A DAME LOVÏZE LABÉ, LIONNOIZE, LA COMPARANT AYS
CIEVS.
Oept feus on voit au Ciel, lesquels ainsi Sont tous en toy meslez ensemblement.
Phebé est blanche : et tu es blanche aussi. Mercure est docte ; et toy pareillement.
Venus tousiours belle : semblablement Belle tousiours à mes yeus tu te montre. Tout de fin or est le chef du Soleil : Le tien au sien ie voy du tout pareil. Mars est puissant : mais il creint ta rencontre.
lupiter tient les Cieus en sa puissance :
Ta grand' beauté tient tout en son pouuoir.
Saturne au Ciel ha la plus haute esscEce :
Tu as aussi la douce iouissance
Du plus liant heur qu'autre pourroit auoir.
Donq qui veut voir les grans dons, que les Dieu s Ont mis en toy, qu'il contemple les Cieus.
ï5a ESCRIZ
DES LOVENGES DE DAME LOVÏZE LABÉ, LIONNOIZE,
Il ne faut point que i'apelle Les hauts Dieus à mon secours.
Ou bien la bande pucelle Pour ni'ayder en mon discours.
Puis que les Dieus, de leur grâce.
Les saintes Muses, les Gieus Ont tant illustré la face, Le corps, l'esprit curieus De celle, dont i'apareille La louenge nompareille, le congnoj bien clerement Que toute essence diuine Me fauorise, et s'encline A ce beau commencement.
Sus sus donq, blanche senestre, Fiiy tes resonans effors :
Et toy, ô mignarde destre , Chatouille ses dous acors :
Chantons la face angelique, Chantons le beau chef doré, Si beau, que le Dieu Delphiquc D'un plus beau n'est décoré.
N'oublions en notre mètre Comme elle osa s'entremettre D'armer ses membres mignars ;
DE DIVERS POETES. i55
Montrant au haut de sa teste Vne espouuentable creste Sur tous les auîres soudars.
0 noble, ô diu«n chef d'euure
Des Dieus hautcins tous puissans,
Au moins niclntenant dcscœuure
Tes yeus tous resiouissans.
Pour voir ma Muse animée^
Qui de sa robuste main-
Haussera ta renommée
Trop mieus que ce vieil Rommain^
Qui sa demeure ancienne ,
La terre Saturnienne
Délaissa pour ta beauté,
A fin qu'à toy rigoureuse
Il fut hostie piteuse
En sa ferme loyauté.
La Muse docte diuine
Du vieillard audacieus.
Par le vague s'achemine
Pour t'enleuer iusqu'aus Cieus :
Mais la Parque naturelle
Dens les Iberiens chams^
Courut desemplumer l'aile-
De ses pleurs, et de ses chants:
Enuoyant en sa vieillesse,
Mal séant en ta ieunesse,
Son corps, au tombeau ombreus:
lit son ame énamourée
i54 ESGRIZ
En l'oLscure deniouree Des Royaumes tenebreus.
Dieus des voûtes estoilees.
Qui en perdurable tour Retiennent emmantelees Les terres, tout à Tentour:
Fermeté z moy que ie vlue Des ans le cours naturel, A fin qu'a mon gre i'escriue En un ouurage éternel, De cette noble Déesse La beauté enchanteresse, Ce qu'elle lia bien mérité:
Et qu'en sa gloire immortelle ^ On voye esbahie en elle Toute la postérité.
Ainsi que Semiramide, Qui feingnant estre l'enfant De son mari, print la guidS Du Royaume trionfant, Puis démantant la Nature, Et le sexe féminin Hazarda a l'auenture Son corps iadis tant bénin, Courant furieuse en armes Parmi les Mores gendarmes, Et es Indiques dangers De sa rude simeterre Renuersant dessus la terre
DE DIVERS POETES. t55
Les escadrons estrangers.
Ainsi qu*es Alpes cornues (Qui , soit Hiuer soit Este, Ont tousiours couuert de nues Le front au Ciel arresté) On voit la superbe teste D'un roc de * pins emplumë, Rauie par la tenipeste De son corps acoutunié, En roullant par son orage Froisser tout le labourage , Des Beufs les après trauaus, "Ne laissant rien en sa voye Qu'en pièces elle n'ennoye.
Cherchant les profondes yaux :
Ou comme Penthasilee, Qui pour son ami Hector Combatoit entremeslee Par les Grecs, ans cheueus d'or Ores de sa roide lance Enferrant l'un au trauers, Or' du branc en violance Trébuchant l'autre à l'enuers :
Et ainsi que ces pucelles Qui l'une de leurs mammelles Se bruloient pour s'adestrer Aus combas et entreprises
'*' Aphcresc pour sapins.
2 36 ESCRIZ
Aus bons guerroyeurs requises.
Pour l'ennenii rencontrer:
LouVze ainsi furieuse
En laissant les habiz mois
Des femmes, et enuieuse
De bruit, par les Espagnols
Souuent courut, en grand' noise,
Et meint assaut leur donna ,
Quand la ieunesse Françoise
Parpignan enuironna.
Là sa force elle desploye.
Là de sa lance elle ployé
Le plus hardi assaillant :
Et braue dessus la celle
Ne demontroit rien en elle
Que d'un clieualier vaillant.
Ores la forte guerrière Tournoit son destrier en rond:
Ores en une carrière Essavoit s'il estoit pront:
Branlant en flots son panache.
Soit quand elle se iouoit D'une pique, ou d'une hache.
Chacun Prince la Iouoit :
Puis ayant à la senestre L'espee ceinte, à la destre La dague, enrichies d'or, En s'en allant toute armée 3E11* sembloit parmi l'armée
DE DIVERS POETES. iSy
Vn Achile, ou un Hector.
L'orguilleus fils de Clymene Nous peut bien auoir apris Qu'il ne faut par gloire vaine Qu'un grand trein soit entrepris.
L'entreprise qui est faite Sans le bon conseil des Dieus IV'a point, ainsi qu'on souhaite j Son dernier efet ioyeus :
Ainsi cette belliqueuse Ne fut iamais orguilleuse ; Telle au camp elle n'alla :
Ains ce fut à la prière De Venus, sa douce mère.
Qui un soir lui en parla.
Vn peu plu5 haut que la plaine.
Ou le Rone impetueus Embrasse la Sone humeine De ses grans bras tortueus, De la mignonne pucelle Le plaisant iardin estoit.
D'une grâce et façon telle Que tout autre il surmontoit:
En regardant la merueille De la beauté nompareille Dont tout il estoit armé.
Celui bien on l'ust pîi dire Du iuste Roy de Corcyre En pommes tant renomme.
i58 ESCRIZ
A rentrée on voyoit d'herbes.
Et de tliin verflorissant.
Les lis et croissans superbes De notre Prince puissant :
Et tout autour de la plante De petis ranielets vers De mari oléine flairante Estoient plantez ces six vers :
dv tresnoble roy de france Le croissant nevve acroissance De iovr en iovr reprendra, Ivsqves a tant qve ses cornes lointes sans avcvnes bornes En vn plein rond il rendra.
Tout autour estoient des treilles
Faites auec un tel art.
Qu'aucun n'ust sîi sans nierueilles
Là espandre son regard :
La voûte en estoit sacrée
Au Dieu en Inde inuoqué.
Car elle estoit ac outrée
Du sep au raisin musqué :
Les coulomnes bien polies
Estoient autour enrichies
De romarins et rosiers,
Lesquels faciles a tordre
S'entrelassoient en bel ordre
En mile neus fais d'osiers.
Au milieu pour faire ombrage
DE DIVERS POETES. i39
Estolent meiiits arceavis couucrs
De Coudriers et d'un bocage
Fait de cent arbres diuers :
Là rOliue palissante
Qu*Atliene tant reclama j
Et la branche verdissante
Qu'Apolon iadis ayma :
Là l'Arbre droit de Cibelle^
Et le cerner in rebelle
Au plaisir vénérien :
Auec l'obscure raniee
Par Phebe iadis formée
Du corps Cyparissien.
Sous cette douce verdure ,
Soit en sa gaye saison.
Ou quand la triste froidure
Nous renferme en la maison^
Tarins, Rossignols, Linotes
Et autres oiseaus des bois
Exercent en gayes notes
Les doLis iargons de leurs voix :
Et la vefue tourterelle
Y pleint et pleure à par elle
Son amoureus tout le iour :
De sa parole enrouée
A pleints et à pleurs vouée
Efroyant l'air tout autour.
Et à fin qu'à beauté telle Rien manquer on ne pust voir.
i4o ESCRIZ
De la beauté naturelle
Qu'un beau iardin peut auoir.
Il y ut une fonteine,
Dont l'eau coulant contre val
En sautant hors de sa veine
Sembloit au plus cler cristal :
Elle ne fut point ornée,
Ny autour enuironnee
De beaus niirtes Cipriens,
Ny de buis, ny d'aucun arbre,
Ny de ce precieus marbre
Qu'on taille es monts Pmnens :
Mais elle estoit tapissée Tout l'enuiron de ses bors.
Ou son onde courroucée Murmuroit ses dous acors, D'herbe tousiours verdoyante, Peinte de diuerses fleurs, Qui en l'eau dousondoyante Mesloient leurs belles couleurs.
Qui ust regardé la teste D'un Narcisse qui s'arreste Tout panchant le col sur l'eau , On ust dit que son courage Gontemploit encor l'image Qui trop et trop lui fut beau.
Aussi par cette verdure Estoit le iaune souci, Qui encor la peine dure
DE DIVERS POETES. i4i
De ses feus n'a adouci :
Ains touiours se yire et tourne
Vers son Ami qu'il veut voir,
Soit au matin, qu'il aiourne.
Ou quand il est près du soir.
Là aussi estoient Brunettes,
Mastis, damas, violettes
Ça et là sans nul compas :
Auee la fleur, en laquelle
Hiacinte renouuelle
Son nom après son trespas.
Le ruisseau de cette sourse A par soy s'ebanoyant, D'une foible et lente course Deçà delà tournoyant Faisoit une protraiture Du lieu ou fut renfermé Le monstre contre nature En Pasipliaë forme:
Puis son onde entrelassee^ De longues erreurs lassée Par un beau pré s'espandoit :
Ou maugré toute froidure Vne plaisante verdure Eternelle elle rendoit.
Titan laissant sa campagne Peu à peu sous nous couloit, Et dens la tiède eaU d'Espagne Son char il desateloit:
i42 ESCRIZ
Quand en ce lieu de plaisance
Louïze estoit pour un soir,
Qui cliercliant resiouissance
Près la font se vint assoir :
Elle avant assez du pouce
Taté riiarnionie douce
De son lut, sentant le son
Bien d'acord, d'une voix fi^anclie
Jointe au bruit de sa main blanche.
Elle dit cette chanson :
La forte Tritonienne, Fille du Dieu Candien, Et la viercje Ortvgienne, Seur du beau Dieu Cynthien.
Sont les deus seules Déesses Ou i'av mis tout mou désir.
Et que ie sii ponr maitresses Des mon enfance choisir.
Si Venus m'a rendu belle, Et toute semblable qu'elle^ Auec sa diuinité, Que pourtant elle ne pense, Qu'en un seul endi'oit i'ofense Ma chaste virginité.
La pucelle Lionnoize Fredonnant meints tons diuers.
Au son plein de douce noise, N'ut deus fois chante ces vers.
Qu'un sommeil de course lente
Descenrlant parmi les Cieus, Finit sa voix excellente Et son ieu melodieus.
Sur la verdure espanduc Tous dous il Ta estendue, Flatant ses membres dispos :
Dessus ses yeus il se pose.
Et tout son coi^s il arrose D'un tresgracieus repos.
En dormant tout deuant elle Sa mère se présenta, En son beau visasse telle Qu'alors qu'elle s'acointa D'Ancliise, près du riuage Du Simoent Phrygien :
Dont naquit le preus courage Qui au camp Hesperien Renouuella la mémoire.
Et la trionfante gloire Du sang Troyen abatu, Qui deuoit en rude guerre Tout le grand rond de la Terre Conquérir par sa vertu.
Eir regarde par merueille Son visage nompareil, Son haut front, sa ronde oreille, Son teint freschement vermeil, Le vif coral de sa bouche, Ses sourcis tant ffracieus.
î44 Escmz
Que doucement elle touche Pour voir les rais de ses yeus :
Non sans contempler encore Celle beauté qui décore La rondeur de ton tetin, ' Qui ni plus ni moins soupire Qu*au printems le dous Zephire Alenant Tair du matin.
Apres que la Cyprienne Vt son regard contenté.
Voyant de la fille sienne La plus qu'humeine beauté, Esbahie en son courage De sa grand' perfeccion, Elle augmenta dauantage Vers eir son afeccion :
Puis toute gaye et ioyeuse.
D'une voix tresgracieuse. Pour descouurir son souci, Tenant les vermeilles roses De sa bouche un peu descloscs Elle parola ainsi :
Les Dieus n'ont voulu permettre Aus vains pensers des mortels.
Que d'eus ils se pussent mettre A fin : bien que leurs autels Soient tous couuers de fumée, Ou pour gaigner leur faueur Ou pour leur ire animée
DE DIVERS POETES. i45
Faire tourner en douceur,
Tous les veus pas ils n'entendent
Qui deuant leurs yeus se rendent:
Ains les ont a nonclialoir,
Veu ni prière qu'on face
N'y font rien, si de leur grâce
Ils n'ont un niesme vouloir.
Que penses tu fille cliere.
Penses tu bien résister Contre les dars de ton frère S'il lui plait t'en molester?
Il se et domter tout le monde De son arc audacieus :
L'Océan, la Terre ronde, L'Air, les Enfers, et les Cieus.
Onq fille n'ut la puissance De lui faire résistance, Et ses fiers coups soutenir; Mais ie te veus faire entendre Pourquoy i'ay voulu descendre Du Ciel, pour à toy venir.
Les hommes, pleins d'ignorance, Citoyens de ces bas lieus, Te pensent de leur semence, Et non de celle des Dieus ; Mais par trop ils se deçoiuent (Bien qu'ils le tiennent pour seur) Et assez ils n'apcrçoiuent De ta beauté la grandeur.
lO
i4S ESCRIZ
Qui diroit, voyant ta face.
Que tu fusses de la race D'un homme simple et mortel?
La Terre sale et immunde, Ne sauroit aus ycus du monde De soy produire riens tel.
Tout ainsi la beauté rare D'Heleine, chacun pensoit Engendrée de Tyndare:
Car on ne la connoissoit.
Toutefois si estoit elle Fille du Dieu haut tonnant ^ Qui sa maison supernelle.
Le haut Ciel 5 abandonnant ^ Atourné d'un blanc plumage.
Semblant l'Oiseau qui présage j En chantant, sa proche mort.
En Lede fille de Theste De sa semence céleste, La conçut par son effort,
Avecques deus vaillans frères, Dont l'un alaigre escrimeur Domta les menasses fieres, Et la trop âpre rigueur Du cruel Roy de Bebrice, Acoutumé d'outrager. Et meurtrir par sa malice Chacun soudart estranger:
L'autre de hardi courage,
Inuenta premier l'usage
De ioiïidre au char le coursier:
Ou il se roula grand* erre,
EfFroyant toute la terre
Des deus ronds bornez d* acier.
Ainsi, Lien qu*on ne te donne L'honneur d'estre de mon sang.
Et du Her Dieu qui ordonne Les puissans soudars en rraig, Si m'est ce chose asseuree.
Que de Gradiue le fort En moy tu fus engendrée, loingnant le gracieus bord.
Ou la Sone toute quoye Fait une paisible voye S'en allant fendre Lion :
Dens lequel on voit encore Vn mont *, ou Ion me décore.
Qui retient de moy son nom.
Le lieu ou tu fus conçue
Ne fut vile ny château,
Ains une forest tissue
De ineint plaisant arbrisseau.
Dont ie veux (en témoignage
De ta race) te pouruoir.
Ainsi que d'un héritage
Que ie tiens en mon pouuoir.
Là autour sont meintes plaines,
* Le mont de Fouruiere, anciennement apelé Forum Veneris.
i48 ESCRIZ
Esquelles les Mondes graines De Ceres pourras cueillir.
Et la liqueur qui agrée A Baclius, et nieinte pree Ou l'herbe ne peut faillir.
Là aussi sont nieints bocages Deçà delà espandus, Ou en tout tenis les raniasçes Des Oiseaus sont entendus.
Par fois tu y pourras tendre Le ret rare, à ton désir, Et quelque gibier y prendre Pour acroitre ton plaisir :
Ou t'exerçant à la chasse Tu poursuiuras a la trace Les Lieures fuians de peur, De chiens autour toute armée, Vagans dessous la raniee, Se guidans à la senteur.
Et si par trop tu te peines En trop violent effort, De nieintes cleres fonteines Tu pourras auoir confort :
L'eau sortante de leur sourse Tes membres refreschira, Et la murmurante course A son bruit t'endormira:
Apres chargée de proye, Tu te pourras mettre en voye
Pour h ton château tourner, Qu'en brief bâtir ie veus faire j.
Siifisant pour te complaire S'il te pi ait y sciourner.
Sur tout (fille) ie t'auise.
Que d'un cœur tant oclieus Ton frère tu ne mesprise.
C'est le plus puissant des Dieus-, En ta beauté excellente Meint homme il rendra transi.
Mais sa main ne sera lente A te tourmenter aussi.
Prens bien à ce propos garde.
Car ia desia il te darde Son tret âpre et rigoureus :
Dont il t'abatra par terre.
Rendant d'un homme de guerre Ton tendre cœur amoureus..
En ce il prendra bien vengeance Du bon Poète Rommain, Auquel sans nulle allégeance Ton cœur est trop inliumein.
Bien prendra à ta ieunesse Auoir apris à soufrir Des durs harnois la rudess®, Et à meint trauail s'ofrir :.
Souuent seras rencontrée Depuis la tarde yespree lusqu'au point du proche! n ioui^,.
i5o ESCRIZ
Parmi les bois languissante, Et tendrement ge'missante La grand' cruauté d'Amour.
Alors pour estre asseuree
Point en femme tu n'iras,
Ains d'une lance parée
Cbeualier tu te diras.
la en ton harnois brauante
le te regarde assaillir
Meint clieualier, qui se vante
Hors de l'arçon te saillir :
Puis dextrement aprestee,
A3^ant ta lance arrestee.
Le désarçonner en bas.
Lui tout froissé, à grand' peine
Leuer son ame incerteine,
Chancelant à chacun pas.
A si grans trauaus ton frère Durement te contreindra, lusqu'à ce qu'à la première Liberté il te rendra:
Alors laissant les alarmes, Et les hazars perilleus.
Tu rueras ius les armes, Et le courage orguilleus.
Dont tu soulois mettre en terre Meint vaillant homme de guerre Renuersé sous son escu, Qui repentant en sa face.
DE DIVERS POETES. i5i
De sa première menasse Tout haut se crioit vaincu.
Donq laissant dague et espee Ton habit tu reprendras, A plus dous ieus occupée Ton dous lut tu retendras :
Et lors meints nohles Poètes, Pleins de célestes esprits.
Diront tes grâces parfaites En leurs tresdoctes escriz :
Marot, Moulin, la Fonteine, Auec la Muse hauteine De ce Sceue audacieus, Dont la tonnante parole, Qui dens les Astres carole, Semble un contrefoudre es Cieus.
Toutefois leur fantasie Ton loz point tant ne dira, Comme d'un la Poésie, Qui de l'onde sortira Du petit Clan, dont la riue Priuee de flots irez , Ha en tout tems l'herbe viue Autour des hors retirez.
De cil la Muse nouuelle Rendra ta grâce immortelle :
Du Ciel il est ordonné Qu'à lui le bruit de la gloire De t'auoir mise en mémoire,
i52 ESCRIZ
Entièrement soit donné.
Qu'à ton cœur tousiours agrée Du Poëte le labeur:
Son escriture est sacrée A tout immortel bonlieur.
Ayant qui ton loz escriue.
Mourir ne peus nullement:
Ainsi Laure, ainsi Oliue Viuent éternellement.
Vn Bouchet en façon telle, Met en mémoire immortelle De son Ange le beau nom:
Sacrant TAngelique face. Sa beauté, sa bonne grâce, Au temple du saint renom.
A tant la Déesse belle Mit fin à son dous parler :
Son chariot elle atelle Toute preste à s'en voler:
Les mignonnes colombclles Par le vague doucement Esbranlent leurs blanclies esles D'un paisible mouuement.
Louïze estant esueillee Resta toute esmerueillee De la sainte vision :
Ignorante si son songe Est vérité ou mensonge.
Ou quelque autre illusion.
DE DIVERS POETES. i55
Son corps droit, sa bonne grâce, Son dur teton, ses beaus yeiis, Les diuins traits de sa face, Son port, son ris gracieus.
Le front serein, la main belle, Le sein comme albastre blanc Montrent euidemment qu'elle Sortit du Ciprien flanc.
Puis sa vaillance et prouesse, Son courage, son adresse, Et la force du bras sien De grand heur acompagnee, La montrent de la lignée Du Gradiue Tliracien.
Mais d'autre part, sa doctrine, Sa sagesse, son sauoir, La pensée ans arts encline Autant qu'autre onq put auoir.
Les vers doctes qu'elle acorde.
En les chantant de sa voix, A l'harmonieuse corde, Frétillante sous ses doits :
Et la chasteté fidelle, Qui tousiours est auec elle, JVous rendent quasi tous seurs Qu'elle ut la naissance sienne De la couple Cjnthienne, Ou de l'une des neuf Seurs.
Toutefois il nous faut croire
i54 ESCRÏZ DE DIVERS POETES.
Ce que nous disent les DIeus,
Qui par la nuitée noire
Se montrent ans dornians yeus.
Ainsi Hector à Enee
En un songe s'aparut.
Et la sienne destinée
En songe il lui discourut.
Souuent la future cliose
Du sain esprit qui repose
Est preuuë de bien loin :
Ce songe presque incroyable,
Qui après fut véritable.
En pourra estre témoin.
Mais il est tems douce Lire, Que tu cesses tes acors.
Si assez tu n'as pu dire, Si as tu fait tes effors.
Celle harpe Methimnoise, Qui peut la mer esmouvoir, N'ut la Ninfe Lionnoize Chanté selon son devoir: Non pas toute la Musique De celle bende Lirique Qui (longtems ha) florissoit En la Grèce : qui meint Prince, Meint païs, meinte province, De son chant resiouissoit.
FEV DES ESCRIÎS DE DIVERS POETES.
EPÏTRE DEDICATOIRE.