CHAPITRE VI
Eustache trouve une généreuse hospitalité, — Son voyage en Égypte. —Il apprend la mort de sa femme.
L'aurore, répandant sa douce lumière à travers les nuages, éclairait déjà la mer, le sommet des rochers et là cime des arbres, lorsque Eustache se réveilla. Son malheur, celui de ses enfants et de leur bonne mère furent sa première pensée ; les riantes images qui avaient enchanté son sommeil devaient faire place à l'affreuse réalité. Il éleva vers le ciel ses yeux pleins de larmes, et déposa au sein du Seigneur ses infortunes actuelles et tout son avenir. Le soleil se levait en ce moment, etsa lumière bienfaisante faisait briller la terre d’un nouvel éclat, ‘Hier à son coucher, dit Eustache, il était entouré de brouillards et de sombres vapeurs, et semblait se plonger dans une mer de sang; ce matin il se lève tout radieux d’un éclat nouveau. C'est l’image de la vie ; ceux que nous aimons le plus disparaissent pour nous dans les sombres vapeurs de la mort : une longue nuit nous tient séparés, mais un matin joyeux nous réunira bientôt tout brillants d’une lumière immortelle. ?”’ Eustache ne songeait plus qu’à gagner en toute hâte le port de mer poPsrtel était destiné le chargement du vaisseau. 1l espérait retrouver Ià son épouse et pouvoir, en implorant les lois, l’arracher à son impie ravisseur, {l se mit donc en chemin sans plus tarder, et continua son pénible voyage sur un terrain sablonneux entre la ner et des rochers élevés. Le malheuréux voyageur avait à supporter des fatigues qui surpassent là force de l’homme: la chaleur du soleil
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brûlant d'Afrique, réfléchie par les rochers, était intolérable, et il n’avait Pour apaiser sa faim que quelques huîtres qu’il rencontrait sur le bord de la mer. Les gouttes de rosée qu’il trouvait sur les feuilles larges et plissées de quelques plantes rafraichissaient sa langue desséchée et étanchaient sa soif. Il fit ainsi une grande partie du chemin sans prendre de repos ; cependant les rochers qui borduient la mer et formaient une haute muraille à sa droite se rapprochaient de plus en plus, et il arriva à un point a les eaux baignaient le pied des rocs. Il découvrit cependant une gorge qui conduisait dans les montagnes, et il y entra avec confiance, espérant toucher au terme de Son Voyage; mais ce défilé aboutissait à un désert encore plus sauvage que celui qu'il avait traversé, Ses yeux n’apercevaient aucun vestige humain, et s’il n'eût vu sur le sable des traces fraîches de bêtes féroces, il eût cru que jamais être vivant n'avait visité ces lieux. La nuit commençait à envelopper la terre de ses ténèbres ; Eustache gravit avec peine jusqu’au sommet d’un rocher escarpé et se blottit dans un antre pour y passer la nuit sans avoir rien à craindre es animaux féroces pendant son sommeil. Dès le lendemain il se mit en marche: la solitude devenait de plus en plus effrayante, le soleil s’inclinait déjà à horizon, et Eustache ne savait pas qu’il approchait du terme de son voyage. Un peu d’eau qu'il avait puisée à une source presque tarie et quelques baies amères de rochers l'avaient soutenu jusque-là, II se résignait à mourir de faim dans ces montagnes sau-
"vages, lorsqu'il remarqua à uelque distance un senges,
tier étroit mais assez fréquenté. Il le suivit quelque temps, et au détour d’un rocher escarpé sa vue plongea
ans une vallée, Bientôt il découvrit de grands arbres, puis de belles prairies parsemées d’une multitude de fleus jaunes et rouges ; plus loin il vit des champs fertiles et cultivés avec soin, qui s’étendaient jusqu'à un gros village dont on apercevait les toits au milieu d'une forêt d'arbres fruitiers, Cette riche contrée, que doraient les rayons d’un beau soleil, présentait un’ aspect varié et agréable,
a - EUSTACHE
Eustache descendit promptement le cote qu'au moment où il arriva au villa
au, et, jus-
e, il ne cessa de
remercier Dieu de ne l'avoir pas laissé mourir dane
le désert. A la porte de la première hab; assis un vieillard qui paraissait jouir des
tation était rayons du
soleil couchant, tout en surveillant deux jolis enfants
qui jouaient ensemble auprès de lui et
ses petits-fils. Eustache s’approcha de
ui semblaient
lui et lui
demanda si un étranger pouvait trouver dans le village un gîte pour la nuit. Sans doute, répondit le
vieillard, et vous me feriez ma maison ; je suis pauvre, que je possède, je vous l'offre de bon cœu
L' triste voyageur accepta avec reco celle offre toute cordiale, et il entra dans
même plaisir
de son hôte, qui s’empressa de lui apporter su un peu de vin et qques fruits. ‘ Prenez, lui di
ces aliments ‘en atten
d'accepter
il est vrai, muis tont ce
nnaissance la maison
til,
ant que ma fille revienne du
travail des champs et nous prépare à souper. Rafratchissez-vous, et que le Seigneur vous bénisse. ” A ces
mots Eustache reconnul avec joie que le bo
n vieillard
était chrétien. ‘* Dieu soit loué ! s'écria-t-il à san tour, de m'avoir conduit ici, car moi aussi je crois en Jésus-
Christ notre divin Sauveur.
paysan, qui se nommait Clément, s’em avec un amour vraiment fralernel.
s'étaient comprises ; une même foi, une m
” Eustache et le vieux
brassèrent
Leurs âmes
ême espé-
rance, un même amour de Dieu établissaient entre
eux une communauté de
pensées qui les unissait plus
étroitement l’un à l’autre que les liens du sang. Il
s'établit aussitôt entre le
auvre paysan et l’infortuné
général une confiance plus intime que s'ils eussent
vécu ensemble depuis un La fille du vieillard ne champs avec son mari.
grand nombres
d'années.
tarda pas à rentrer des ‘* Voyez, leur dit l’honnête
Clément, le Seigneur nous a envoyé un de ses dis-
ciples: regardez-le comme notre ami. ” époux le saluèrent avec un sourire amical s'asseoir auprès de Jui.
ses malheurs et les persécutions que sa foi
Les deux et vinrent
Eustache leur raconta alors
en Jésus-
Christ lui avait fait endurer. L'enlèvement de sa
tu, et, jusle cessa de ourir dans ation était rayons du lis enfants emblaient ui et lui ins le vilépondit le l'accepter Is tout ce »»
naissance a maison du pain, lui ditil, ienne du
>. Aces vieillard san tour, en Jésusle vieux rassèrent 1rs âmes me espéent entre ssait plus
sang. Il nfortuné , eussent l’années.
trer des honnête ses dises deux | vinrent 1{a alors n Jésusit de sa
femme et la mort tragique de ses deux fils attendrirent vivement cette pieuse famille. La jeune femme ne put relenir ses larmes, et le pieux vieillard lui donna quelquess cousolations.” Ces rêves, que le Ciel Vous a envoyés dans votre douleur, ne sont peut-être pas sanssi gnification : vous n'avez pas vu déchirer vos enfants, qui sait s’ils n’ont pasété miraculeusement sauvés ? — C’est impossible, murmura Eustache, — Comment ! dit le vieillard, il n'y a rien d’impossible à Dieu, sa loute-puissance est sans bornes; et quand vos rêves ne devraient s’accomplir que dans l’autre vie, quand vos enfants seraient morts véritablement, ils vivront radieux de la vie des anges auprès du trône de Dieu, vous les ÿ verrez certainement. Votre épouse, soyez sûr que le Seigneur le protégera ; vous la retrouverez en Égypte, et vous l’arracherez à son barbare ravisseur. Si mes forces me le permettaient, j'aurais voulu vous accompagner moi-même; mais voici mon gendre, Clite, qui a déjà fait ce Voyage et connaît le chemin ; il sera votre guide ; demain vous partirez. ” Ces paroles furent pour Eustache une source de consolation, et le souper se termina dans une douce gaieté, Le repas était modeste, mais Je bon cœur de ses hôtes donnait aux mets uu parfum de bon goût qui les fit trouver délicieux, et ce fut le cœur plein de calme et d'espérance qu'it alla se livrer au repos.
Le lendemain, longtemps avant la pointe du jour, il se mit en route avec le gendre du vieux Clément ; ils marchèrent à grandes journées, ne prenant de repos que pendant les heures leg plus chaudes du jour. Lorsqu'ils eurent traversé les montagnes et furent arrivés dans Ja plaine, Eustache, avec le peu ‘argent qui lui restait encore, loua un chameau pour aller plus vite et plus Commodément. Ils arrivèrent . enfin à une ville de commerce maritime, devant laquelle étaient à l’encre un grand nombre de navires. Eustache s’empressa d'aller examiner tous les vaisseaux du port, etil reconnut bientôt celui sur lequel il s'était embarqué ; il était à sec sur le rivage. Il s'approcha pour en voir les ornements, et s’assura que c'était bien le même.
PAS RE TER ant fase ati)