‹ Eustache [microforme]Chapitre 20 sur 21 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Théophyta raconte ses malheurs depuis l'instant où elle fut enlevée par le Maure.

Théophyta, la vertueuse mère, leva vers le ciel des yeux humides de pleurs et parla ainsi : ‘* Le moment affreux où cet infâme capitaine de vaisseau vous fit jeter à terre et me retint captive est encore présent à mon esprit. A peine élais-je revenue de ma défuillance, lorsque le Maure impie, qui n'avait d’antre

dieu que l’argent et ne connaissait d’autre bonheur que les jouissances terresires, se Jeta à mes genoux,

me demandant de lui partner sa brutalité envers mon mari el mes enfai:, siléguant pour excuse la violence de l'amour qu'il avait conçu pour moi.

‘“—Console-toi, me disait-il, de Ja perte de ton mari: ce n’est aujourd’hui qu'un misérable mendiant, mais moi je suis riche. Je possède beaucoup d’or, de perles et de diamants ; je t’en donnerai autant que tu en pourras désirer. Tu auras des habits de pourpre, et rien ne sera trop beau pour toi; tu boiras les vins les plus exquis, et je t'en donnerai autant que tn en voudras. Dix esclaves noirs te serviront, toi seule leur donneras des ordres souverains, et tu règneras de même sur mon cœur, Oh! dis, as-tu jamais rêvé un bonbeur semblable? Laisse-moi baiser ta main, et dis-moi que tu te rends à mes vœux.”

‘* Je repoussai avec la plus grande indignation ces infâmes propositions. Cependant il ne cessait de me tourmenter pendant des journées entières, essayant tantôt de m’enivrer par ses flatteries et ses promesses, tantôt de m'arracher par la crainte et les menaces quelque consentement à ses criminelles propositions. ‘* Eh bien, je t’épouserai, ajouta-t-il ; auras-tu jamais

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éprouvé un si grand bonheur ? Mais quelle folie te pousse à mépriser mes bienfaits ? ”

*“ Le troisième jour, il se présenta encore à moi le matin, s’informant avec beaucoup de politesse de ma santé, et me demandant si j'étais enfin revenue à des idées plus raisonnables, Mais voyant à mes yeux baignés de larmes et au chagrin qui se décelait sur mon visage combien j'avais horreur de ses lâches desseins, Il devint rouge de colère et me dit avec emportement qu'il était fatigué de mes larmes et de mes refus, ‘‘ ju s’agit plus, dit-il, de promesses ni de vaines menaces, je le laisse encore cette Journée pour réfléchir: je ne reparaîtrai pas avant ce soir ;

nais que ta détermination soit arrêtée quand le soleil disparaîtra à l’horizon .” En achevant ces mots, il me lança un regard menaçant qui me fit frissonner ; il était furieux, et, en me quittant au milieu d’un torrent de blasphèmes, il alla s’enfermer dans sa chambre, en heurtant avec violence tout ce qu’il trouvait sur son passage. |

‘* C'était toujours une consolation pour moi de penser que durant cette journée je ne serais pas obsédée de ses sollicitations criminelles, Je me réfugiai dans un coin du navire, et, enveloppée dans mon manteau, je priai Dieu à chaudes larmes de me déli. vrer d’un si pressant danger. Je demeurai là le reste du jour : le soleil s’inclinait rapidement à l’horizon, ses rayons semblaient s’éteindre dans la mer, et le Maure, dont l'attente me causait de si cruelles

angoisses, n'avait point encore paru. cr: je e

crus démêler dans la contenance des matelots de l’inquiétude et de l’affliction : je les voyais groupés de côté et d'autre sur le pont, causer à voix basse, l'air

ensif, et se séparer en haussant les épaules ou en Éochant la tête.

‘ Je ne savais à quoi attribuer cette agitation : pourtant une lueur d'espérance pénétra dans mon cœur, et je sus bientôt que le capitaine avait été saisi subitement d’une fièvre violente et qu’il était en danger de mort. fl ne devait plus, en effet, revoir le lever du soleil; en quelques heures il eut succombé

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