses essences de roses les parfumeries du monde entier. On évalue à plus de 2 000 kilogrammes sa production annuelle ; on compte

218 DESCRIPTION PARTICULIÈRE DES ÉTATS EUROPÉEiNS.

3200 kilogrammes de pétales pour un kilog-ramme d'essence.

h' élevage commence à se développer ; buffles et bœufs sont employés aux transports; moutons et chèvres servent à l'alimentation. Quelques localités produisent des chevaux assez estimés.

Le ver à soie est élevé dans plusieurs vallées.

Les richesses minérales des montagnes bulgares commencent à être connues, et sont assez considérables. La houille s'y rencontre fréquemment à fleur de terre. Des gisements de fer sont exploités depuis de longues années.

L'industrie bulgare en est à ses débuts, mais elle paraît avoir un bel avenir. A Gabrovo et Tirnovo se trouvent des fabriques de draps assez importantes, qui fournissent des draps bruns, grossiers, mais fort solides, dont se vêtent les paysans.

Voies de communication. — La Bulg-arie est traversée du nord-ouest au sud-est par la g-rande lig-ne de Paris à Constantinople, une des artères importantes du trafic européen. Outre cette g-rande voie, il existe en Bulg-arie deux lig-nes secondaires (Tirnovo-Slivno-Bourg-as et Roustchouk- Varna) ; une troisième lig-ne rejoint Sotia à la lig-ne Roustchouk- Varna et aux chemins de fer roumains. Au total on compte 1000 kilomètres exploités.

La Bulg-arie possède sur la mer Noire deux bons ports, Varna et Dourgas, mais sa frontière laisse à la Roumanie le cours inférieur et le delta du Danube. Les échelles du Danube, Silistrie, Roustchouk, Sistovo, Nicopoli ont un trafic assez actif.

Commerce. — Le commerce extérieur de la Bulg-arie subit des fluctuations très sensibles provoquées par l'abondance ou la pauvreté des récoltes : par exemple, les expartalians^ montées à 108 millions en 1806, sont tombées à 53 millions en 1800. et se sont relevées à 114 millions en 1000. Elles comprennent surtout des céréales, des animaux, des peaux, des essences de roses.

Les biiporlations^ consistant surtout en produits manufacturés auslro-hongrois, anglais et allemands, (issus, machines, oulils et en denrées coloniales, varient de 80 à 110 millions par an.

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