SUR LES OEUVRES DE LOUISE LABÉ
Parmi les pièces de vers qui , sous le titre à^Escriz de diuers poètes , ont été placées à la suite des œuvres de Louise Labé , comme ayant été composées h sa louange , il en est deux qui sont dues à Olivier de Magny , de Caliors en Quercy, ami et compatriote de Hugues Salel et de Clément Marot. La première est celle qui commence à la page ii4 de notre édition ", et qui est intitulée: Epître à ses amis , des gracieuseiez de D. L. L, ^ et la seconde est celle qu'on lit, pag. 121 et suiv. , et qui porte le titre d'Ode en faveur de D. Loiiïze Labé à son bon Signeur. D. M. L'une et l'artre , mais surtout la dernière , sont remarquables : elles nous font voir dans Olivier de Magny un des plus grands admirateurs de la Sappho lyonnaise , et un de ceux qui l'ont célébrée avec le plus de talent 5 elles fournissent aussi quelques détails
1 Euiires de Louïze La^é lyonnoize» Liou , Durand et Perrin , 182/j , in-8.°
pour sa biographie , qui ont cte relevés dans la notice place'e à la tête de notre édition. Le recueil des Odes {V Olivier de Magny^ imprimé à Paris, ciiez André Wechel, en 1559, in-8.0 , que nous n'avions pu nous procurer, étant par hasard tombé dernièrement sous notre main ', nous nous sommes hâté de vérifier s'il contenait ces deux pièces. Le résultat de notre recherche a été que la première ne s'y trouve pas, mais que la seconde , composée de 28 strophes , y figure divisée en deux odes ; c'est-à-dire que les 22 premières strophes y forment une ode adressée à Anthoine Fumée , grand Rapporteur de France , et que les six strophes suivantes en forment une autre intitulée : Ode au Tti/ips et à VOccasion ^ présentée en vne monimerie ci Monsieur d^Auanson. On ne conçoit pas comment les anciens éditeurs de Louise Labé , ou Louise Labé elle-tkiême , si c^est elle qui a présidé à l'impression de ses ouvrages , ont pu joindre ensemble ces deux compositions , qui sont absolument différentes , sans nul rapport entre elles , et dont la seconde lui est même tout-à-fait étrangère. Leur texte diffère , d'ailleurs , en quelques endroits , de celui du recueil publié par l'auteur 9 et nous avons pris note de ces variantes dont on pourrait faire usage, si l'on donnait une nouvelle édition de Louise Labé.
Mais ce n'est pas là tout ce qu'on trouve de relatif à cette femme célèbre dans le rare volume qui contient les Odes d'Olivier de Magny : il s'y rencontre d'autres pièces qui paraissent se référer aussi à la Belle Cordière , que le poète avait connue à Lyon pendant le séjour qu'il y fit de i55o à i555; car c'est elle probablement qu'il chante comme une de ses maîtresses sous le nom de hoyse. Nous citerons d'abord l'ode suivante , qui occupe le recto et le verso du feuillet i5i :
i L'exemplaire que nous ayons vu , appartient à la bibliollièquâr pubUc[ue de Lyon.
DE SA INOVVELLE AMOVR 5 A lEAN d'iLLIERS ,
l'auoy conclud en mes espiitz Que iamais l'enfant de Cypris IN'auroit plus sur moy de puissance, Et ia desia ie cognoissoy , En mille lieux où ie passoy, Combien valoil ma résistance.
Mais ce Dieu deuenu moqueur De la liberté de mon cueur , Vint raillant me dire naguiere Qu'il me feroit bien tost sentit* Si ie me pouuoy garcntir Du coup de sa flecbe guerrière.
Et deslors ce petit Archer Va secrètement se cacher Dedans vn des yeux de LoYSE ^ D'où traistre il descocha sur moy Le fier traict plein d'aise et d'esmoy Qui rompt si bien mon entreprise.
Adieu doncq* pauure liberté :
Cest aueugle enfant irrité De quoy ie dedaignoy ses armes , Comblant ma poytrine d'amour , Me liure de nuict et de iour Sans repos raille autres alarmes.
Dans le commencement trune autre otie , intîtule'e • Tfaymer en plusieurs lieux , à Guillaume Aubert , fol. i45 recto 5 Olivier de Magny compte encore cette même hoyse au nombre de ses malstresses , et en nomme avec elle trois autres qu'il célèbre en divers endroits de son recueil :
Pour ce qu'en ceste amour diuersement escripte le parle ore auec Anne , ore auec Marguerite , Magdaleine et LoYSE , on me pourroit blasmer D'aymer en trop de lieux pour me bien faire aymer....
C*est peut-être aussi de Louise Labé qu'il est question dans l'ode intitulée : De V absence de s* aniyc , à Maurice Sceue ^ lyonnois ^ fol. 148 recto-149 ^^' Olivier de Magny y annonce qu'il a quitté les bords du Rhône et de la Saône pour venir auu: rivages d'Isère lamenter sa misère, espérant , mais en vain , d'amoindrir son mal par l'' absence. Il termine ses plaintes amoureuses par ces deux strophes :
0 beaux yeux bruns de ma maistresse, 0 bouche 5 ô front , sourcil et tresse , 0 riz, ô port, ô chant et voix, Et vous ô grâces que i'adore , Pourray-ie bien quelque autre fois A'^ous veoir et vous ouyr encore , Comme ie feiz en l'autre mois !
Riuages , monts , arbres et pleines , Riuieres , rochers et fonteines , Antres , forestz , gerbes et prez , Voisins du seiour de la belle , Et vous petitz iardins secretz , le me meurs pour l'absence d'elle,, Et vous vous égayez auprès.
Mais le morceau le plus pre'cieux du recueil et qui a ete pour nous une découverte des plus intéressantes , est celui que nous allons transcrire , et qui se trouve fol. i8i verso- 1 85 id. On n'aura pas de peine h reconnaître , au moyen des allusions qui y sont contenues , que le mari complaisant et commode auquel le poète s'adresse, n'est autre que Sire Erincmond Perrin , époux de Louise Labé , dont le nom est légèrement altéré et changé en celui de Sire Aymon. Les notes dont nous accompagnerons ce curieux monument des mœurs du seizième siècle j ne laisseront, d*aillears , aucun doute à cet égard.