‹ Euvres de Louize Labé, lionnoizeChapitre 42 sur 93 · Et mon esprit ur ses leures fui> oit , même page · texte numérisé non relu

Et mon esprit ur ses leures fui> oit , même page

La même pensée se retrouve dans un distique attribué à Platon, * i3

par divers auteurs, et que Fontenelle a rendu avec beaucoup de

délicatesse dans le dialogue entre Platon et Marguerite d'Ecosse :

Lorsqu'Agathis , par un baiser de flamme. Consent à me payer des maux que j'ai sentis. Sur mies lèvres soudain je sens venir mon ame

Qui veut passer dans celle d'Agathis.

Aulugelle (Nuits Attiques, XIX, ii), et Macrobe (Saturnales, If, 2) nous ont conservé une imitation ou paraphrase latine du même distique, terminée par ces vers qui ont aussi le plus grand rapport avec le passage de Louise Labé :

Tum si mox*ae quid plusculae Fuisset in cœtu osculi , Amoris igni percita (animula) Transisset, et me linqueret, Et mira prorsum res foret , Ut ad me fierem mortuus.

Ad puerum ut iutus viverem.

Je placerai ici une petite piccc gracieuse et naïve , qui n'est guère connue, et qui roule pareillement sur le baiser : elle est citée, fol. 32 recto de l'Art poétique françois (par Thomas Sibilet), Paris, 1548, in-8.°, comme étant de Saingelais (sic) ; c'est une heureuse et libre imitation du choeur du ii.^ acte du Pastor fido, imité depuis par Voltaire, Questions sur l'Encyclopédie (art. Baiser^ :

Ou mettra Ion un baiser fauorable , Qu'on m'a donné, pour seurement tenir!

Le mettre en l'œil, il n'en est pas capable: La main n'y peut toucher ny auenir:

La bouche en prend ce qu'en peut retenir. Et n'en retient qu'autant que le bien dure: C'est donc au cœur l'effet et garde seure De ce présent, à luy seul appartient.

O dous baiser, estrange est ta nature.

Bouche te prend, et le cœur te retient.

147. — Il y a quelque ressemblance entre ce sonnet et celui de Pétrarque:

Zefiro torna , e'I bel tempo rlmciia , etc.

( Part. II , son. 4*- )

La conclusion seule est dificrente ; et je ne sais si elle n'est pas préférable dans la pièce de l'auteur françois.

xvir.

i48. — C'est encore Pétrarque que la belle amoureuse prend ici pour modèle. Qu'on lise le sonnet de l'amant de Laure :

Solo e pensoso i più desei-ti campi, etc.

( Part. I, son. 28. )

et l'on en sera convaincu. Mais quand Louise Labé imite,

Son imitation n'est point un esclavage,

elle conserve toujours une allure libre et franche.

xvnr.

149. — « 11 n'y avoit qu'une rivale de Sappho qui pût faire de « pareils vers. Ce sonnet est beaucoup trop libre, je l'avoue. « Falloit-il le supprimer? Il nous reste encore dts statues anti- « ques devant lesquelles la pudeur est peut-être obligée de bais- « ser les yeux; mais quel homme avec un peu de goût auroit « le courage de les mutiler? » (Sauvigny, Parnasse des dames, tome II, page i470

Voyez une note sur ce sonnet, parmi celles dont j'ai accompagné la Notice sur Louise Labé,

l5o. — Lors double uie a chacun en suiura.

Chacun en soy et son ami viura ^ page 97. Les remarques que j'ai faites sur ce vers du sonnet xiil:

Et mon esprit sur ses lèvres fuiroit,

peuvent s'appliquer ici. Je citerai de plus le xxxT.* baiser de

lOG NOTES.

lîonncfons : Panchari, virgiueos.,. , et le xrii,^ de Jean Second: Lauguidus è dulci certamine..., où J. B. Rousseau a puisé, sans eu avertir, le fond et les pensées du dixain suivant:

Prêt à dcscenclre au manoir ténébreux, Jà de Caron i'entrevoyois la braque.

Quand de Caliste un Jtaiser amoureux Me rendit l'amc , et vint frauder la Parque. Lors de son livre Eacus me démarques Et le nocher tout seul l'onde passa.

Tout seul! je faux, mon ame traversa Le fleuve noir ; mais Caliste ., Caliste En ce baiser dans mes veines glissa Part de la sienne, avec quoi je subsiste.

iSl. ' — Tousiours suis mal ^ r>iuant discretlement ^ Et ne me puis donner contentement , Si hoT's de moy ne fay quelque saillie^ P^gC 97, Un poète, Quinault, si je no me trompe, a dit:

Il faut souvent, pour être Iieureux , Qu'il en coûte un peu d'innocence.

i52. — Un goût exquis règne dans cette chgrmante petite pièce; elle exhale, s'il est permis de le dire, un tel parfum d'antiquité, qu'on la croiroit traduite d'Anacréon, ou du moins de Bion, ou de Moschus. Elle ne perdroit rien à être mise à côté de l'Amour Oiseau du second de ces poètes, et peut-être même y gagneroit-eîle.

xxif.

i^Zt—Et toy, sa seur, qu'Endimion embrasse, P^ge 100. Endymion, fils d'Ethlius , eut, selon Pausanias, cinquante filles de la chaste Diane. C'étoit dans les bras du sommeil où le bel Endymion étoit enseveli, qu'elle jouissoit tous les soirs des faveurs de son jeune amant. Le mont Latmus, dans la Carie, fut le théâtre de leurs voluptueuses caresses.

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