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Mais il faut se souvenir du sage conseil d'Horace :
... Versate diù quid ferre récusent, Quid valeant humeri (1).
Laissant donc aux poètes le privilège envié de pouvoir déployer leurs ailes et monter en haut par un vigoureux essor , je cheminerai modestement à pied, suivant la métaphore dont les anciens se servaient pour désigner la prose :
Sermone pedestri.
Aussi bien, ni Platon, ni saint Augustin, ni Bossuet, ni le P. Lacordaire, ni le P. Gratry, n'ont eu besoin de parler en vers pour entraîner les âmes sur les plus hauts sommets. En
(\) Examinez longtemps ce que vos épaules sont capables de porter. (Art poétique.)
la compagnie de ces maîtres, où à leur suite, quoique bien loin d'eux, on peut se consoler de n'avoir pas à sa disposition la musique de la poésie, lorsqu'on essaie d'indiquer* tout ce qu'il y a de poésie et de philosophie dans la musique, rattachée à sa sublime origine ou ramenée à sa véritable fin.
Je dédie cet opuscule très spécialement aux professeurs et aux élèves de nos séminaires et de nos maîtrises. Il me serait doux d'espérer qu'il pourra contribuer à mettre davantage en honneur dans nos maisons les vrais principes de l'éducation et de la formation des âmes ; le goût et la culture de l'art musical, dans ses rapports avec le sentiment religieux; un zèle plus intelligent et plus vif à seconder les désirs de l'Eglise, notre mère, dont tout le labeur tend à ce que Dieu, appelé par nos saintes Ecri-
tures « le générateur de la Beauté » ( i ) soit toujours mieux connu, mieux aimé, mieux servi.
Des circonstances très indépendantes de ma volonté m'ont obligé à différer l'impresHon de cet opuscule. J'eusse même hésité à le publier, si des juges d'un goût très sûr et vraiment compétents en matière de musique et de littérature , ne m'eussent donné l'assurance qu'il pourrait faire quelque bien.
De ce retard involontaire, résultent deux conséquences : la première, c'est que je puis dédier ce modeste travail à sainte Cécile, l'illustre vierge et martyre de Rome, la patronne de la musique religieuse. La seconde, à laquelle j'étais bien loin de penser lorsque, sur la
(1) Speciei generator. (Sap. xm, 3.)
demande instante de plusieurs de mes auditeurs de Rimont, je me décidais à écrire et à développer mon allocution du 31 juillet, c'est qu'elle va paraître à l'abri du titre que Sa Sainteté le Pape Léon XIII s'apprête à me conférer sous peu de jours.
Cette haute dignité m'imposera le devoir, plus impérieux que jamais, de travailler dans une union très intime de pensée, et de cœur, avec le Vicaire de Jésus-Christ, et de lui donner le concours de mon plus sincère dévouement, afin d'établir dans le monde les saintes « harmonies et eurythmies » de la foi et de la charité.
Aulun, 22 novembre 1894, en la fête de sainte Cécile.
LA MUSIQUE DANS L EDUCATION DES JEUNES ATHE- NIENS AU CINQUIÈME SIÈCLE AVANT LERE CHRÉTIENNE.
Dans un de ses dialogues, Platon a tracé un plan d'éducation pour la jeunesse athénienne de son temps.
Le voici ;
« Aussitôt que l'enfant sera capable de « comprendre ce qu'on lui dit, la nourrice
« et la mère, le précepteur et le père ri- « valiseront entre eux à qui lui donnera la « meilleure éducation. A propos de chaque « parole, de chaque action, ils lui ensei- « gneront et lui montreront au doigt que « telle chose est juste et telle autre «injuste; que ceci est honnête et cela « honteux; que ceci est saint et cela « impie ; qu'il faut faire ceci et ne pas « faire cela. . . Ils l'enverront ensuite chez « un maître auquel ils recommanderont « d'avoir plus soin de former ses mœurs « que de l'instruire dans les lettres et dans « l'art de toucher le luth. C'est aussi à « quoi les maîtres donneront leur prince cipale attention, et lorsque les enfants « apprendront les lettres et seront en état
(( de comprendre les écrits, ils leur feront « lire et les obligeront d'apprendre par « cœur les vers des bons poètes où se « trouvent quantité de préceptes, de dé- « tails instructifs, de louanges et d'éloges « des grands hommes des siècles passés, « afin que l'enfant se porte par un prin- « cipe d'émulation à les imiter et conçoive « le désir de leur ressembler.
« Les maîtres de luth en usent de « même ; ils ont soin que les enfants soient « sages et ne commettent aucun mal. De « plus, lorsqu'ils leur ont appris à toucher « le luth, ils leur enseignent les pièces des « bons poètes lyriques, en les leur faisant « exécuter sur l'instrument ; ainsi ils obli- « gent en quelque sorte la mesure et Vhar=-
« monie à s'identifier avec l'âme des jeune « gens , afin que, devenant plus doux, plus « mesurés, mieux d'accord avec eux- « mêmes, ils soient plus capables de bien « parler et de bien agir. Toute la vie de « l'homme, en effet, a besoin d'eurythmie et « d'harmonie (1). »
Je ne crois rien exagérer en disant que ce substantiel abrégé de pédagogie renferme, au moins d'une manière implicite, les principes fondamentaux d'une saine éducation, à savoir : la religion et la morale ; la responsabilité des parents et des maîtres ; la formation chez l'enfant de
(1) FJaç yocp ô Sio; tou àv0p(O7rou sùpuôuuoc; te xoct £Ùap(/.o<jTiaç oserai. (Platon, Protagoras.)
l'intelligence, du cœur et de la volonté : l'alliance féconde des arts avec les lettres pour développer dans l'âme la science maîtresse de parler et d'agir, conformément aux règles du beau et du bien.
On voit aussi que la musique, unie à la poésie, y tient une grande place. C'est par elle que les enfants s'habitueront à se conduire toujours avec mesure et sagesse et à mettre leurs actions d'accord avec les prescriptions de la conscience et du devoir.