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L’intime conviction d’une vie à venir devant avoir une si grande influence sur la moralité des actions humaines, on est étonné de ne pas trouver sur cet objet de plus fréquentes et de plus positives assurances dans le livre dont nous avions toujours admiré la sublime simplicité , dans lequel nous avions toujours reconnu tant de caractères saints et respectables, mais que nous vénérons aujourd’hui , sans doute , avec un nouveau sentiment de confiance et d’amour.
J’ai souvent eu la même idée ; mais en y réfléchissant davantage , j’ai cru voir que les saintes Ecritures, et sur-tout celles du Nouveau-Testament , nous avoient dit sur l’immortalité de l’ame et sur notre existence future, tout ce que pouvoit ex-
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primer l’imperfection de notre langage, tout ce qu’en pouvoit comprendre actuellement notre foible intelligence. Un livre qui parle au nom de l’Être suprême, d’un être souverainement juste, souverainement bon , et dont la puissance est sans bornes , ainsi que sa sagesse et sa bontÊ, un tel livre n’est-il pas lui-même la preuve la plus frappante de ce que les foibles lumières de la raison ne pouvoient entrevoir qu’à travers un nuage de doutes et d’incertitudes ? L’immortalité de l’ame, si difficile à démontrer pour qui ne croit pas en Dieu , semble , en quelque sorte, une vérité toute simple aux yeux de quiconque a pu s’élever
jusqu’à l’idée de cet Etre suprême , des attributs et des perfections absolument inséparables de la seule idée de son existence. L’auteur de tant de merveilles, l’auteur de toutes les harmonies que nous découvrons dans cette petite partie de
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l’univers qu’embrassent nos regards, n’a rien fait , n’a rien conçu qui ne doive répondre au but de sa destination. Il n’a pas daigné commencer la création d’un être tel que l’homme pour ne point l’achever ; et le cours borné de notre destinée dans ce monde est loin d’atteindre le terme du développement dont nos facultés paroissent susceptibles. L’auteur de tant de merveilles , l’auteur de tant d’harmonies ne peut rien vouloir d’incomplet, rien de discordant, rien d’inutile. Tandis qu’il accorde des siècles de durée à des productions dont la dignité ne peut entrer en aucune comparaison avec celle de l’esprit humain , ne laisseroit-il subsister que peu d’instants ce que nous connoissons de plus admirable dans ses ouvrages , la pensée de l’homme de génie, le sentiment de l’homme vertueux, l’étonnante puissance de leur volonté ! Tout ce que créa l’Etre suprême
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doit devenir l’objet de ses soins et de son amour ; et ce qu’il sut créer avec si peu d’effort, comment ne sauroit-il pas
le conserver ou le reproduire 1 ! L’Etre tout-puissant qui joint à cette puissance infinie une sagesse, une bonté non moins infinie, donne à nos vœux, à nos espérances toute une autre garantie que les forces d’une nature aveugle , quelque éternité de puissance et d’énergie que l’on veuille ou que l’on doive lui supposer.
Mais enfin , si par quelque miracle , par quelque révélation incontestable , nous pouvions être aussi convaincus de la certitude et des conditions d’une vie à venir, que nous le sommes de notre existence actuelle, avec quelle résigna-
(i) Les Persans disent : « Le verre rompu se remet en son entier; combien plus l’homme peut-il être rétabli dans le sien , après que la mort l’a mis en pièces ». Voyages de Chardin, t. IV, p. a58.
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tion n’en supporterions-nous pas toutes les peines ! avec quel dévouement n’en remplirions-nous pas tous les devoirs!
Les plus grands , les plus nobles sacrifices ne nous coiiteroient plus aucun effort.
Hélas ! peut-être l’accomplissement de celui de nos devoirs qui nous semble aujourd’hui le plus simple et le plus aisé , nous deviendroit-il alors presque impossible. . . .
Je vous comprends , celui d’attendre avec soumission le terme de la vie , ce terme qui tour-à-tour nous paroi t si près et si loin de nous. . . .
Et qu’il seroit cependant en notre pouvoir de franchir à chaque instant , si nous n’étions pas encore plus retenus par je ne sais quel instinct, que par nos préjugés ou par nos principes. Le désir si naturel d’exercer et de perfectionner les plus nobles de nos facultés n’est-il
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pas contrarié, réprimé sans cesse par les obstacles de tout genre que nous rencontrons à chaque pas dans le cours le plus ordinaire de la vie , quelque rapide et quelque borné qu’il soit, quelque heureux même qu’il puisse paroître pour certains individus. Que de pénibles efforts notre pensée n’a-t-elle pas à faire pour ne pas être continuellement distraite par les impressions tumultueuses de nos sens , par les sensations agréables comme par les inquiétudes et par les douleurs que ces impressions font éprouver à notre sensibilité. Cette pensée tour-à-tour si foible et si hardie ne se voit -elle pas entourée de toute part d’entraves et de limites qui la troublent et qui la gênent? ne se sent-elle pas véritablement emprisonnée dans le cercle étroit de l’organisation dont elle dépend , sans le secours de laquelle son énergie ne peut se développer , mais qui , toute admirable qu’est
cette organisation , loin de suffire à l’exercice de ses forces , en arrête , en comprime les plus heureux élans ? Comment tout homme , qui connut jamais le charme profond de la pensée , comment ne soupireroit-il pas , ainsi que l’apôtre , après la délivrance de ce corps mortel 1 , dont les besoins et les imperfections lui font sentir si douloureusement l’impossibilité d’atteindre au but qui le fuit , et qu’il ne peut s’empêcher de poursuivre ? Cependant le devoir de vivre est le premier que nous impose la nature , en nous appelant du néant à l’être ; et ce premier devoir devient le principe d’une foule d’autres obligations , indépendamment même du rapport très moral et très religieux sous lequel l’Évangile nous ordonne de considérer la vie comme un temps d’épreuve , durant lequel nous
(i) Epître aux Romains , ch. VIII, y. a3.
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devons nous préparer à de plus hautes destinées , nous rendre dignes d’une éternité de bonheur.
Et quelle idée nous faire, mon ami, de ce bonheur? Rien de plus vague et de plus obscur que ce que nous en dit le livre par excellence.
Toujours par les mêmes raisons sans doute , et par le même motif. Comment exprimer ce qu’aucun œil humain ne put jamais voir, ce qu’aucune oreille humaine ne put jamais entendre? Mais la philosophie , en admettant la vie à venir , ne sauroit la concevoir que comme une suite naturelle de notre existence présente. Et la religion révélée ne fait que confirmer cette idée, en nous assurant que nous trouverons dans l’autre monde la compensation tout à-la-fois la plus juste et la plus miséricordieuse de ce que nous aurons été , de ce que nous aurons fait, et de ce que nous aurons souffert dans celui-
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ci. Nous continuerons de craindre et d’espérer : mais s’il est de notre nature d’être foibles et bornés , il est de notre nature aussi de tendre toujours vers la perfection • et ce vœu , trouvant moins d’entraves , moins d’obstacles , nous donnera plus de jouissances, de paix, et de bonheur. S’il est de notre nature d’être éternellement foibles et bornés , il est de la
nature de l’Etre suprême d’avoir autant de clémence et de bonté que de sagesse et de puissance...
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