‹ Euvres de Louize Labé, lionnoizeChapitre 41 sur 93 · JMedee fut aymee de lason · texte numérisé non relu

JMedee fut aymee de lason

Qui tôt après la mit hors sa maison, même page. L'amour de Médée et l'infidélité de Jason sont aussi au nombre des fables les plus connues. Plusieurs poètes célèbres y ont trouvé un sujet de tragédie.

D'après les règles actuelles de la versification, ce vers seroit défectueux; le mot Medee ^ placé comme il l'est, offriroit lui seul deux fautes, dont la dernière est répétée au mot ajmee, La première consiste en ce que la césure tombe sur un e muet; la seconde, en ce que l'e muet étant précédé d'une voyelle, n'est pas mangé ou élidé par le mot suivant. On trouve , de l'une et de l'autre de ces fautes, des exemples nombreux dans Louise Labé et dans les poètes qui sont venus avant elle, de même que dans ceux qui l'ont suivie jusque vers le milieu du dixseptième siècle; mais on ne peut leur adresser sur ce point aucun reproche, attendu que les lois qu'on leur appliqueroit n'existolent pas encore, et qu'elles ne sauroient ayoir, comme on le dit au barreau, un effet rétroactif.

i55. — Il y avoit fort peu de temps que la mode des sonnets s'e'toit introduite en France, lorsque Louise Labé composa les siens. Ce fut, à ce qu'il paroît, Mellin de Saint -Gelais qui fît goûter à la cour ce nouveau genre de poème, emprunte' aux Italiens, ou repris sur eux; car Guillaume Colletet (Traité du Sonnet, Paris, i658, in-12) clierche à prouver que l'invention en est due aux François, et fuit remonter l'époque de cette invention au-delà du onzième ou du douzième siècle. Ce qu'il y a de certain, c'est que nos poètes ne faisoient plus de sonnets. On en renouvela l'usage, et ils eurent bientôt une grande vogue. Joachim du Bellay contribua surtout à l'augmenter, en i549, par la publication de ses cinquante sonnets à la louange d'Olive. Dès ce moment, le Parnasse francois fut inoudé de pièces de ce genre. Boileau en a tracé la poétique dans des vers que tout le monde sait par cœur. Les sonnets de Louise Labé, qui sont tous en vers de dix syllabes, sont réguliers, quant au nombre des vers, à la division des stances eu deux quatrains et deux tercets, et au placement des rimes; mais le mélange alternatif des rimes masculines et féminines n'est point observé dans la plupart d'entre eux, de même qu'il ne l'est pas dans les Élégies. H est à remarquer que ce mélange, quoique mis en pratique par quelques-uns de nos poètes, et en particulier par Ronsard, u'étoit pas encore érigé en loi. Voy. ce que dit à ce sujet Pasquier (Recherches de la France, l. Vii , c. 7). On rencontre aussi dans les poésies de Louise Labé des enjambements, et surtout de fréquents hiatus. Ce n'étoient pas non plus des fautes, ou du moins c'étoient celles du temps. La grande révolution opérée par Malherbe dans notre versification, u'avoit pas encore eu lieu : ce poète ne vint au monde qu'en i555, l'année même oh parurent, pour la première fois, les œuvres de la Belle Cordière.

i36. — Ce sonnet italien, ainsi que quelques pièces composées dans le même idiome, qu'on trouvera parmi les Escriz a la louenge de Louise Labé , est imprimé avec l'orthographe des anciennes éditions: hauria (avrebbe) pour avria^ gratte pour grnzie ^ et pour e, etc. Les Italiens, dont la langue a été fixée beaucoup plus tôt que la nôtre, et qui l'est depuis le commencement du seizième siècle, ont cependant admis quelques changements dans leur orthographe.

On a essayé la traduction suivante en faveur de ceux qui ne savent pas la lan;iue italienne:

« Non, le prudent Ulysse, ou tout autre mortel encore plus « fin, s'il en fut jamais, n'auroit pu prévoir les ennuis et les «< tourments que me fait éprouver ce visage divin, plein de grâ- « ces, de majesté et de grandeur. Amour, c'est toi qui, à l'aide « de ces beaux yeux, as fait dans mou cœur innocent, où tu « puises l'aliment et la chaleur, une blessure si grave qu'elle est « sans remède, si tu ne le donnes toi-même. O cruauté du sort « qui me rend semblable à une personne piquée par un scorpion , « et qui me contraint à demander du soulagement contre le ve- M nin qui me dévore , à celui-là même par qui il fut lancé ! Je le « supplie de mettre un terme à ma peine; mais je le prie en « même temps de ne pas éteindre en moi le désir dont je suis « consumée, et qui m'est si cher, qu'il ne peut cesser d'être sans « que je meure. »

iSy. — Punta d'un Scorpio ^ et domanclar riparo

Contrel 'velen' dalV istesso animale ^ P^lge 85. Allusion à la croyance vulgaire, que l'huile qu'on tire du scorpion est le meilleur remède contre la piqûre de cet animal.

i38. — On remarquera le bizarre entrelacement des rimes dans les deux tercets.

i5g. — Parmi les fragments peu nombreux qui nous restent de Sappho, il en existe un qui pour la pense'e diffère peu de ce sonnet. Ce fragment que nous a conserve le grammairien Héphestion, a été ainsi traduit en vers latins par Henri Estienne:

Jam pulchra quidem Diana > Jam Pléiades occîderunt, Jam nox média est , et hora Jam prœterit : ipsa vero Ah ! sola cubo miisella.

vr.

i4o. — Louise Labé paroit s'être rappelé le commencement de l'ode célèbre de Sappho, imitée par Catulle (carm. li) : Ille

mî par esse deo videtur , et peut-être la i56.^ ^pigr. du

liv. VII de l'Anthologie de Planude, dont je citerai l'imitation suivante :

Heureux l'amant que ta vue intéresse , Qui s'attendrit aux accents de ta voix, Et même au sein d'une trompeuse ivresse j Aime à gémir sous tes sévères loix!

Mais plus heureux l'amant qui se réveille Flatté par toi du plus tendre souris, Et peut cueillir sur ta bouche vermeille Un doux baiser dont ton cœur est le prix!

Les deux quatrains du sonnet de Louise Labé roulent sur les mêmes pensées ; mais la fin lui en appartient.

i4i. — Ce sonnet a un grand rapport avec celui de Pétrarque :

Pace non trovo> e non ho da far guerra, etc. '

(Part. I, Sonn. io5.)

142. — Sauvigny, Parnasse des dames (tome II, page i44)j remarque que « la pensée qui termine ce sonnet, a été répétée

« depuis, même par nos meilleurs poètes; » et rien n'est plus vi*ai : cette pense'e est partout. Mais il est plus curieux de rechercher où Louise Lahéapuisé le sujet de la pièce entière; et, si je ne me trompe, je l'ai trouvé dans ce passage d'Ovide (Heroïd, XV, i23-i34) : c'est Sappho qui parle à Phaon, Sappho que Louise Labé a imitée plusieurs fois, et qu'elle semble, comme je l'ai déjà dit, avoir voulu prendre pour modèle:

Tu mihl cura , Phaon : te somnia nostra reducunt ;

Somnia formoso candidioi'a die.

Illic te invcnio, quamquam regionibus absïs ;

Sed uon longa satis gaudia somnus habet. Saepe tiios nostra cervice onerare laccrtos ,

Saepe tuae videor supposuisse meos.

Blandior interdum , verisque simillima verba

Eloquor ; et vigilant sensibus ora meis. Oscula cognosco, quae tu committere linguaej

Aptaque consueras accipere, apta dare.

Ulteriora pudet nai'rare : sed omnia fiunt:

Et juvat et sine te non libet esse mihi......

XTir.

143. — C'est là un des plus beaux sonnets de Louise Labé} on peut le comparer au ir/ baiser de Jean Second : Vicina quantum vitis lascivit in ulmo, etc., qui offre absolument le même sujet.

144. — Que ia tempe ste ^ Euripe^ ne Courant^ P^gG 94. L'Euripe est un bras de mer qui séparoit l'île d'Eubée (aujourd'hui Négrepont) d'avec la Béotie (la Livadie). L'inconstance et l'irrégularité de son flux et reflux a souvent fourni aux poètes un objet de comparaison avec les mouvements d'une âme incertaine et flottante.

145. — Comme du Lierre est Varhre encercelé ^ même page. Ce vers n'est presque que la traduction du commencement du II.* baiser de Jean Second, que nous venons de citer.

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