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CHAPITRE IV

CLIMAT DE l'eUROPE

Sommaire. — L'Europe, située presque entière dans la zone tcmpén'e, iloit aux deux séries de mers qui la baignent, aux vents prédominants du sudouest et de l'ouest et à l'influence du Giilf-Slrearn un climat lempcré, mais avec de grandes variétés d'une région à l'autre.

Les caractères du climat maritime propres à l'Europe occidentale, températures douces et écarts médiocres entre l'hiver et l'été, font place, de l'ouest à l'est, au climat continental qui sévit sur la plaine hongroise et la Russie ; hivers longs et rudes, étés très chauds. Le climat continental se manifeste encore sur le plateau de Castille et, à un moindre degré, dans les pays méditerranéens, par de brusques variations de température.

De même les pluies diminuent de l'ouest <à l'est (0™,95 en Irlande, 0™,35 dans la Russie orientale). La saison prédominante des pluies est l'hiver dans les paj's méditerranéens, l'été dans l'Europe orientale et dans les Alpes, l'automne et le printemps dans l'Europe occidentale.

L'Europe ne compte pas de déserts, mais les pays méditerranéens et la Russie méridionale sont exposés à de longues sécheresses d'été.

Latitude. — L'Europe, plus étendue d'est en ouest que du nord au sud, est située presque tout entière dans la zone tempérée. Une faible partie de ses terres, en Suède, en Norvèg-e, en Laponie et en Russie, dépasse le cercle polaii^e d'envii^on 500 kilomètres : au sud, ses caps les plus extrêmes, les pointes de Tarifa, Passaro et Matapan, sont éloig-nés de 1400 kilomètres de la zone torride.

Cette situation procure aux pays eui^opéens des avantag-es réels, mais très inég-aux, car la zone tempérée est précisément celle où le climat, c'est-à-dire l'ensemble des conditions de température, d'humidité, de lumière, varie le plus d'un lieu à l'autre aussi bien que d'une saison à l'autre.

Nombre de causes, outre la latitude, influent sur le climat. Ce sont : l'action de la mer, l'action des courants atmosphériques et marins, l'altitude et l'orientation des systèmes montagneux.

Influence de la mer et des courants océaniques. — Le fait qui domine le climat de l'Europe, c'est sa situation maritime. La masse des eaux océaniques ou méditerranéennes, lentement échauifées et lentes à se refroidir, est

pour les pays articulés qu'elle pénètre un réservoir d& chaleur aussi bien que d'humidité.

Le climat de l'Europe est spécialement modifié et adouci par lacliou du Gulf-Strearn, qui n'est qu'une dérivation du courant équatorial de Tocéan Atlantique. Ce courant cliaud vient baigner les côtes occidentales de France et d'Angleterre; mais le contingent le plus fort de ses eaux coule entre les îles Britanniques et l'Islande, de sorte que la côte de Norvège et une partie des côtes de Laponie et du Spitzberg, dans l'océan Polaire, sont baigm-es par lui et protégées des glaces, tandis que sur lautre rivage de l'Atlanlique. les iceberr/s descendent jusque dans les parages de Terre-Neuve sous le 50® degré et le 45« degré de latitude, On a dit très justement que « l'idilux de ces eaux fiédes du (iulf-Stream agit sur le climat comme s'il éloignait le continent européen de la zone glaciale pour le rapprocher de léquateur ».

Influence du relief. — La proportion des hautes terresaccumulées en massifs ou en plateaux est trop faible en Europe pour y produire autre chose que des moditlcations climatériques toutes locales; le massif alpestre, le haut plateau des deux Castilles en Espag-ne, n'exercent leur influence réfrig-érante que sur un espace assez restreint. Il n'y a rien là de comparable à la masse des hautes terres et des plateaux de l'Asie centrale, soumise au régimecontinental le plus excessif du globe.

L'orientation des montagnes a en Europe une action plus considérable que leur masse. Les souffles venus de l'Atlantique ne rencontrent aucun obstacle de l'ouest à lest dans les plaines qui s'étendent de l'Océan à l'Oural. Mais les péninsules méditerranéennes et particulièrement l'Italie, sont abiitées contre les vents du nord, et la Lombardic, protég-ée par les Alpes, jouit d'iui climat privilégié, tandis que les massifs du Dauphiné, de la Savoie et de l'Oberland restent couverts de neige pendant un long hiver.

Régime des vents. — L'Europe est située dans la zone des vfîUs cdrinhies de l'hémisphère nord. Ces vents soufflent de toutes les directions et chaque changement indiqué par la g-irouette modifie la température ou l'humidité de l'air. Ces vents variables n'ont point tous la même fréquence. Les vents du sud-ouesf, contre-courant des alizés, prédominent dans l'ensemble de l'Europe, et particulièrement dans les régions occidentales baig-nées par l'Atlantique. Ce sont des vents chauds et pluvieux, puisqu'ils viennent des rég-ions tropicales de cet océan : c'est aussi du sudouest et de l'ouest que viennent g"énéralement les grandes

perturbations atmosphériques, les tempêtes et les bourrasques signalées par la baisse du baromètre et caractérisées par le mouvement giratoire de Fair autour du centre de dépression. Les trajectoires que suivent les tempêtes ont leur orig-ine dans l'Atlantique, et vont se perdre soit au nord, soit à lest de l'Europe. Ces tempêtes, quoique très fréquentes, n'atteig'nent généralement pas la violence des cyclones des régions tropicales et des typhons des mers de Chine.

Le vent du nord-est, froid et sec, est le vent caractéristique de l'Europe orientale.

Le vent d'est est continental par excellence, très froid en hiver, très chaud en été, toujours dépourvu d'humidité. La Russie méridionale lui doit ses écarts excessifs de température : il fait descendre le thermomètre à — 20° en hiver •et rélève en été jusqu'à -|- 30" à Tombre.

Mais il ne faut pas exagérer la fréquence des vents A' est et de nord-esL ni l'étendue sur laquelle ils régnent, s'imaginer par exemple qu'ils arrivent ■en Europe après avoir traversé toute l'Asie. Les observations faites en Sibérie, particulièrement à Tioumen et à Jénisseïsk', ont constaté au contraire que là, comme en Europe, ils soufflent moins souvent que les vents ■à''ouest et de sud- ouest.

Par contre, l'altention doit se porter sur la fré(juence des cahues, (jui est dans la Russie orientale comme en Sibérie une des causes du climat continental avec ses caractères de sécheresse et de températures extrêmes.

Dans la Méditerranée règ-nent des vents périodiques de saison^ analog"ues aux moussons, mais qui ne présentent pas la même rég'ularité. Ce sont les vents étésiens, ainsi nommés parce qu'ils alternent et suivent les saisons. Vei^s les mois de juin et juillet, le vent du nord s'établit régulier sur V Archipel et souffle parfois pendant quarante jours sans interruption. En octobre le vent du sud redevient prédominant.

Dans la .Méditerranée occidentale, le vent le plus fréquent souffle du nord-ouest, suivant une ligne diagonale allant de l'extrémité des Pyrénées (capCreus) au sud de laSardaigne fcap Spartivento). Ce régime n'a pas rei;u de dénomination classique, les Romains, beaucoup moins aptes à la vie maritime et moins observateurs que les Grecs, ne l'ayant pas remarqué.

Les divers parages de la Méditerranée ont leurs vents locaux nettement caractérisés : en Grèce, le Vorias (Borée), vent glacé et violent, analogue à la Borra du nord «de l'Adriatique et au mistral de la Provence.

Les Alpes, avec leur agencement compliqué de massifs et de vallées, déterminent également de nombreuses particularités locales, des variations de courants ascendants ou descendants comparables aux brises du littoral; les bourrasques, les tourmentes de neige et les orages y sont d'une violence et d'une fréquence au moins égales à celles des tempêtes de l'Océan. — La Suisse est exposée au fœhn, vent chaud et sec qui souffle du sud, et amène en peu d'heures la fonte des neiges des Alpes et une crue des torrents alimentés par leurs glaciers.

Étude des températures. — 11 résulte de lopposition des influences continentales et maritimes en Europe : 1° qu'à latitude égale, la température moyenne devient de plus en plus basse à mesure qu'on s'avance vers l'est; — 2° qu'il y aura un contraste plus grand entre les températures d'hiver et d'été dans l'Europe orientale que dans l'Europe occidentale.

Températures extrêmes. — La plus haute température d'été observée en Europe s'est élevée à 41° à l'ombre au sud de la péninsule Ibérique; et la plus basse en hiver est descendue à — 50° dans la Russie orientale.

Températures moyennes d' hiver . — L'hiver est beaucoup moins rigoureux dans l'Europe occidentale que dans les pays situés sous la même latitude sur le continent asiatique ou de l'autre côté de l'Atlantique, au Canada et aux États- Unis. C'est ce que montre bien le tracé des lignes isothermes de janvier [=^ lignes réunissant les lieux où ont été observées les mêmes températures moyennes). Ces lignes sont loin de correspondre aux parallèles de latitude. Ainsi l'isotherme de 0° traverse l'Amérique du Nord et l'Asie centrale et orientale sous le 40'' parallèle (c'est la latitude de New- York et de Pékin); en Europe elle se relève dans la région occidentale jusqu'au nord du GO'' parallèle, sur le littoral de Norvège, auquel font face les pays glacés du Groenland. La décroissance de la température se l'ait moins du sud au nord que du sud-ouest au nord-est : -|- 10° en janvier à Lisbonne et à Naples situées à la même latitude que New- Yoik ; 0° à Vienne ; — 10° à Moscou.

Te7n])ératures moyennes d'été. — En juillet, au contraire, les lignes isothermes s'indi'chissent vers le sud-ouest et la Russie centrale eslaussi foitementéchauiréequelePorlugal:

20°; la Finlande autant que les îles Britanniques. — Les températures moyennes de juillet atteignent 25° dans le sud de l'Espag-ne, la Sicile et la Morée ; 10° dans la Russie septentrionale, la Norvèg-e et Tlslande.

Écart des températures. — L'écart des températures maxima et minima de Tannée va croissant à mesure qu'on s'éloigne de l'Atlantique en marchant vers l'est. C'est que l'on passe du climat maritime au climat continental. Tandis que dans les îles Britanniques l'écart observé entre les températures du mois le plus chaud et du mois le plus froid ne dépasse pas 10 ou 12°, l'écart s'élève à 22° à Berlin, à 30° à Moscou.

Astrakan, aux bouches de la Volga, présente le type achevé du climat continental en Europe. En juillet la chaleur y est plus forte qu'cà Rome; en hiver, le froid y est plus rig-oureux qu'au cap Nord.

Le passage du climat maritime au climat conlinontal ne s'opère point d'une façon absolument régulière. A rextrémité m«'me de l'Europe occidentale, dans la péninsule Ihérique, il existe, par suite de la forme spéciale du elief, une région à climat continental assez accusé. Le plateau Castillan, bien que situé entre la Méditerranée et l'Atlantique, subit un écart de 20" entre les températures moyennes d'été et d'iiiver. En prenant les températures les plus hautes et les plus basses observées dans l'année, ou constate que le thermomètre à Madrid passe parfois de — 8° en janvier à -f 40° en juillet.

Marche de la température. — La répartition des jours de l'année entre les différentes saisons est loin d'être semblable partout. Dans l'Europe orientale les hivers sont non seulement plus rig-oureux que dans l'Europe occidentale, mais encore plus longs; le printemps est tardif et très court; l'automne y existe à peine. Ainsi à Odessa le thermomètre, au l*"" mars, marque encore 0°. Il atteint + 5° après le 15 avril et monte alors très rapidement à -j- 22° en juillet. A Bordeaux, au contraire, le thermomètre est déjà à -f- 9" au 1*='" mars ets'élève g'raduellement jusqu'à -(- 20° en juillet. Il y a là des différences d'une importance capitale pour la végétation.

Les froids sont très prolong-és, sinon très rig-oureux, dans les Alpes Scandinaves ; la température y reste plus de sept mois inférieure à 0°. En Sicile, au contraire, la température est constamment supérieure à -|- 10° et pendant

cinq mois les chaleurs dépassent + 20°. Ainsi, d\m côté G "est Tété qui disparaît, de l'autre c'est l'hiver.

Les grands hivers. — 11 faut encore signaler les températures exceplionuelles que présentent certaines années. Le climat de l'Europe occidentale est tempéré, mais non pas régulier. Une même saison peut changer de caractère d'une année à l'autre. Par exemple, les hivers de 1879 et de 1890 furent exlrèmement rigoureux, ceux de 1880 et de 1889 ayant été exceptionnellement doux. Des dilîérences analogues se présentent entre des étés successifs.

Ces hivers exceptionnels offrent ce très grand intérêt pour la géograpliie, qu'ils représentent le climat mathématique de l'Europe, c'est-.i-dire le climnt que nous subirions si l'influence de l'Atlantique n'adoucissait pas la température. L'examen d'une carte des pressions barométriques permet en elïet d'établir que dans ces hivers les calmes et les vents d'est ont prédominé, repoussant loin du continent les effluves tièdes et les vapeurs de l'Océan. En pareil cas l'Europe occidenlalc subit des froids analogues à ceux de la Russie ou du Canada.

Pluies. — L'Europe ne connaît point les énormes pluies de certaines régions tropicales riui reçoivent jusqu'à 15 mètres de précipitations annuelles. Les vallées de notre massif alpestre les mieux exposées pour recevoir l'humidité atmosphérique, celle du Tagliamento par exemple, sont six fois moins bien partag-ées. L'excès de sécheresse est également inconnu en Europe; il n'existe point une étendue notable de son territoire que l'absence de pluies change en désert. C'est le principal avantage qu'elle a sur tous les autres continents.

La chute annuelle de i)luie diminue à mesure que l'on va d'ouest en est, comme l'indique le tableau suivant :

JOUUS JIlLLI.MIîTKES

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