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TROISIEME MEDITATION

Des douleurs extérieures de J.-C. dans sa Passion.

Ipse autem vulneratut est propter iniquitates nostras atlrilui est propter teeiero nottra.

n a été couvert de blessures pour nos péchés, et c'est pour dos crimes qu'il a été brfsé de coups. (Isa!., 53.)

PREMIER POINT. Outre que l'âme de Jésus-Christ devait servir à l'expiation de nos péchés, et, par ses peines intérieures, satisfaire à la justice divine , Dieu, qui lui avait donné un corps capable de souffrir, voulait encore que ce sacré corps lût livré aux plus cruels tourments; c'est pour cela que le Sauveur des hommes endura une si rigoureuse passion, et qu'après avoir répandu tout son sang, il expira enfin sur la croix. Leçon bien sensible pour moi, et admirable modèle d'une des vertus les plus propres du christianisme, et surtout de la profession religieuse, qui est la mortification dés sens.

Ce que j'ai premièrement à considérer, c'est ce que mon Sauveur a souffert ; et pour m'en former quelque idée, il me suffit de prendre le crucifix, d attacher mes regards sur ce corps adorable , tout ensanglanté et tout couvert de plaies, de le contempler à loisir, et d'entendre au fond de mon âme les paroles que m'adresse, par son prophète , ce Dieu mourant : 0 vous tous qui passez par le chemin de cette vie mortelle, faites attention, et voyez si jamais il y eut des souffrances pareilles aux miennes (Thren. 1). Je n'ai qu'à parcourir des yeux ce visage meurtri de soufflets et tout livide, celte tète couronnée d'épines , cette bouche abreuvée de liel, ces mains

et ces pieds percés de clous; ce côlé ouvert d'une lance, tous ces membres déchirés et disloqués : voilà l'état où l'ont mis ses bourreaux, el où il est mort. Que puis-je répondre à cet exemple, et que me dit mon cœur à ce spectacle?

Quand on me parle de pénitence, et qu'on m'exhorte, selon le langage de l'apôtre saint Paul , à porter sur mon corps la mortification de Jésus-Christ (ii. Cor. 4), s'agit-il pour moi de tout cela, et me demande-t-on tout cela? On exige de moi une vie austère, mais à quoi se réduit cette austérité de vie? aux observaiices de ma règle : car il n'y a point, par rapport à moi , de plus solide mortification , et c'est là, suivant les vues de Dieu, que toute ma pénitence est renfermée. Ne donner de nourriture à mon corps, qu'autant que la règle lui en accorde, et que celle que la règle lui accorde ; ne prendre de repos que dans le temps prescrit par la règle , et que selon la mesure du temps que la règle y a destiné; n'avoir, ni pour mon vêtement, ni pour ma demeure, ni pour toutes les autres choses qui servent à mon entrelien , que ce qui est conforme à la règle et à la plus étroite ligueur de la règle; vaincre là-dessus toutes les révoltes de la nature, et n'écouter aucun des prétextes dont l'amour-propre a coutume de s'autoriser; du reste, soutenir avec courage et sans m'épargner, tout le poids de la règle , dans les exercices laborieux où elle m'applique, dans les veilles de la nuit, dans le chant du chœur, dans le travail des mains, dans les fonctions et les i'aligucs de mon emploi, dans tout ce qui regarde mon ministère. Vivre de la sorte, non pas pour un jour, ni pour une semaine, ni pour une année; mais, sans interruption et sans relâche, jusques â la mort : voilà, de ma part, tout ce que Dieu attend, .et de quoi il se contente; voilà où je puis me fixer. Il est vrai que cela est mortifiant , et il est surtout vrai que cette continuité est bien pénible et bien pesante; mais après tout , qu'y a-t il là qui soit comparable aux douleurs et à la passion de Jésus-Christ?

Cependant ne suis-je pas obligé de reconnaître ici devant Dieu et à ma confusion, que ma principale étude dans la vie, et mon soin le plus ordinaire, est de m'adoucir le plus qu'il m'est possible toutes ces mortilications de mon état? Combien en retranche-t-on, et combien de soulagements cherche-t-on à se procurer d'ailleurs? Los raisons, en apparence , ne manquent pas pour cela, et l'on sait bien s'en prévaloir. Je l'ai bien su moi-même jusqu'à présent; c'està-dire, pour ne me point fiatter, et pour me juger de bonne foi, que j'ai bien su me tromper et que je prends encore plaisir à demeurer dans mes erreurs, parce qu'elles me sont commodes et qu'elles favorisent ma lâcheté. Que je changerais bientôt de sentiments et de conduite, si les soufirances de Jésus-Christ étaient bien gravées dans mon cœur! et si je les avais plus fortement imprimées dans mon souvenir, tout me deviendrait léger, tout me deviendrait au moins soutenable. Quoi que pût dire la nature, je lui répondrais que je ne soutire rien, en comparaison de mon Sauveur, t^t que, s'il m'en coûte quelque chose, ce nest pas comme à lui, jusqu'à verser du sang. Je me dirais , et je dois en effet me le dire sans cesse, que si je ne puis vivre sur la croix, j'y puis mourir; et qu'il vaut mieux 5 mourir que de vivre et do mourir sans pénitence.

Bturioloiu. — 4 83

514 IlETnAITE SPIRITUELLE.

Deuxième point. Poiin-|noi J6>us-Cliri:?t a-l-il tant foiifTcrt? aiilre consiiléiaiioii non moins ^oli(lo, ni moins loiicliaiilc.il a soiilVert, parce qu'il s'y (Mail cn^Mgé pour la gloiri; rie son Père et pour le saint 'l(!s hommes. G'clail un cngnjgnment libre dans son principe cl [jleincmcnt volontaire; il pouvait ne pas accepler la conrlilioii qui lui avait ùlù prescrite, de souiïrir et de mourir, s'il voulait sauver le monde et réparer l'injure l'aile à Dieu. Mais l'iionneur de son Père lui ôtail trop cher, et il s'intéressait trop à notre salut pour ne sacrifier pas à l'un et à l'aulre son sang et sa vie. Voilà de (piclle manière il avait contracté de lui-même une obligat'oii si rigoureuse. Kn consèrpience du consentement qu'il y avait donné, C(>li(' loi, à laquelle il eut pu ne se pas soumettre, était drvcnue pour lui conin)e un devoir indispensable , et c'est ain-i qu'// .îWt /(/// obi'ù.s.sanl jusqu'à la mort et à la Diort de la croix (Philip. ?).

Quand il n'y aurait que la qualité de chrétien dont je suis revéiii, elle sullirail pour m'engagera vivre dans une coniinuelle praiique de la inorlilication de mes sens. En nous appelant au cliiisliauisme, Jésus-Christ nous a dit à tous, sans exception : Quiconque veut venir après moi , qu'il .se renonce soi-même, et qu'il porte sa croix tous les jours; sans cela Con ne peut être mon disfijile (Luc. 9). Or, si c'est là la vie d'un simple chrétien, que doit èire la vie d'un religieux? car, outre l'engagement commun cl général que nous avons tous, comme chréiiens, à une vie pénitente et mortifiée, j'en ai un particulier, comuic religieux, et je n'y puis manquer sans démentir ma prol'ession. Mou état est essentiellement un état de pénitence ; et en l'embrassant, j'ai voulu, ou j'ai dû vouloir embrasser tout ce qui s'y Irouve inséparablement attaché. En [uoiionçaul mes vœux, j'ai spécialement iirornis de suivre Jésus-Christ, et par conséquent de marcher dans la même voie que lui, qui est une voie de soullrance cl de n'noncement aux aises de la vie. J'y marche en ellet, et je ne puis plus me dispenser désormais d'y marclicr, ou volontairement, ou malgré moi. .Ma parole est donnée; et , de force ou de s^é, il faut vivre comme les autres, observer la même règle et pratiquer les mômes austérités.

Peut-éire, par ma làchclé et par la rcclierche de certaines commoililés, piiis-je, non pas absolument secouer le joug de la mortification rcdig'euse, mais le dminuer; et c'est ce que je n'ai que trop lait depuis bien des années. Mais qu'est-il arrivé de là? deux choses dont je ne saurais assez gémir : c'est que j'ai perdu tout le mérite de ce qu'il y a dans ma règle de plus austère et de plus mortifiant ; et d'ailleurs, que j'en ai perdu toute la douceur. Car il y a dans la mortification même une douceur secrète et très-sensible, mais qui n'est que pour les âmes vraiment mortifiées : or, ce n'est pas Tètre, que de se ménager autant que je fais, au milieu même des rigueurs et des morlilications dont il n'est plus en mon pouvoir (le mcxcmpler.

Heureux engngemcnt de la religion! elle me fournit tous les moyens de sati.-laire à Dieu pour mes p(>chés, de puiifier mon àrae devant IJieu, d'avoir part aux soudrances du Fils de Dieu. Noiisoulement elle me les fournil, ces moyens si salutaires, mais elle m'y assujettit. C'est uue péuileace journalière, liabiluelle, toujours

préîonto ; tonte autre pc'Tiitcnco, qui serait purement de mon choix, me pourrait êirc suspecta, parce que je crain'lr.iis, ou qu'elle ne fût pas sullisante , ou qu'elle ne lui pas conlorme aux desseius de Dieu ; mais je ne puis me défier de celle-ci , puisipje je ne l'ai prise que par la vocation divine, et que c'est Dieu même qui me l'a marquée. Qu'il en soit élerneilemenl béui, et que j'en sacLe utilement profiler

Troisième point. Enfin, comment Jésus-Christ a-t-il soiifTert? Avec une patience invincible et avec une constance inaltérable. Sa patience en fit, selon la figure du prophète, comme un agneau à qui l'on enlève sa toison sans qu'il fasse nulle résistance; ou comme une brel.is qu'on mène à l'autel pour y être immolée, et qui s'y laisse conduire sans se plaindre. Quel silence garrla-t-il devant Pilate qui le condamna? Dit-il une |);!ro!e contre les Juifs qui le traînaient, au milieu de Jérusalem, lié et garotté ; contre les soldats qui le déchiraient de fouets dans le prétuire, ou qui lui enfonçaient une couronne d'épines dans la tête ; contre les bourreaux qui' lui perçaient de clous les pieds et les mains, et qui Taltacliaient à lacroix? On eût cru qu'il était insensible; mais voilà l'effet de la patience dans les maux qui afiligent le corps, et dans les plus violentes douleurs. Ce n"est pas qu'on ne les ressente, et môme très-vivemput; mais n l'on n'est pas toujours maître d'arrêter quelques plaintes que la nature airachc, et qui lui sont une espèce de soulagement, du moins l'esprit de niorlificaliOQ et de patience en étoulfe une grande partie , et modère l'autre.

Avec cet esprit de patience et de mortification , je ne ferais point tant de retour sur moi-même aux moindres infirmités qui ra'arrivent, et je n'aurais point tant de compassion de moi-même; je ne témoignerais point t;»nt ce que je souiïre, et je n'en larlerais point en des termes si vifs, ni avec tint d'exagération ; je ne m'épancherais p'iint en tant de murmures, ni avec tant d'aigreur, dès qu'il m(! manque quelque chose; je ne m'épargnerais point tant, ni ne voudrais point tant l'être; je me soumettrais à tout, j'endurerais tout sans rien dire , ou je dirais .'îeule.''r.'"nt, comme saint l'aul . que je dois être tout revêtu de la ino) tification de mon Satueur. Vu:là comment je parlerais, et ce que je penserais : ma's p )uiqnoi est-ce qiuije parle et que je pcn-e tout uulren)enl? c'est que je ne eais guère ce que c'est que la vraie ûiOililiculion, et que je ne l'ai guère dans le cœur.

Mais ce que je sais encore moins, c'est de joindre à la patience êvangélique, et à la mortification religieuse, une ferme et inébranlable confiance. La patience du Fils de Dieu ne se démentit pas un iii(unenl jusqu'au dernier soupir qu'il rendit sur la croix. Celait là qu'il devait consommer son sacrifice, et il n'y avait que Ja mort qui dût mettre fin à ses donlcurs. On veut bien queliiuelbis moriilier .sa chair, et Ton est disposé à soulVrir; mais de persévérer dan> cclto sainie disposition, et de soutenir sans relâche cet état, c'est de quoi il y a peu d'exemples.

Où sont maintenant ces religieux si ennemis de leur corps, qu'ils portaient toujours, jusqu'au tombeau, la môme haine coalre lui, et

qu'ils ne cepsaient de le persécuter qu'en cessant de vivre? Saint François reconnaissait, môme e i mourant, qu'il avait traité le sien avec un excès de rigueur : hélas! ne lombe-t-on pas tous les jours dans un excès tout opposé? A peine ai-je fait quelque effort pour dompter mes sens, et leur ai-je une fois refusé ce qu'ils demandaient, que je me crois en droit de les dédommager dans la suite, et de condescendre à toutes leurs faiblesses. La plus légère incommodité me suffit pour m'inlerdire tout exercice de pénitence, et pour m'accorder des soulagements dont je me passerais fort bien, si je savais prendre un peu plus sur moi , et que je ne voulusse P'^int tant me flatter. Plus j'avance dans mes années, plus je me persuade que je puis retrancher de la sévérité de ma règle, comme si, à tout âge, l'on n'était pas également religieux. Il est vrai qu'il y a dis égards à avoir et d(!S mesures à garder; mais ces mesures ont des bornes , et souvent on ne leur en donne point. Ah 1 ne comprendrai-je jamais quel est le bonheur d'un religieux qui, après avoir vécu dans la raorlification , a l'avantage d'y mourir, et expire, comme Jésus-Christ , entre les bras de la croix?

Conclusion. Dieu rédempteur du monde, Seigneur, puisque c'est par la croix que vous m'avez sauvé, comment puis-je autrement me sauver moi-môme, et quand je le pourrais, comment le voudrais-je?En vous faisant mon Sauveur, vous vous êtes fait mon guide dans le chemin du salut ; et par conséquent je ne puis prétendre à ce salut que vous m'avez mérité , qu'aulant que je vous suivrai dans la voie de la croix que vous m'avez enseignée.

Mais, en supposant même que je pusse prendre une autre route, y pourrais-je consentir' Toute ma raison, toute ma religion ne s'élôverait-t-elle pas contre moi? Quoi! Seigneur, je vois votre corps, ce corps innocent , meurtri , déchiré de coups, et je voudrais flatter une chair aussi criminelle que la mienne, et n'avoir pour elle que l'indulgence ! Je vous vois abreuvé de fiel et de vinaigre, et je voudrais contenter mes appétits; je me plaindrais qu'on ne leur accordât pas ce qu'ils désirent! Je vous vois finir votre vie dans le plus cruel supplice, et je voudrais passer mes jours dans une vie aisée et douce 1

Hé! Seigneur, le disciple, et même le serviteur et l'esclave, doit-il donc être mieux traité que le maître? (juand, après m'être bien épargné, moi chrétien, moi religieux, moi dévoué à vous par tant de titres, je paraîtrai devant votre tribunal, comment soutiendrai-je l'affreuse différence qui se trouvera entre vous et moi? Comment la puis-je, dès maintenant, soutenir, et que faut-il autre chose, pour me combler de confusion, qu'un regard vers vous et vers votre croix? Ou plutôt, Seigneur, que faut-il autre chose pour me ranimer, pour réveiller en moi l'esprit de mortification et de pénitence, pour me revêtir d'une force toute nouvelle, et pour affermir, contre les plus rudes combats des sens et de la nature, toute ma constance? Non , mon Dieu, je ne sais plus rien, ni ne veux plus rien savoir désormais, comme votre apôtre, que Jésus crucifié. Voilà toute ma science. Ce serait peu de la posséder en spéculation , si je ne la réduisais en pratique. Vous contempler sur la croix,

Seigneur, c'est un moyen de sanctification; mais porter soi-même sa croix, et la bien porter, c'est la sanctification même , et la plus sublime perfection.

OONSIIDEIiATION.

Sur la Lecture.

LA lecture a été de tout temps un des exercices les plus ordinaires et les plus recommandés, non-seulement aux personnes religieuses, mais en général à toutes les personnes de pitHé, même dans le monde. Elle a servi à la conversion d'une infinité de pécheurs, et c'est elle encore qui sert de nourriture à la vraie dévotion, et qui contribue extrêmement «i l'entretenir. Mille exemples l'ont fait connaître, et voilà pourquoi, dans tous les ordres religieux l'on a pris soin de marquer un temps particulier pour cette pratique si salutaire. Or, comme il y a de mauvais livres , qu'il y en a d'inditférents, et qu'il y en a enfin de bons, il faut de môme rais^onner des lectures. Il y en a de mauvaises, qui sont défendues; il y en a d'indifférentes, qui sont tolérées ; et il y en a de bonnes, qui sont prescrites et ordonnées. C'est par rapport à ces trois caractères, que nous pouvons considérer tout ce qui regarde la lecture.

Premier point. Lectures mauvaises et défendues. Il y en a ae deux sortes. Les unes sont mauvaises, ou du moins dangereuses par rapport aux mœurs , et -les autres le sont par rapport à la foi et à la vraie piété. Les premières, qui peuvent corrompre les âmes et les porter au vice, ne sont pas communes dans les maisons religieuses, et c'est un article sur lequel il y a peu de réflexions à faire. Mais pour les lectures capables d'altérer la foi, et d'éloigner du droit chemin d'une solide piété, elles ne sont que trop fréquentes, et l'on ne peut user là-dessus de trop de vigilance ni de trop de précaution. Combien y a-t-il de livres qui se répandent, et qui sont évidemment remplis d'erreurs condamnées par l'Eglise? Combien y en a-t-il dunt la doctrine est au moins très-?uppecte , et dont le poison est d'autant plus à craindre , qu'il est plus subtil et plus caché? Combien ont-ils de maximes qui ne tendent qu'à décrédiler d'anciennes et de bonnes pratiques, et qu'a les abolir pour en substituer de nouvelles? On peut dire certainement que ce sont là de mauvaises lectures. Aussi l'Eglise en a-t-elle très-expressément défendu quelques-unes ; et quoiqu'elle ne se soit pas si formellement expliquée sur les autres, parce qu'il en faudrait venir a de trop longues discussions, ses ministres et ses vrais pasteurs s'en sont assez déclarés pour elle, et ont pris soin de découvrir aux âmes fidèles le venin qu'on leur présentait.

Lectures surtout nuisibles aux personnes du sexe qui, n'ayant pas certaines connaissances, se laissent plus aisément préoccuper et surprendre. Et c'est une réponse bien frivole que ce qu'elles disent ordinairement pour leur défense, savoir : qu'elles ne remarquent rien que d'édifiant dans ces lectures qu'on voudrait leur

interdire, et qu'elles n'en voient pas la contagion. Voilà comment elles raisonnent; et c'est justement raisonner Ci^iUme si, prenant une li(iucur empoi=onnCe, elles se cmyaient en sûrctô, parce qu'elles n"y ap''rçoivent rien que d'agrôable à la vue cl au goût. Il serait â souliailêr qu'elles la vissent, celle contagion; car alors elles seraient plus en état de s'en préserver. Mais ne la voyant pas, et étant néannnoins d'ailleurs averties qu'il y en a, la sagesse leur dicte-l-elle autre chose, sinon qu'elles doivent absolument rejeter ce qui pourrait, sans qu'elles y prissent garde, les infecter et les égarer. Ce n'est point toutefois ainsi que la plupart en usent. Dès là que certains livres ont cours dans le monde , on veut les voir; et, par un fonds de malignité qui nous est naturel, c'est assez que ce soient des livres notés et proscrits, pour piqi er davantage la curiosité, et pour la redoubler. En vain des supérieurs sages et vigilants prennent des mesures pour leur fermer 1 entrée dans une communauté : on sait les soustraire à leur vigilance et les faire venir dans ses mains. On les lit secrètement, mais assidûment, et l'on en repaît son âme comme de la nourriture la plus exquise.

Ce qu'il y a de merveilleux , c'est que tout cela se fait sans scrupule, malgré les condamnations les plus formelles et les plus rigoureuses des puissances ecclésiastiques. Elles s'uniraient toutes , et lanceraient tous leur anaUièmes , qu'on ne reviendrait pas de ses préjugés et de son entêtement. En vérité, peut-on croire alors qu'on soit conduit par l'Esprit de Dieu, peut-on espérer que Lieu répande sa bénédiction sur de semblables lectures? peul-on s'assurer qu'on n'ait rien à craindre ni rien à se reprocher du côté de la conscience? Et si l'on se le persuade, n'est-ce pas une des plus grossières illusions?

Il serait bien plus religieux d'observer les règles suivantes et de s'y attacher inviolablement : l" de ne lire aucun livre contre le gré des supérieurs; 2° de consulter, sur chaque livre qu'on lit, ou qu'on aurait dessein de lire, un directeur éclairé, et d'une doctrine éprouvée; 3» de mortifier une démangeaison e.xlrême qu'ont des personnes religieuses de voir tout ce qui s'écrit et qui se débite, se figurant qu'elles sont en état d'en juger, et qu'il n'y a là-dessus pour elles, ni peine à se faire, ni risque à courir; 4° de s'abstenir généralement de toute lecture suspecte : car il suffit qu'elle soit suspecte. Or, peut-on ignorer que bien des ouvrages dont on est si curieux , sont au moins des livres suspects , et très-suspects? Si l'on avait suivi ces principes en plusieurs communautés, la foi y serait plus pure, l'esprit des saints fondateurs s'y serait mieux conservé; les partis ne s'y seraient point élevés, et l'union r'es cœurs y aurait été par là môme beaucoup mieux cimentée et miei x entretenue; on n'aurait point lieu de déplorer les brèches qui s'y sont faites à l'ancienne discipline, et à l'exacte régularité, comme à la solide piété des premiers temps.

Deuxième point. Lectures indifférentes et tolérées. Il y a des livres qui ne sont ni mauvais ni bons, par rapport à la foi ou aux mœurs. Ce sont des ouvrages d'esprit, dont les sujets ne regardent, ni les vérités de la religion, ni les devoirs de la piété. On les lit

pour pap?er le temps , et par une espèce de rt'création, san? y chercher aucun fruit pour rédificalion de f-on âme, mais aussi sans y craindre aucun danger. Dans les maisons bien rôguliùres, et où l'observance est encore en sa pren'iière vigueur, on ne s'arrôle guère à ces sortes de lectures. Ca sont des amusements peu profitables, surtout pour des filles qui se sont dévouées au service de Dieu , et qui n'ont nul besoin de culliver certains talents, n'y d'accpicrir certaines connaissances. L'oraison, la méflitation des choses saintes, le chant du chœur, cpielque lecture édifiante, quelques conférences entre elles , et quelques conversations sages et utiles ; du reste , le travail , selon les dilférentes fonctions où l'obéissance les emploie : voila l'occupation qui leur convient, et ce qui doit remplir toute leur Journée.

AÙ-f\ la régie n'en mnrque-t-el1e pas communément davantage. Cependant, par une tolérance, qui peu à peu s'est introduite et qui ne croît que trop, la plupart des personne^ qui conduisent les communautés n'ont pas cru devoir se raidir contre ces lectures jusqu'à les défendre absolument et à les proscrire. Ainsi le silence des supérieurs, et je ne s^ais quel usage, semblent les autoriser.

Mais, si Ton n'a pas assez d'empire sur soi-même pour se refuser ces vains délassements d'esprit et pour s'en priver, du moins doit-on prendre garde à bien des désordres où l'on tombe sur cela, et cà bien des abus qui s'y commettent. 1° Dès qu'une fois on y a pris goût, on y donne trop de temps. D'une hcture à laquelle quelques moments devraient suffire, on se fait un exercice journalier et habituel. Car le goût est toujours accompagné de quelque passion ; cl quand la passion de lire s'est emparée d'un esprit, on ne connaît plus de bornes et l'on ne garde plus de mesures. 2° Ce qui arrive de là, c'est qu'on s'entête telUmenl d'une lecture qui plail, qu'on en néglige ses pratiques ordinaires et ses devoirs. On en retranche une partie et l'on s'acquitte précipiliimment du reste. Si, pendant le jour, on ne peut se ménager tout le temps qu'on souhaiterait, on le prend sur son repos pendant la nuit; et [tourvu que l'on se contente , on n'a égard , ni à la règle qu'on viole , ni môme à sa santé qu'on endommage. 3" Ce qu'il y a encore de Irèspernicieux, c'est que, par ces lectures profanes dont on se laisse vainement repaître l'imagination, et dont on se fait ou une élude ou un divertissement, on vient à se dégoùter-peu à peu des livres spirituels. On ne les lit plus que par manière d'acquit et que pour ne les pas abandonner tout à fait : mais à. peine en a-t-on parcouru des yeux quelques pages , qu'on retourne incessamment aux autres, et qu'on y porte toute son attention. Les meilleurs ouvrages et les plus remplis, non-seulement de religion , mais de sens et de raison , ne paraissent rien en comparaison de ceux-ci. On ne les croit propres que pour des commençants et pour des novices; et, par un renversement dont gémissent toutes les personnes sages, on préfère, comme disait l'Apotre, de frivoles discours à la plus saine doctrine, et des fables à la vérilé. 4° Kncore lire-t-on de là une espèce de gloire. On se pique d'un discernement plus juste et plus fin, pour rcconnaiire les livres bien écrits et pour en juger. On se charge la mémoire de divers endroits qu'on a

51'0 RETRAITE SPHUTUELLB.

recncillis , et qu'on récite bien ou mal, mais toujours avec une certaine o?tcntalion. On acquiert ainsi le nom de fille habile, et l'on prétend l'acquérir. On en ept jaloux , et l'on ne se souvient pas que la plus belle science d'une âme religieuse, est de savoir s'humilier, s'avancer dans les voies de Dieu , et se sanctifier. Or, voilà ce qu'on n'apprend guère dans ces livres qu'on recherche avec tant de soins, et toute autre science néanmoins, sans celle-là, n'est que vanité.

Troisième point. Bonnes lectures et expressément ordonnées. Deux choses contribuent à rendre une lecture utile et salutaire : la qualité du livre qu'on lit, et la manière dont on le lit. Quant à la qualité du livre, quoiqu'il y ail sans doute des livres de piété beaucoup meilleurs les uns que les autres, chacun, dans le choix qu'on en doit faire , peut se consulter soi-même , et suivre là-dessus, son attrait. Qu(>lques-uns aiment mieux des livres qui les instruisent et d'autres prél'èrent les livres qui les aiïectionnent et qui touchent. Ceux-là prennent plus de goût aux histoires et aux vies des s^aints, qui leur mettent devant les yeux des exemples à imiter ; et ceuxci en ont plus pour les traités spirituels, qui leur développent le fond des matières , et qui les convainquent par des raisonnements. Quoi qu'il en soit, il importe peu, ce semble, à quelle sorte de livres on s'attache , pourvu que ce soient de bons livres , c'est-àdire, des livres orthodoxes, et dont on puisse tirer du profit pour son avancement et sa perfection.

Mais il ne suffit pas de les lire, il faut les bien lire ; car souvent tout dépend de la manière, et il y a en toutes choses une méthode qui leur donne plus d'efficace et plus de vertu. Lire à la hâte et comme en courant , c'est s'exposer à ne rien retenir d'une lecture, et à n'en recevoir nulle impression , puisqu'il n'est pas possible qu'on y fasse alors toute l'allention nécessaire. Les viandes prises avec trop d'avidité et trop vile, causent ordinairement à la santé plus de dommage que de bien. Lire trop chaque fois et hors de mesure , c'est se remplir l'esprit d'une infinilé d'idées qu'il ne peut plus arranger, et dont il ne lui reste qu'une vue confuse et superficielle. L'excès de nourriture, quelque saine qu'elle soit, charge un estomac et le met hors d'étal de la digérer. Lire pour remarquer certaines sentences ou de TEcrilure ou des Pères, certaines pensées nouvelles et moins communes , c'est faire de sa lecture une élude; or, toute élude dessèche le cœur et le distrait. Lire, et s'arrêter en lisant à la beauté du style et à la pureté du langage , c'est prendre le change, et s'amuser à des fleurs , au lieu de cueillir les fruits.

De tout ceci il est aisé de conclure comment on doit faire la lecture spirituelle, et quelle règle il faut observer. C'est : 1° de s'adresser d'abord à Dieu , et d'élever vers lui le cœur pour lui deinaiid( r us lumières de son esprit : car il n'y a que Dieu qui donne l'accroissement, surtout à sa parole, soit lue soit entendue ; 2° de lire posément et de bien peser les choses, atln qu'elles puissent mieux s'imprimer, et qu'elles s'insinuent doucement dans l'àme, comme une rosée qui tombe goutte à goutte , et qui pénètre ainsi

dans la terre ; 3° pour cela, rie lire peu chaque jour : estimant beaucoup plus une courte lecture, faite avec réflexion, qu'une autre, plus longue, mais aussi plus légôre et mal digérée; 4" de demeurer à certains endroits dont on se sent plus frappé, de les repasser et de les goûter, faisant un retour sur soi-même et se les appliquant; de celte sorte, la lecture devient une espèce de méditation ; et c'est un avis très-sage que donnent les maîtres de la vie dévote, aux personnes qui ne sont point encore versées dans la pratique de l'oraison et qui veulent s'y former, de commencer par ces lectures , et de se contenter d'en tirer quelques bonnes résolutions; 5° de relire de temps en temps certains livres généralement estimés, et dont on a connu par soi-même l'utilité et la solidité. C'est une erreur dont se laissent prévenir bien des personnes , de ne vouloir jamais lire deux fois le même livre, et de se persuader qu'ayant plu dans une première lecture, il ennuiera dans la seconde. Un livre solide est comme une riche mine, où l'on trouve toujours à creuser et à profiter. Voilà tout ce qui regarde l'exercice de la lecture spirituelle. C'est à nous de mettre en œuvre un moyen de sanctification aussi efficace que celui-là, et qui nous est si aisé et si présent.

PHEIklIEIlE MEDITATION.

De la Vie nouvelle de Jésus-Christ dans sa Résurrection.

Quomodà Christus surrexit à morluis, ilà et nos in novitale vitœ amhulemus.

Comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts, il faut aussi que nous marchions dans une vie nouvelle. (Rom., eh. 6.)

PREMIER POINT. Jésus-Christ n'était pas descendu dans le tombeau pour y demeurer, et s'il avait subi la loi de la mort, c'était pour triompher ensuite de la mort môme, et pour la soumettre à son empire. Or, ce qu'il y a d'abord de bien remarquable dans la résurrection de cet Homme-Dieu , c'est que ce fut lui-même qui se ressuscita.

Le prophète avait dit de lui qu'il serait libre entre les morts (Psal. 87) : c'est-à-dire qu'il mourrait quand il voudrait, et comme il voudrait; mais qu'il saurait aussi se dégager des liens de la mort, au moment qu'il avait marqué, et qu'il ne serait pas moins puissant pour se ressusciter lui-môme, qu'il l'aurait été pour ressusciter les autres. Yoiià ce qui s'accomplit dès le troisième jour depuis sa passion. Sans nul secours que cette vertu divine et toute miraculeuse, qu'il avait exercée sur tant de sujets et fait éclater en tant d'occasions, l'heure venue et dès le grand matin , il ouvre le sépulcre où son corps était enfermé; il le ranime, et le tire du sein de la terre; il parait au milieu des soldats qui le gardaient, et il les saisit d'une telle épouvante, qu'aucun d'eux n'ose faire le moindre elfort pour lui résister et pour l'an êter. 0 mort, où est ta victoire? 0 mort, où

est ton aiguillon? je serai ynoi-même ta mort (ii. Cor. 15); et après avoir étendu ta domination et porté tes coups jusque sur moi, ainsi que je l'ai permis, il faut à présent que tu celles malgré lui à mon souverain pouvoir. I\u-oles du proplièle Osée et de l'apôtre saint Paul, que l'Eglise applique à ce Dieu vainqueur de la mort, et qui nous font connaître par quelle vertu il opéra ce grand miracle de sa propre résurrection.

Ce serait dans moi la plus grossière de toutes les erreurs et une présomption insoutenable, si je prétendais èlre en état moi-même de me ressusciter selon l'esprit et selon Dieu. Aussi faible que je le suis, comment oserais-je me Hatter de pouvoir, sans la grâce de mon Dieu, vaincre mes mauvaises liabilu'lcs et me défaire de toutes mes imperfections? l'exemple de Jésus-Christ ne di it donc point en cela ine servir de règle, et là-de.ssus il n'y a nulle comparaison à faire. Mais celle grâce de Dieu , supposée comme un principe nécessaire cl absolument requis; cette grâce sur laquelle je puis compter par la miséricorde du Seigneur, et qui , bien loin de se refuser à moi, vient au con'raire de redoubler auprès de moi ses sollicitations, et s'est fait sentir dans ces saints jours plus fortement que jamais, il est certain du reste, que je dois agir avec elle, que j'y dois coopérer, et qu'en ce sens, c'est de moi qu'il dépend de consommer l'ouvrage de ma résurrection spirituelle et de ma sanctification.

La résurrection de Jésus-Christ fut pour lui une victoire, voudrais-je que la mienne n'en fût pas une pour moi? De môme que le corps du Sauveur était lié dans le tombeau, j'ai mes liens qu'il faut briser : ce sont mes inclinations naturelles et mes passions. De môme que ce corps était couvert d'une grosse pierre, j'ai une pierre bien pesante à lever : c'est le penchant de mon cœur, et la lâclielé où j'ai si longlemps vécu et qui m'est devenue si iiabituelle. Autour de ce corps, il y avait une garde ennemie, qui veillait sans cesse pour empêcher qu'on ne l'enlevât; et, outre les ennemis invisibles de mon salut et de ma perfection, qui n'ont que irop d'attention et de vigilance pour me retenir, combien d'autres ennemis ai-je encore à craindre? Certaines considérations humaines, certains exemples, certaines railleries et certains discours, certaines amitiés et certaines liaisons, certaines coutumes, certaines occasions fréquentes et engageantes dont il m'est si difficile de me défendre, en un mot, tout ce qui m'a servi jusqu'à présent d'obstacle, et que je n'ai pas eu la force de surmonter. Mais, malgré toutes les dillicultés et tous les obstacles, le Fils de Dieu ne tarda pas à exécuter la parole qu'il avait donnée à ses apôtres, de ressusciter, et de se faire voir encore à eux; et sans aller plus loin , pendant cette retraite que je vais finir, j'ai fait tant de promesses à Dieu, je lui ai donné tant de paroles, je lui ai tant prolesié de fois que, par un changement réel et véritable , je voulais vivre dans la suite comme une âme ressuscitée! Or, voici le temps de lui montrer que je suis fidèle, et c'est dès ce jour qu'il faut mettre en pratique lout ce que j'ai résolu et tout ce que j'ai promis. Y suis-je bien dét( rminé? J'en jugerai par l'elfet. Ah! Seigneur, mon courage m'abandjnnera-t-il j lorsqu'il est question de le faire paraître? Vous ne me

manquerez pas, mon Dieu : malheur à moi si je venais à vous manquer.'

Deuxième point. Jôsns-Christ , en se ressuscitant, reprit une vie toule nouvelle : car ce fut fJtsormais une vie glorieuse, et toute diiïérente de celle qu'il avait meuôe jusque-là sur la terre. Ce Dieu sauveur, sujet auparavant à toutes les misères d'une vie obscure et pauvre, et à toutes les ignominies et toutes les douleurs de la plus cruelle passion, parut tout brillant de lumiôre : tellement que la gloire de son corps surpassa la plus vive splendeur du soleil. C'était, dans sa première vie, un corps laible, sensible, capable de toutes les intirmitès humaines; mais, dans cette seconde vie, il est revêtu d'une force qui le met hors d'atteinte à, toutes les faiblesses de notre nature, et qui le rend invulnérable à tous les traits de ses persécuteurs. Sa clarté éblouit les yeux, son agilité le transporte dans un moment d'un lieu à un autre , et avec ce don de subtilité , qui en fait comme un corps spirituel , rien ne l'arrête. Il passe au travers des murailles, et il pénètre partout. Ainsi peut-on dire que ce mystère fut pour Jésus-Christ une espèce de transfiguration mille fois encore plus éclatante que celle du Thabor,

Si je veux que ma résurrection soit véritable, et aussi parfaite qu'elle le doit être, il faut qu'elle me transforme de la même sorte, et qu'elle produise en moi les mêmes changements. Et qu'y a-l-il en ellet dans toute ma vie, qui n'ait besoin d'êlre réformé et renouvelé? Saint renouvellemeiil, soit intérieur, soit extérieur! Renouvellement intérieur et dans l'esprit : c'est ce qu'il y a de plus important et de plus dillicile. Car il me serait aisé, après une retraite, de garder certains dehors, ei de prendre un air plus composé et des manières en apparence plus religieu?es; mais tout cela, que serait-ce, si le cœur n'y répondait pas, et s'il demeurait toujours le même? Il faut donc que je règle ses désirs, que je purifie ses sentiments, que je rectitie ses vues et ses intentions, que je rabaisse ses enflures et ses hauteurs, que je ranime ses lenleurs et ses lâchetés. Il faut que je le détrompe de tant de fausses -idées, et de tant d'erreurs dont il se laisse prévenir; que je le dégage de mille petites attaches, qui, tout innocentes (lu'elles paraissent, ne sont ni de Dieu, ni selon Dieu ; que je le déprenne de cet amour-propre qui le domine, et dont il est si esclave. En un mot, il faut que j'en fasse un cœur tout nouveau.

De ce renouvi'llemenl du cœur, suivra le renouvellement extérieur. Je m'attacherai de point en point à ma règle, et je m'acquitterai avec tidélité de tous mes exercices. Autant que ma conduite a pu mal édilier la communauté et y causer de scandales, autant y donnerai-je d'édification , lorsqu'on me verra agir avec tout une autre exactitude, et tout une autre ardeur. Je me soumettrai a tout, je passerai par-dessus tout. Que dis-je, mon Dieu, et en ^era-t-il ainsi ? Hélas! ces sentiments coûtent peu au pied d'un oratoire, et dans une méditation où votre grâce me louche; mais dans la pratique, ce n'est pas là l'ouvrage d'une simple méditation , ni même d'une seule retraite. Du moins celte retraite en sera le fondement, et je sortirai de ma solitude en de si saintes résolutions. Ce sera

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beaucoup de les avoir bien imprimées flans mon cœur. Je les renouvellerai de jour en jour ; et de jour en jour elles conlribueront à me renouveler moi-môme.

Troisième point. La résurrection de Jésus-Christ eût été beaucoup moins parfaite, s'il n'eût pas repris, avec une vie glorieuse et nouvelle, une vie enfln immortelle. Mais Jésus-Christ ressusciié 7ie meurt plus {Rom. &). Oracle de TApôtre, qui s'est déjà vériQé depuis tant de siècles, et qui se vérifiera dans tous les siècles des siècles. Les morts qui sortirent de leurs sépulcres au moment que ce Dieu-Homme expira sur la croix, ne ressuscitèrent que pour quelques temps, et demeurèrent encore sujets à la mort, mais ce premier-né d'entre les morts, quittant une fois le tombeau, n'y devait plus rentrer, et en effet n'y rentrera jamais.

Bienheureuse immortalité, qui me représente une des vertus les plus nécessaires, mais en même temps les plus difficiles et les plus rares, qui est la persévérance. Il y en a bien peu qui, pour quelques jours, et même pour quelques semaines, ne profitent de la retraite. On en sort tout renouvelé , et comme ressuscité. Ce qu'on a promis à Dieu , on l'observe; et sans se borner, ni à des paroles, ni à des sentiments, on en vient aux œuvres. Mais que cette résurrection, que cette conversion est sujette à de prompts retours! N'est-ce pas ce que j'ai tant de fois éprouvé, et sans juger des autres, n'en ai-je pas eu dans moi de fréquents exemples? Quel fruit ai-je retiré de tant de retraites, et quelle différence y a-t-il de ce que je suis maintenant à ce que j'étais dans les années précédentes ! Peut-être même serait-il à souhaiter que je fusse au moins tel présentement, que j'ai été en d'autres temps de ma vie; car, au lieu d'avancer et de m'élever, peut-être n'ai-je fait que déchoir d'année en année, et que me relâcher davantage.

Quoi qu'il en soit, d'où vient que j'ai si peu profité d'un moyen si saint, et dont l'usage m'a été si ordinaire? Ce n'est pas que, dans chaque retraite, je n'aie été éclairé et touché de Dieu. Combien de fois, dans la sincérité de mon repentir et l'ardeur de ma prière , lui ai-je dit intérieurement comme David : C'est maintenant , mon Dieu, que je vais commencer (Psal. 76). Hélas! je l'ai dit, et j'ai en effet commencé ; mais je n'ai pas achevé. Le poids de la nature m'a entraîné dans mes premières voies, et fait retomber dans la même langueur. En sera-t-il donc de même encore de cette retraite? H me semble que je suis actuellement en d'assez bonnes dispositions; mais combien dureront-elles? Quelle espérance puis-je avoir d'y être constant et de m'y maintenir? Ou plutôt, pourquoi ne l'espérerais-je pas? Malgré les vicissitudes de ma vie, le bras de Dieu n'est point raccourci , ni la source de ses grâces n'est point épuisée. Si ma volonté est changeante , il a des moyens pour la fixer, et c'est à quoi je dois appliquer désormais tous mes soins.

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