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Enfin, je vous revois. On m’avoit caché pendant plusieurs jours votre maladie , et je n’en ai connu le danger que lorsque vous avez pu prendre vous-même le soin de m’assurer de votre convalescence.
Oui, ma plus cliere, je n’avois jamais vu de si près la sombre rive dont nous approchons chaque jour sans nous en douter. Mais, quelque obscure que me parût souvent la terrible route
Vous disiez comme Montaigne : Allons avec courage où tant de braves gens sont allés avant nous.
Non , je disois , je pensois encore mieux du moins. Je me félicitois de franchir avant vous le pénible passage , de vous précéder dans ce monde trop inconnu.
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Pardonnez-le-moi ; je ne m’en félicitois que clans l’idée d’y trouver un moyen quelconque de confirmer les espérances dont je vous avois si souvent entretenue , de parvenir peut-être. . . .
Hélas ! quelle communication peut-il exister entre la vie et la mort, le néant et l’existence même la plus débile , la plus prête à s’éteindre ? Si des amis séparés par le redoutable abîme pouvoient avoir encore quelque rapport entre eux, aurions-nous besoin de tant d’efforts de raisonnement et de méditation pour nous persuader ce qu’il seroit alors si facile et si doux de croire ?
Ainsi donc , si je vous avois promis de revenir de l’autre monde vous assurer de la réalité de nos plus douces espérances ; si je vous apparoissois , en effet, après ma mort sous une forme sensible , et sous laquelle vous ne pourriez vous empêcher de me reconnoître ; si je revenois
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vous rappeler, cl’une maniéré très distincte et très positive, la suite de nos plus sécrétés pensées , et si je vous assurois alors, d’une voix angélique, que tout ce que j’avois osé présumer de notre vie à venir existe bien réellement, et surpasse même toutes les idées , toutes les images que nous pouvons nous en faire dans nos rapports actuels , vous ne douteriez plus ?
Je croirois à votre résurrection éternelle comme je crois à celle dont j’ai le bonheur de m’assurer en ce moment.
Comment ne pas envier après cela l’extrême bonheur de ceux qui sont arrivés par un moyen si simple au but que les efforts de tant de grands philosophes ne purent jamais atteindre, et qui jouissent avec sécurité d’une si douce persuasion ?
Auriez-vous l’avantage d’en connoître quelques uns ?
Un assez grand nombre.
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Comment?
Oui , tous ceux qui croient qu’un sage dont la vie entière fut le plus parfait modèle de toutes les vertus , dont tous les discours ne respiroient que la vérité la plus pure et la plus sainte , dont les actes de puissance les plus extraordinaires ne furent que des œuvres de miséricorde et de bonté ; que ce sage a péri d’une mort violente , dans les souffrances et dans l’humiliation , victime auguste et volontaire de la plus cruelle injustice ; qu’il est mort , et qu’après être ressuscité le troisième jour, comme il l’avoit prédit à ses amis , il les a revus, non isolément, mais rassemblés et réunis , les a revus dans plusieurs circonstances également frappantes , et n’a cessé de les entretenir des mêmes espérances dont il les avoit entretenus avant de les avoir confirmées par le plus mer-
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veilleux comme par le plus consolant de tous les miracles \
Ah ! si la conviction de notre esprit pouvoit dépendre uniquement du désir plus ou moins vif, plus ou moins sincere d’obtenir cette conviction , vous me verriez devenir chrétienne à l’instant.
Je le sais. On ne commande pas plus à sa foi qu’à sa conscience , lorsqu’on veut être sincere avec soi-même. Mais le désir,
(i) La résurrection de Jesus-Christ nous est toujours représentée dans le Nouveau-Testament comme le principal objet de la religion apportée aux hommes par cet envoyé céleste , comme la base essentielle et la plus haute garantie de cette nouvelle révélation. « Si Jésus-Christ n’est point ressuscité , dit S. Paul , notre prédication est vaine, et votre foi est vaine aussi ». Prem. èp. aux Corinthiens, chap. i5. C’est sur ce miracle qu’est fondée cette parole de l’Ecriture : La mort est engloutie pour jamais. O mort ! où est ton aiguillon? O sépulcre! où est ta victoire ?
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le seul désir bien vrai de pouvoir embrasser avec confiance une doctrine quelconque , ne seroit-il pas un puissant motif pour l’examiner sans prévention , pour peser mûrement toutes les preuves sur lesquelles cette croyance est fondée ? Ce qu’il y a d’évident, au moins défait, très indépendamment de toutes les recherches que je me trouverois trop heureux d’entreprendre avec vous sur un objet d’une si haute importance , c’est qu’il n’est aucune religion positive qui tout à la fois ait rendu l’idée de l’immortalité plus commune, plus populaire que la religion chrétienne , l’ait moins mêlée de fables, de vaines conjectures, de tristes ou de folles rêveries, et cependant en ait tiré plus d’utiles conséquences pour la morale et le bonheur de notre existence actuelle1. Voilà ce qui
(i) Aux yeux des hommes naturellement
entretien.
m’a ramené constamment au respect qu’on m’avoit inspiré dès mon enfance pour le christianisme , à l’époque même de ma vie où je me sentis le plus fortement entraîné par le torrent des systèmes et des opinions les plus opposées à cette sainte doctrine, trop défigurée, en effet, par les prêtres de toutes les sectes, mais que l’évangile m’offrit toujours dans sa pureté primitive , sans aucun mélange de
honnêtes et bons, c’est une fort belle idée sans doute que celle d’établir, comme l’a fait Kant, les preuves les plus évidentes de la religion sur le principe même de la moralité de l’bomme. Mais aux yeux de la multitude, au gré de la sensibilité comme de l’imagination la plus vulgaire , une morale , fondée sur un principe religieux, trouvera toujours plus de croyance, aura toujours une autorité plus imposante que n’en peut avoir une religion appuyée uniquement sur un principe de morale, sur une disposition naturelle qui n’existe malheureusement pas d’une maniéré assez sensible dans tous les indi-
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dogmes et d’opinions que mon sentiment ou ma raison eussent eu trop de peine ou trop de répugnance à croire.
Eh bien, mon ami, puisque nous existons encore , employons le reste de nos jours à méditer cette consolante doctrine, llel isons avec tout le recueillement que doit imposer un si grand intérêt Bossuet , Pascal, Fénélon, et sur-tout l’évangile.
Leibnitz l'avoit avoué naïvement à je ne
vidus de l’espece humaine , que les individus , même les plus privilégiés de cette espece , n’éprouvent pas constamment , et qui , toute remarquable qu’elle est, ne prouve au fond rien de plus que l’ordre admirable dont nous pouvons appercevoir les traces plus ou moins confusément dans l’économie générale et particulière de toutes les parties de ce vaste univers que nous sommes à portée d’observer et de connoître. Une loi ne prouve pas autrement l’existence d’un législateur que l’ordre et l’harmonie ne prouve celle d’un principe ordonnateur.
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sais plus quelle princesse , qui lui demandent si l’on pouvoit démontrer l’immortalité de l’ame par les seules lumières de la raison : — non pas bonnement.
Et le bon Socrate, après avoir dit tout ce qu’on pouvoit dire en faveur de cette sublime doctrine, convient lui -même qu’il seroit bien à desirer qu’elle pût nous être attestée par quelque révélation céleste. Il faut prendre à cet égard , dit le sage d’ Athènes peu d’heures avant de mourir , il faut prendre l’un ou l’autre parti, celui d’apprendre des autres quel sera notre sort après cette vie , ou de le découvrir par nous-mêmes, et, si la chose est impossible , nous attacher à la meilleure, à la plus probable des opinions que puisse nous offrir la raison humaine, et courir le risque de traverser le cours de la vie sur cette foible planche , à moins qu’on ne puisse en saisir une plus sûre , qui porte sur un fondement plus solide,
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quelque oracle divin1. Quoi qu’il en soit, que pouvons-nous faire de mieux, ajoutet-il , que d’enchanter notre ame par de si douces images , par de si nobles espérances ?
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P.lat. Phœd.p 229, ed. Forst. Oxori.
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Ibid.
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