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LA MUSIQUE SACREE AUXILIAIRE DE LA PRÉDICATION

Plût à Dieu que tous ceux qui patronnent l'usage de la musique dans les cérémonies du culte ou qui ont mission de l'exécuter à l'aide des instruments et des voix humaines, fussent pénétrés à fond de toutes les belles et justes idées que je viens d'emprunter à des saints et à

des hommes de génie sur la mission religieuse de l'art musical (1) !

Ce serait d'abord l'exclusion absolue de cette musique théâtrale qui, loin de disposer au recueillement et à la piété, de favoriser dans les âmes l'éclosion de la componction attendrie, de les soulever, malgré leur pesanteur, et de les aider à monter plus haut, n'est propre qu'à dissiper l'esprit, à réveiller des réminiscences et des impressions dangereuses, à divertir de l'application sérieuse à la prière et à rendre plus difficiles les saintes ascensions vers le monde surnaturel.

(1) Saint Thomas d'Aquin les a résumées dans la seconde partie de sa Somme tkéologirjue . (Question xci, art. 2.)

Adapter aux textes sacrés tirés de la sainte Ecriture et aux paroles liturgiques dont l'Eglise se sert dans la célébration de nos mystères des mélodies profanes, vulgaires, employées d'ordinaire à exprimer des passions terrestres : n'est-ce pas une sorte de profanation, à laquelle on pourrait appliquer la censure portée par saint Paul contre ceux qui introduisent d'impurs alliages dans l'infinie pureté et sainteté de la parole de Dieu (1)?

« Que le son de vos voix, dit un pieux « auteur du dixième siècle, que la mélodie « de vos chants soient toujours en harmo- « nie avec la sainteté de la religion dont

(1) Non sumus adultérantes verbum Dei; sed ex siuceritate. (II Cor., ir, 17.)

« ils sont l'organe. Qu'on y trouve non le (( talent profane des difficultés vaincues, « mais l'expression des convictions chré- « tiennes dont vous êtes pénétrés. Cherce chez non pas à imiter les procédés et les « méthodes du théâtre, mais à produire « dans les âmes la componction des pé- « chés (1). »

Si donc il s'agit des enfants qui, bientôt peut-être, deviendront des clercs, des lévites, des candidats du sanctuaire, puis

(1) S. Nicet. C'est à une Instruction de ' Mgr Parisis, évêque de Langres, que j'ai emprunté ce texte. Cet important sujet de la musique et du chant d'église a été traité bien des fois. Outre cette instruction pastorale, publiée en 1846, on lira avec fruit le savant ouvrage de M. Hippolyte Réty, ancien maître de chapelle à Saint-Pierre de Màcon.

des prêtres, chargés de veiller à l'intégrité de la religion, à la splendeur du culte et des cérémonies sacrées, j'estime que Ton ne saurait s'y prendre de trop bonne heure pour former leur goût au sujet du chant d'église et leur inspirer le désir de le faire coopérer aux mystérieuses opérations de la grâce dans les âmes (1).

(1) Saint. Bernard a stigmatisé les défauts qui doivent être évités dans l'exécution du chant ecclésiastique et indiqué les qualités qu'il doit avoir. Cantus ipse, si ftterit, p tenus sit gravitate nec lasciviam resonet, nec rusticitatem. Sic suavis, ut non sit levis; sic mulceat mires, ut moveat corda... Sensum litterœ non evacuet, sed fecundet. Non est levis jactura gratiœ spiritualis, levitate cantus abduci a sensuum ulilitate et plus sinuandis intendere vocibus quam insinuandis rébus. (Saint Bern. Epist. 398.)

Pourquoi ne le dirais-je pas ici pour rendre hommage à la puissance de l'art musical employé comme auxiliaire de Fapostolat de la parole ? Dans une des premières stations quadragésimales prêchées

On peut voir par ces dernières paroles combien le saint tenait à ce que, par-dessus tout, l'agrément du chant ne vînt pas distraire l'esprit du sens des paroles chantées. Un ancien auteur a fait, de la manière dont les textes liturgiques étaient traités par les chanteurs de son temps, une critique qui, malheureusement, n'a rien perdu de son opportunité. « Plusieurs fois, dit-il, pendant l'office divin, j'ai « prêté toute mon attention pour distinguer ce que « l'on chantait sans avoir pu en saisir un mot, tant « les syllabes étaient mêlées et confondues par des « répétitions, quelquefois dans d'horribles criailleries « ou des beuglements inouïs. Clamoribus potius hor- « ridulis et inaudito boatu obsturata. » (Guil. Lindanus, Panopl. Evang.,\iv. IV, ch. 78.)

par moi à. la cathédrale d'Autun, vers le milieu de la retraite spéciale donnée aux hommes , après avoir commenté quelques textes empruntés aux lamentations de Jérémie, je prévins rassemblée que j'allais lui faire entendre ces mêmes textes non plus expliqués, mais chantés. Aussitôt que je fus descendu de chaire, notre maître de chapelle (1), de sa voix si expressive et si bien conduite, entonna par mes ordres, « la prière du prophète Jérémie ». Cette mélodie, exécutée en plain-chant, avec un simple accompagnement d'orgue, retentit sous les voûtes de notre vieille

(1) M. l'abbé Xavier Pillard, alors directeur delà maîtrise de notre cathédrale, aujourd'hui chanoine théologal.

église de Saint-Lazare. Chaque parole pouvait être saisie et comprise par les auditeurs auxquels je venais de l'expliquer. Rien ne leur était plus facile que de s'approprier les sentiments de contrition si admirablement exprimés par le texte sacré. A la fin, l'artiste, mettant toute son âme et toute sa foi dans une dernière phrase, résuma les exhortations du prédicateur et redit, avec le prophète, la très pathétique et touchante supplication :

« Jérusalem, Jérusalem, convertis-toi; retourne-toi vers ton Dieu. Jérusalem, Jérusalem, convertere ad Dominum Deum ttium. »

Pour moi, il me semblait (et je suis toujours sous la même impression) qu'il aurait

fallu avoir un cœur de pierre pour résister à un pareil appel. Si des conversions ont eu lieu au cours de ces exercices, je n'hésite pas à dire que, pour les opérer, la grâce de Dieu s'est peut-être autant servie de ce chant si religieusement exécuté que de la parole du prédicateur.

Quoi de plus honorable et de plus encourageant pour ceux qui, à des degrés divers, concourent à l'exécution de la musique sacrée dans nos églises? Aussi voudrais-je que tous, depuis l'artiste qui touche le grand orgue ou préside dans le chœur à l'unité des diverses parties du chant, jusqu'au petit enfant de la maîtrise qui doit mettre dans nos symphonies un écho des voix angéliques, oui, que tous prissent

pour devise cette parole de saint Paul dans laquelle ils trouveraient un enseignement des plus utiles, et un précieux encouragement. « Nous aussi, nous pouvons quelque chose pour la vérité (1). »

(1) Il Cor., xm, 8.

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