‹ Évangeline et autres poèmes de Longfellow [microforme]Chapitre 10 sur 28 · ARE · texte numérisé non relu

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«D'autres sont obsédés de noirs pressentiments, «Œt ne font que rêver malheurs et chôtiments. «Toi, tu parais heureux. Sur la route où tu passes «S'il est un ter perdu, c’est toi qui le ramasses. »

Alors Évangéline, avec un geste bon, S'en vint lui présenter la pipe et le charbon. Et lui, très lentement:

— «Je n’aime pas pour hôtes, «Ces navires anglais mouillés près de nos côtes. «Leurs énormes canons, qui sont braqués sur nous, «Ne nous annoncent point les desseins les plus doux. «Mais quels sont ces desseins? Hélas! on les ignore! «On sait bien qu’il faudra, quand la cloche sonore «Appellera le peunle à l'église, demain, «Œntendre lire haut — puisse-t-il être humain! — «Un mandat qui sans doute émane du roi George. «Or, plus d’un paysan soupçonne un coupe-gorge; «Tous sont fort alarmés et se montrent craintifs. »

Le fermier répondit:

— (On ne sait les motifs,

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«Mais doit-on SOUpÇonner de lâches :

|| «La pluie, en Angi a «Ont peut-ê

Puis, poussant un soupir:

— «Bellefontaine, écoute, , Oublié Louisbourg, «Pas plus que Port-Royal, Pas plus que Beauséjour...

» Tredoutant ces Croisières,

là, sur les lisières,

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Un souris sur la lèvre, et le regard oblique, Le jovial vieillard à son ami réplique :

-— (Au milieu de nos champs et de nos gras troupeaux, «Sans armes, nous vivons dans un profond repos. «Nous sommes mieux encor, par derrière nos digues, «Que n'étaient autrefois nos ancêtres prodigues, «Dans leurs murs qu'ébréchaient les canons ennemis. «D'ailleurs, dans l’infortune il faut être soumis. «Vais-je donc retenir, Basile, pour hôtesse,

«Ce soir, à mon foyer, la vilaine tristesse ?

«C’est le contrat, ce soir, et qu'importe demain ?.. «Les jeunes gens du bourg ont bâti, de leur main, «La grange et la maison. Pour Couronner l'ouvrage, «Ils ont mis au fenil le grain et le fourrage,

«\u buffet ils ont mis pour un an d'aliments.

«Le labour même est fait. Attends quelques moments «Et LeBlanc va venir avec sa plume d’oie.

«De nos heureux enfants Partageons donc la joie.

Dans la fenêtre ouverte, à voix basse, à l'écart, Les fiancés causaient, et leur calme regard

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Se piomenait au ciel d'azur. Évangéline Livrait à Gabriel sa main brûlante et fine:

El'e rougit Soudain, quand son Père, empressé, Rappela, tout ému, le projet Caressé.

A peine le vieillard venait-il de se taire,

Que l'on vit à la Porte arriver le notaire.

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Corame un souple aviron, aux mains des matelots, Fléchit, ne se rompt pas, en soulevant les flots,

Le notaire marchait épaules inclinées,

Mais ne s’affaissait pas sous le poids des années. Dorés comme un duvet de maïs, et soyeux,

En boucles sur son rou retombaient ses cheveux.

A travers leur cristal, ses besicles de corne Laïssaient voir la sagesse au fond de son œil morne.

Il aimait d'ordinaire à faire des récits.

Père de vingt enfants, plus de cent petits-fils, Dès qu'ils l’apercevaient, couraient à sa rencontre

Pour coller leur oreille au tic-tac de sa montre. Pendant la guerre, ami des Anglais, sans procès, Quatre ans il fut captif dans un vieux fort français. À l'abri du ‘oupçon, sa vertu pour défense,

Il avait maintenant la candeur de l'enfance.

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Tous l'estimaient, petits et grands. I] racontait Pourquoi le loup-garou v

Et pourquoi les lutins ch Et puis, il rappelait le so Enfant mort sans bapté Qui voltige toujours, ch Et de l'enfant qui dort Et puis qu'une araignée Quand on 1a porte au co Que la nuit de Noël, au La génisse et Je bœuf ca Il leur disait aussi les v

ers les bois remontait, evauchaient dans Ja friche.

rt du blanc Létiche,

me, esprit doux, Soucieux, erchar t toujours les cieux, s'en vint baiser les lèvres.

est un remède aux fiè u dans l’écale des noix.

bon temps d'autrefois, usaient dans les étables.

ertus véritables

Que le peuple, partout simple autant que loyal, Prétendait découvrir dans le fer à cheval,

Et dans le trèfle blanc à Ja quadruple feuille,

Et bien d’autres récits que le peuple recueille.

vres,

Cependant aussitôt

que LeBlanc arriva, De son siège,

au foyer, Basile se leva.

Il lui tendit Ja main. Puis

Et faisant de sa pipe ondu — (Allons!

«Vous avez

, la voix animée, ler la fumée:

père LeBlanc, Commença-t-il alors, entendu ce qu'on dit au-dehors.

he.

«Sait-on bien ce qu'ici les vaisseaux viennent faire? «Avez-vous du nouveau? »

— «Je ne sais quelle affaire, «Lui répondit LeBlanc d'un ton de bonne humeur, «Amène ces vaisseaux. Je connais la rumeur, «Et j'ai glané, ma foi, mainte chose au passage, «Mais ne répétons rien, c'est peut-être plus sage. «Je ne puis, toutefois, croire que ces bateaux «Viennent pour ravager nos fertiles côteaux.

«Les Anglais voudraient-ils nous déclarer la guerre ? QI faut un bon motif. Pour moi, je ne crains guère. »

— (Nom de Dieu! s’écria le bouillant forgeron, (Qui parfois décochait joliment un juron, «Il nous faut donc alors chercher, en toute chose,

«Le pourquoi, le comment? Iln'est rien que l’on n'ose.

«L'injustice est partout, et personne n’a tort; «Tout le droit maintenant appartient au plus fort ».

Sans paraître observer la chaleur de Basile, LeBlanc continua d’une voix fort tranquille:

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— (L'homme est injuste, soit; le bon Dieu ne l’est pas. «La justice triomphe à son tour ici-bas,

«Et, pour preuve, je vais vous redire une histoire (Qui ne s’efface point de Ma vieille mémoire :

«Elle me consolait de mon sort déloyal,

«Lorsque j'étais captif au fort de Port-Royal. »

Le vieillard aimait bien cette histoire touchante.

À ceux que maltraitait quelque langue méchante, À ceux qui sur l'honneur ne voulaient plus compter, D'une voix tout émue il allait la conter.

«Que la crainte de Dieu, dit-il, se perpétue!

«Jadis, dans une ville, était une Statue:

«La Justice. De bronze, au piédestal d’airain,

«Elle avait bel aspect, et son regard serein

«Aux désirs criminels imposait le silence,

«Sa droite tient le fer, sa gauche, la balance,

«Emblèmes éloquents de l'équitable loi

(Qui veillait sur les biens, sur les mœurs, sur la foi.

&Et des oiseaux, nichaient dans les plateaux sans [craindre

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«Le glaive flamboyant qui semblait les atteindre.

«Pourtant il arriva, dans la suite des temps, «Qu'on vit se pervertir les mœurs des habitants: «Et le faible, sans cesse en butte à l'ironie,

«Dut subir du plus fort la lâche tyrannie.

«On afficha le vice, et plus d’un tribunal «Outragea l'innocence et protégea le mal.

«Un collier disparut de la maison d’un noble.

«On conclut aussitôt à quelque vol ignoble,

«Et l’on chercha partout, mais en vain, des témoins. «On voulut sur quelqu'un se venger néanmoins. «Devant un intrigant revêtu de l’hermine,

«On actusa, sans honte, une pauvre orpheline

«Qui depuis de longs jours servait fidèlement.

«Le procès, pour la forme, eut lieu fort promptement, «ŒEt le juge pervers, d'une voix émouvante,

«A mourir au gibet condamna la servante.

«Autour de l’échafaud on vit les curieux,

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«Pressés, impatients, inonder tous les lieux. «Par le triste chemin que la foule jalonne, «La victime s’avance au pied de la colonne.

«Le bourreau la saisit. Au moment solennel «Où son âme montait vers le Juge éternel, QUn orage, soudain, gronde, éclate, La foudre «Descend sur la statue et la réduit en poudre. «Or, la balance tombe avec un grand fracas, GCEt, dans l’un des plateaux qui se brisent en bas, «On voit un nid brillant. C'était un nid de pie «Dont les parais d'argile, avec Coquetterie, «Retenaient encastré le collier précieux.

«C'est ainsi qu'éclata la justice des cieux. »

Quand le père LeBlanc eut fini son histoire, Basile ne dit mot. Mais il était notoire

Qu'il ne s’inclinait pas devant son argument.

Il voulait répliquer et ne Savait comment.

De ces luttes de mots il avait peu l'usage,

Et ses pensers restaient empreints sur SOn visage, Comme, sur une vitre, au souffle des hivers,

Les bizarres profils de cent dessins divers.

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Alors Évangéline, à la braise de l’âtre, S'empresse d'allumer la lampe au pied d’albâtre, Car la nuit qui descend répand l'obscurité.

Puis, lorsque la maison est pleine de clarté, Elle va, souriant, déposer sur la table,

Un pot d’étain rempli d’un cidre délectable.

Prenant, bientôt après, son encre et son papier,

Le vieux notaire écrit, d'u: Style régulier,

Les noms des contractants, la date, et puis leur âge, La dot qu'Évangéline apporte en mariage,

Et maints autres détails, sans en oublier un.

Et, quand tout fut écrit comme voulait chacun, Que le sceau de la loi fut mis, brillant et large Comme un soleil levant, sur le blanc de la marge, L'équitable fermier, toujours simple et courtois, Tira de son gousset sa bourse de chamois

Et paya, tout joyeux, comme une chose exacte, En beaux écus sonnants, trois fois le prix de l'acte. Se levant, le notaire ému, mais enchanté, Embrasse les promis et boit à leur santé.

Il assèche sa lèvre où 1

e vieux cidre écume :

Derrière Son oreille ile

nfonce sa plume ;

Il roule son Papier, puis à tous dit bonsoir.

Quelques étoiles d'or luirent dans l'infini,

2Oir

natif

RS ne en ne ne map

Comme des fleurs de feu, des fleurs qui sont, sans doute, Les «ne m'oubliez pas » de la céleste voûte.

Ainsi passa le soir, et s’apaisa l’effroi.

La cloche retentit dans son léger beffroi.

Lentement dans l'air calme elle Sonna neuf heures; C'était le couvre-feu; l’on fermait les demeures. Alors chacun se lève et les adieux se font,

Et sous le toit bientôt le silence est profond. Évangéline est seule, et bien close est la porte; Mais dans l’enivrement du rêve qui l'emporte

Elle entend murmurer la voix du fiancé,

Et son cœur plein d'amour vers lui s’est élancé.

Les charbons du foyer furent mis sous la cendre, Et plus sombre soudain la nuit parut descendre. Le pas quelque peu lourd de l’honnête fermier Fit résonner alors le solide escalier.

Et puis on entendit la jeune ménagère,

Car elle aussi montait, Dans sa marche légère, Elle semblait glisser sur les degrés de bois.

Une douce lueur éclaira les parois,

Et dora tour à tour les barreaux de la rampe; Ce n'était point alors sa Mais c'était son re Tra

rideau blanc au lit; rameau bénit.

n8 Sur des tablettes, maintes pièces complètes:

SSuS fins et parfaits étier avait faits,

Pour dot. C'était un apanage TouvVerait la femme de ménage

£TaS troupeaux et Je grain des sillons.

Sur le mur, une croix et le On voyait Cependant, en ra Dans une armoire, au fond, Des flanelles, des draps, ti Que son habile Main au m Et qu'elle aurait Qui, bien Sûr, p Mieux que les

Elle éteignit sa lampe. Aussitôt des rayons Qui descendaient du cie

Par la fenêtre close ino Et son cœur, débordant Au pouvoir merveilleux Obéit doucement comme Elle buvait alors une iv

1 suaves comme l’ambre, ndèrent la chambre:

de tendresse et d'espoir, du bel astre du soir, l'onde et la nue.

resse inconnue,

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De son soulier léger sortit son beau pied blanc;

Ses cheveux dénoués, se moulant à son flanc,

Lui firent un long voile. Elle était vraiment belle. Elle s’imagina qu'’alors, sous la tonnelle,

Le jeune fiancé, plus troublé, plus aimant,

En silence épiait le fortuné moment

Où, devant les rideaux de la haute fenêtre,

Il verrait son image un instant apparaître.

Sa fidèle pensée allait toujours vers lui,

Et pa: 'ois cependant la tristesse et l'ennui Jetaient l'ombre en son cœur. Voilant la lune d'ambre, Des nuages ainsi jetaient l'ombre en sa chambre. Attendrie et rêveuse, à sa fenêtre alors

Elle vint s’accouder pour regarder dehors.

Des plis mystérieux d’un vagabond nuage,

La lune s’échappait, souriante et volage.

Une étoile aux cils d’or la suivait dans le ciel, Comme, aux jours d'autrefois, le petit Ismaël Suivait Agar, sa mère, en sa lointaine marche, Après qu'elle eût quitté le toit du patriarche.

DR ue RE

La nuit s'enfuit. Le Grari-Pré s'envelop Une rose buée entourait les collines :

Les ruisseaux babill

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