T^oila clur'Ciel la puissante harmonie
Qui les esprits diuins ensemble lie, P^gc loo,^ Le meilleur commentaire d'un auteur se trouve souvent dans ses ouvrages. Louise Labé dit ici en vers à peu près ce qu'elle a dit en prose par l'organe d'Apollon, Débat de Folie et d'Amour (Discours V, page 27): «S'il est permis à chacun atenter « sur le lien qui entretient et lie tout ensemble : ie voy en peu « d'heure le Ciel en désordre^ ie voy les uns changer leur cours, « les autres entreprendre sur leurs voisins une consommacion « uniuerselle : ton sceptre, ton trône, ta magesté en danger;» et un peu plus bas (page 28) : « Si tout l'Vniuers ne tient que « par certeines amoureuses composicions, si elles cessoient, « l'ancien Abime reuiendroit. Otaat l'amour, tout est ruiné.»
l55. — Louas iadis et ma tresse dorée,
Et de mes yeics la beauté comparée
A deus Soleils, . . . ^ , niêm.e page.
L'éloge de la tresse dorée de Louise Labc, et la comparaison de ses yeux a deus Soleils , se retrouvent plusieurs fois dans les Escriz de diuers poètes a sa louenge,
156. — Tira les trets causes de ton tourment , même page. On lit causez dans les éditions antérieures à celle-ci : j'ai pensé que c'étoit une faute d'impression qui, s'élant glissée dans l'édition primitive, s'étoit perpétuée dans toutes les autres.
157. — Mais ie m^assure, quelque part que tu sois, page 101^ Ce vers a une syllabe de trop.
i58. — Sans 'votre ardeur d'un V^ulcan excuser.
Sans la beauté d'Adonis acuser, même page. G'est-à-dire, sans que votre ardeur soit rendue excusable par la circonstance que vous auriez un Vulcain pour mari, sans que vous ayez à alléguer, pour vous justifier, la beauté extraordinaire de votre amant.
iSg. — La fin de ce sonnet rappelle celle de l'He'roïde d'He'loïse à Abailard, par Colardeau :
Et que le voyageur, pleurant uotre mémoire. Dise : Ils s'aimèrent trop, ils furent malheureux ; Gémissons sur leur tombe, et n'aimons pas comme eu».
A LA LOVETVGE DE LOVÏZE LABÉ LIONNOIZE.
160. — Il existe un grand nombre de poètes qui , comme Louise Labé , ont fait imprimer avec leurs vers ceux qu'on leur avoit adressés : c'étoit même de son temps une coutume assez ge'néralement suivie. Les amis de l'auteur célébroient à qui mieux mieux ses talents et ses ouvrages, et on décoroit de leurs pompeux compliments les premières pages du recueil. Il n'est presque aucun des livres publie's dans le seizième siècle, qui ne soit précédi-' de pareils éloges ; mais on ne les plaçoit pas toujours au commencement du volume : on les re'unissoit quelquefois à la fin. C'est ainsi, pour citer un exemple analogue à celui de Louise Labé, qu'à la suite des Rymes de gentile et vertueuse dame Pernette du Guillet, lyonnoise, Lyon, Jean de Tournes, i54^, in -8.°, l'éditeur, Antoine du Moulin, mâconnois , rassembla les épitaphes qui avoient été faites pour cette dame, morte peu do mois auparavant, par Maurice Sceve et quelques poètes anonymes. Louise Labé, plus heureuse, a été chantée d sou vivant; et ce ne fut sans doute qu'en faisant violence à sa modestie, pour satisfaire le désir de ses amis et se conformer à l'usage , qu'elle se décida à publier avec ses œuvres les pièces < omposées à sa louange. Nous devons lui en savoir gré : plusieurs de ces pièces renferment des détails précieux, et quelques-unes ont un mérite réel sous le rapport de la poésie, telles que l'ode grecque tt l'ode latine, la pièce , O ma belle rebelle (page 118), l'ode d'Olivier de Magny (page 121), et enfin celle qui termine la collection (pages 102 et suiv.).
Les éditeurs de 1762, et celui de Brest, i8i5, ont bouleversé l'ordre que ces différents morceaux ont dans les éditions primitives : nous l'avons , au contraire, religieusement conservé. C'est un monument antique dont nous avons voulu reproduire une copie fidèle.
EIS £ÎAAS A0ISH2 AABAIAS. (Page io3.)
161. — Le mètre de cette ode, dont l'auteur ne s'est pas nommé, consiste dans le mélange alternatif du grand vers héroïque et du vers iambique do quatre pieds. M. Scrvan de Sugny, jeune poète lyonnois, connu par une élégante traduction de Tliéocrite, que j'ai déjà eu occasion de citer, en a fait, à ma prière, l'imitation suivante :