‹ Évangeline et autres poèmes de Longfellow [microforme]Chapitre 13 sur 28 · UX · texte numérisé non relu

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Benoît, leur compagnon, demeurait impassible. Il semblait ne point voir cette scène indicible Que la nuit grandissait au lieu de la voiler. Lorsqu'après un instant ils veulent lui parler, Tombé près du caillou qui lui servait de siège, Il était mort. De l'acte impie et sacrilège

Qui l’a tué, martyr, il en appelle à Dieu.

Le prêtre le bénit. Il le soulève un peu.

Évangéline tombe à genoux sur le sable,

Couvre d’ardents baisers son front méconnaissable, Et supplie, et sanglote. Elle s'évanouit.

Et jusqu’à l'heure où l'aube au ciel s'épanouit, Telle une fleur se ferme au milieu d’un parterre, La pauvre enfant dormit ce sommeil de mystère, Cet effrayant sommeil: l'évanouissement!

Quand elle s'éveilla, le fond du firmament Réfléchissait encor l'éclat de l'incendie,

Les galets de la rive et l'herbe reverdie Étincelaient encor. Ses amis l’entouraient,

Ils gardaient le silence. Elle vit qu'ils pleuraient.

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Dans le trouble des sens, relevant son front blême, Elle crut que c'était le jugement suprême,

Avec ses espoirs doux et ses justes effrois,

Puis elle reconnut une pieuse voix,

Qui disait à la foule accourue auprès d'elle:

— «Portons les restes saints de notre ami fidèle

«A l'ombre de cet arbre, au bord de cette mer;

«Et si nous revenons de notre exil amer,

«Nous irons, louant Dieu, le mettre en terre sainte. «La haîne des méchants sera peut-être éteinte. »

Au bord des flots profonds, dans un sauvage endroit, Ainsi fut enterré le vertueux Benoît.

Nul cierge ne brûla près de ses humbles restes ;

Nul chant ne put monter aux portiques célestes ;

La cloche du hameau ne sonna point de glas;

Mais les bons paysans pleurèrent son trépas,

Et la mer répondit à leurs plaintes funèbres.

Pourtant, on crut ouir au milieu des ténèbres, Les versets alternés et l’accent solennel

it,

Des moines à genoux dans l'amour fraternel.

C'était le grondement lointain de l1 marée Qui montait avec l’aube. Et la foule effarée Que la nuit avait vue errante sur les bords, La foule des proscrits fut embarquée alors.

Des vents impétueux dans les haubans sifflèrent; L'océan reflua; les voiles se gonfièrent,

Et les sombres vaisseaux, hissant leurs pavillons, Ouvrirent dans la mer de bouillonnants sillons.

Ils laissaient sur la côte un village en ruine,

Ils laissaient un martyr sur la grève voisine!

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