AVIS
A cause de la fêle de St. Louis , le prochain N.** des Tablettes ne paraîtra que vendredi matin , 27 du présent mois.
Esquisses historiques et statistiques sur la Ville de
Lyon»
( XVIII.e Article. )
BoNNEVEAU (^rue) , tendant de la rue des Gënërales à la rue du Port-Charlet , d ^pendant de la paroisse de St- JBonaventure et du 2."'^ arrondissement de justice de paix ^ et comprise au recensement de 1825 pour 3r maisons » 2o5 ménages, 817 individus, 5i ateliers et 120 métiers pour la fabrication des étoffes de soie.
M. Cochard paraît être le seul des auteurs qui ont écrit sur Lyon , aux recherches duquel on doive quelques notions sur cette rue , elle n'en faisait autrefois qu'une seule avec celle des Générales , qu'on trouve figurée au plan de i54o , mais sans nom. Plus tard, les moines de Tabbaye de Bonneveau , prés de Vienne , en Dauphiné , ayant acquis nne maison à l'angle de la rue Grenette et de la rue unique, rappelée ci-dessus | celle-ci prit le nom des uoiiYeau^ii ac"
( 238 ) quéreurs , et fut par conséquent appelée Eonneveau Mais ensuite la première partie de cette même rue reçut la dénomination des Générales sur laquelle nous reviendrons ultérieurement , et le surplus , c'est-à-dire la partie conduisant de la rue de la Lune à celle du Port-Char Ict^ conserva seule la dénomination primitivement donnée.
11 n'y a rien de remarquable dans la rue Bonneveau , dont les rez-de-chaussées sont presque tous occupés par des ateliers de mégissiers et de corroyeurs , les étages supérieurs par des ateliers de fabrication d'étoffes de soie, et quelques bas sur les derrières, par des fabriques de chapeaux.
Bov RENCONTRE {rue) , de la paroisse de St - Bonayenture et du 2."^^ arrondissement de justice de paix. Elle aboutit , du point d intersection des rues Grôlée et du Port- Charlet , à la place des Cordeliers , et renfermait , au recensement de 1823, 5 maisons, Sa ménages, 194 individus , i5 ateliers et 45 métiers pour la fabrication des étoffes de soie.
Avant la révolution on voyait dans cette rue la chapelle de Notre-Dame de Bonrenconlre , qui était attenante au chevet de celle des Pénitens du Confalou. Elle avait çté bâtie par les habilaus du quartier qui porte son nom , sur le terrain des Pères Cordeliers de St-Bonaventure, dont elle dépendait. Jean Coutelle , bourgeois de Lyon , Pavait ensuite dotée d'une prébende qui , dans les derniers temps de son existence, était venue à la nomination de la famille Kibier , descendant dudit Jean Coutelle. Cette chapelle était desservie par les Pères Cordeliers , auxquels s'était adjoint une Confrérie composée de bourgeois et d'artisans pieux. Ceux-ci , inspirés par cet esprit 4e chaiité et de religion qui régnait alors , y avaient établi un catéchisme en faveur des pauvres enfans de la paroisse de St-Nizier qui n'avaient encore fait que leur première confession.
Cette chapelle a été démolie , et remplacement qu'elle occupait se trouve compris aujourd'hui dans celui sur lequel a été élevé lu Halle au blé.
BoNRENCONTRE ( (juai ) , dc la paroisse de St-IJouaventure et du i."'® arrondissement de justice de paix. Il a été construit en lySS , et comprend ta partie du quai du Rhône qui s'étend de la rue du Port-Charlet à la rue Maurico. On y comptait , à Tépoque du recensement de 1825, 12 maisons, 85 ménages, 556 habitans , 12 ateliers et 27 métiers de la fabrique des étoffes de soie. Son nom lui vient de la chapelle de Notre-Dame du lionrencontre , dont nous nous sommes occupés plus haut. Aucune particularité remarquable ne s'y rattache.
Boucherie-des-Terreaux {place de la), de la paroisse de St Pierre et du 4''^® arrondissement de justice de paix. C'est moins une place qu'un carrefour situé au débouché occidental de la place des Carmes , aux extrémités orientales du clos et de la rue de la Boucherie , et à l'entrée, au nord, de la rue Lanterne. Le recensement de 1825 y a reconnu lo maisons , 68 ménages et 208 habitans. On y trouve la principale entrée du clos de la Boucherie-des-Terreaux , édifice primitivement bâti sur les anciens fossés de la Lanterne , qui faisaient la clôture de la ville, de ce côté, ainsi qu'on le voit sur le plan du Père Menestrier , de l'année i54o. Ces fossés recevaient alors les eaux du Rhône et de la Saône , au moyea du canal dont nous avons eu plusieurs fois occasion de parler , et qui formait la communication de l'une à l'autre de ces rivières , en passant par l'emplacement de la place des Terreaux et de 1 Hôtel-de-ville.
Dans la nuit du i5 au 14 octobre 1734. ce bâtiment fut entièrement consumé par un incendie , et l'année suivante la ville en vendit le sol aux administrateurs de l'Hospice de la Charité par les soins desquels il fut reconstruit dans sa forme actuelle , qui n'a de remarquable que son étendue. Le Consulat eu posa la première pierre le vendredi 16 décembre 175$.
Usant aujourd'hui de cette liberté de Tiurluslrie , dont on n'a peut-être jamais tant abusé qne depuis qu'on a essayé de faire croire qu'elle était menacée , les bouchers ont abandonné une grande partie des étaux de la Boucherie des Terreaux pour se répandre dans la ville , où leurs chevilles hérissées de viandes sanglantes , l'odeur désagréable qui s'en exhale pendant les grosses chaleurs et les cris des animaux qu'on égorge , offrent de toutes parts Taspect le plus dégoûtant. Une grande partie de ces inconvéuiens cessera sans doute quand la ville aura construit les tueries communes , dont le conseil municipal a voté l'établissement j mais alors les clos seront plus que jamais abandonnés ; et le montent viendra où ils devront nécessairement changer de destination. On assure que celui des Terreaux a déjà la sienne fixée , et que l'administration des Hôpitaux , qui en est encore propriétaire , se propose d'en faire un passage en arcades, dans le genre des galeries du Palais Royal , à Paris.
Ce projet ne saurait manquer de réussir , en raison de la situation favorable et de l'étendue de l'emplacement qui s'y trouverait consacré.
Il a aussi beaucoup été question , dans ces derniers temps , d'employer ce même emplacement à la construction d'une salle de spectacle, en acquérant , pour l'agrandir et le régulariser , les maisons qui forment le côté nord de la rue du Bessard. Ce projet , qu une compagnie d'actionnaires pourrait exécuter avec succès , doit néanmoins demeurer subordonné aux arrangemens que la ville avait, dit-on , Tinteution de prendre pour l'acquisition de la salle actuelle du Grand Théâtre. S'il arrivait cependant que les propriétaires de cette salle portassent leurs prétentions trop haut , il serait certainement de l'intérêt de la ville d'accueillir les propositions qui lui seraient faites relativement au projet dont nous parlons. Son accomplissement offrirait , de plus , l'avantage de pouvoir substituer à des maisons informes et délabrées , un éditice d'autant mieux approprié à soû objet , qu'il s'amélio-
Ferait et s'embellirait de tous les perfectionneraens modernes que le goût et Teipérience ont introduits , et dont le système de construclion de l'ancienne salle ne permettrait peut-être pas de profiter , même en consacrant des sommes considérables à sa restauration. Un échange entre la ville et les hôpitaux y fondé sur le droit d'établir les tueries, / rendrait la réalisation de ces vues plus facile qu'elle ne le semble au premier abord.
LITTÉRATURE, jf
JErrJiJîS de LêOVLze Labe lionnoize. A Lion par Durand et Perrin , m. d. ccc. xxiiii , in 8.° de ls.x et de 32G pages , avec cette dédicace derrière le frontispice : Patrice, Amicitiœ et Muais, (i)
La seconde ville de France qui a produit tant de savans, tant d'artistes et d'hommes distingués dans différens genres, a toujours été peu féconde eu poètes : le nombre de ceux dont elle peut vraiment s'honorer est bientôt compté. Je mets à part ce Sidoine Apollinaire qui a jeté tant d'éclat sur le siècle obscur et barbare où il vécut , et je ne trouve que trois véritables favoris des Muses nés à Lyon depuis* qu'il existe une littérature française : ce sont Louise Labé , dite la belle Gordière , Jacques Vergier et Charles Borde. Le reste iic vaut pas l'honneur d'être nommé.
Vergier , célèbre par ses liaisons avec Lafonlaine , nous a laissé quelques contes où l'on retrouve l'abandon , lu grâce et la naïveté du Bonhomme ; Borde s'est fait un nom par une ode sur la guerre et des pièces fugitives dont quelques-unes furent attribuées à Voltaire. Quant à Louise Labé , bien supérieure en génie à ces deux littérateurs , quoiqu'elle soit venue dans un temps où la langue et la \ersiiication n'étaient pas encore perfectionnées , elle est
(1) Ou ea trouve quelquei exemplaires chez Chami.et fils.
( 343 ) notre poète par excellence : ses élégies et ses sonnets , malgré leur vieux style , ont eucore des grâces nouvelles , et lui out mérité le surnom de la Sappho de Ljon ; sou Débat de Folie et d'Amour , espèce de composition dramatique , est une allégoi:ie charmante. Il est vrai qu'elle l'a écrit en prose , mais l'invention du sujet qui lui appartient en propre et la manière dont elle l'a traité , peuvent servir également à prouver qu'elle possédait du moins wne qualité essentielle dans les poètes , une imagination heureuse et féconde. Il n'est donc poiut étonnant qu'on la place |wmi les personnes illustres auxquelles notre ville a donné le jour, et qu'elle figure avec honneur sur îe Parnasse français. Ses œuvres publiées pour la première fois eu i555 et i556 , étaient devenues , malgré leur réputation , extrêmement rares , lorsqu'en 1762, quelques Lyonnais , non moins distingués par leur goût et leur instruction que par le rang qu'ils occupaient dans la cité , en donnèrent une nouvelle édition qui , à son tour , est aujourd'hui presque aussi difficile à trouver que les éditions originales. Une réimpression faite à Brest eu 181 5 n'a pas mis les admirateurs de Louise dans le cas de pouvoir satisfaire beaucoup plus aisément leur curiosité ( i) ; car on ne sait par quel caprice elle n'a été tirée qu'à t^o exemplaires. La gloire de reproduire et de multiplier les ouvrages de cette femme célèbre dans une édition digne d'elle, était réservée à deux académiciens de Lyon , MM. Bréghot du Lut et Cochard. Tous deux se sont chargés du soin de diriger cette entrepjise , et d'élever un véritable monument à la mémoire de la belle Cordière, Dès qu'ils en eurent conçu le plan , ils le soumirent aux amis des lettres et des arts
(i) Malgré la rareté de ses éditions , Louise Labé est généraleineiit connue : il n'est pi esque aucune de nos poétiques , aucun de nos recueils de vers , où plusieurs de ses pièces ne soient citées comme des modèles dans leur genre ; mais cela >ert à faire mieux sentir le Jiesoin et le prix d'une coileçtioQ complète de tout ce qu'elle « composé,
( 343 ) que Lyon renferme dans son sein; une souscription fut ouverte et remplie au même instant ; nos principaux magistrats se firent gloire d'y placer leurs noms. L'édition vient de paraître : les exemplaires dont le nombre , sans être excessif est assez considérable, ont été partagés entre les souscripteurs pouc-être distribués à leurs amis, et ces riches présens, accueillis avec reconnaîi^sauce , commencent déjà à décorer les bibliothèques des littérateurs et des hommes de goût.
Ce n'est pas seulement par le luxe typographique que cette édition est remarquable, quoique, à cet égard, elle ne laisse rieu à désirer : MJVl. Durand et Perrin , qui débutent avec succès dans l'art des Didot et des Baskerville , y ont apporté un soin qui leur fait le plus grand honneur; mais elle a droit encore, sous d'autres points de vue, de fixer l'attention des savans et des hommes de lettres.
Un dialogue écrit avec esprit et échappé à la plurhe élégante et facile de M. Dumas , ouvre le volume : Sappho et Louise, dans un entretien agréable et piquant , apprennent aux lecteurs tout ce qu'on aurait pu leur dire dans un avant-propos. Cette préface ingénieuse intéresse égaiement et par le fond et par la forme.
La vie de l'illustre Lyonnaise , composée par M. Cochard, rappelle la manière siniple et naturelle du bon Plutarquo: Louise y est vengée des imputations Calomnieuses que des écrivains fanatiques ou iguorans avaient débitées contre elle.
De savantes et nombreuses remarques accompagnent cette curieuse notice; elles indiquent avec exactitude les sources où les faits ont été puisés , et contiennent une foule de notions sur l'histoire de Lyon , et sur l'histoire littéral :e en général. Ces remarques , ainsi que celles qui sont pUcées à la suite des œuvres , sont dues à M. Bréghot, dont la saine critique a répandu un nouveau jour sur la vie et les écrits de Louise , et qui a déployé dans ses recherches les trésors de la plus vaste érudition.
Le glossaire qui termine le volume et donne l'explication de tous les mots employés par la belle Cordière, qui ont cessé d'appartenir à notre langue, a aussi été rédigé par le même académicien. Les anecdotes qu'il y a insérées , les rapprochemens qu'il y a faits , les notes philologiques dont il l'a semé , rendent la lecture de ce dictionnaire nou moins agréable qu'utile. La sécheresse presque inséparable de ces sortes de nomenclatures ne s'y fait sentir nulle part.
Nous pouvons assurer que les dames même liront avec plaisir toutes ces différentes pièces accessoires. Les éditeurs n'ont jamais perdu de vue qu'il se trouvait une dame ( i ) parmi les souscripteurs.
En un mot , rien n'a été oublié pour faire de la nouvelle édition uu ouvrage accompli. M. Bréghot , chargé spécialement de surveiller l'impression , a eu sous les yeux et a collationné toutes les éditions antérieures ; il a même emprunté à la bibliothèque du Roi l'une d'entr'elles dont la rareté est si grande qu'il n'en existe peut-être pas ua seul autre exemplaire : ainsi, on sera certain d'avoir le texte le plus pur et le plus authentique. Les pièces de vers composées en l'honneur de Louise par des poètes de son temps, paraissent pour la première fois dans leur intégrité : l'çde grecque qui les précède a été traduite en vers français par le jeune et élégant interprète de Théocrite , M. Servan de Sugny j les quatre pièces italiennes ont été rendues de la même manière par M. Péricaud , de l'académie de Lyon. Il eût été surprenant que M. Péricaud , compagnon assidu des travaux littéraires de M. Bréghot , son digne ami , n'eût pas contribué en quelque chose h cette louable entreprise. (2)
(il Dire que cette dame, malgré son savoir, aime l'éruditiou Baus pédauterie , et cullive les lettres avec autant de succès que les arts , c'est la de'signer suffisamment.
(aj Dès J1812 , ces deux amis publièrent ensemble , cUçz M.
( 345 ) Nous lerminerons cet article, dans lequel nous eussions justifié nos éloges par des citalions si l<^s borties de cette feuille nous l'eussent permis , eu exprimant le vœu que MM. Bréghot et Cochard ne s'en tiennent point à ce premier essai. Ils Tout dit eux-mêmes : « Louise Labé n'est » pas le seul écrivain dont Lyon ait droit de s'enorgueillir , » il en est plusieurs autres dont les productions mërite- » raient aussi d'être plus répandues , et qui seraient dignes » de reparaître avec les mêmes honneurs. »»
Article communiqué.