PREMIERE PARTIE
Sous le ciel d'Acadie, au fond d'un joli val,
Et non loin des bosquets qui bordent le cristal Que déroule, tantôt sous les froides bruines, Tantôt sous le soleil, le grand Bassin des Mines, On aperçoit encor, paisible, retiré
Et loin de ce qu'il fut, le hameau de Grand Pré.
Du côté du levant de beaux champs de verdure
Offraient à cent troupeaux une grasse pâture
Et donnèrent jadis au village son nom.
Pour arròtor les flots lo vigilant colon,
18 ÉVANUÉLINK A force de travail et de rudes fütigues,
Klovn de sex mains de giganterques digue Qu'au retour du printemps on voyait s'entr'onvrir,
Pour lnisser l'océan s'élancer ot courir
Sur lo duvet des prés devenus son domaine.
Au couchant, au midi, jusqu'au loin dans la plaine S'étendaient des vergers et des bouquets d'ormeaux, Le lin vert bajançait sex frèles chalumenux
Et le blé jaunisaant, ses tiges plus robustes;
Vers le nord surgisszniént mille sortes d'arbustes Des bois mystérieux 4 de sombres hallicrs;
Et, sur les hauts sommets des monts irréguliers, De magiques brouillards, des brumes éclatantes,
Se paraient au soleil de couleurs insonstantes-
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Et semblment admirer le vallon dans ln paix
Sans oser cependant y descendr« jamais,
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2 ÉVANGËLINR ‘#6
C'est ln qu'apparaisanint, charmantes vt coquettes,
Los maisons du: hamonu qui toutes étaient fhitos
: < ; 5 * * Avec du bois de chène, ou d'ormo 8
uvrir, 5 x * 8 x | 75 ?
— Comme le paysan bâtissait son foyer, .
Dans lu terre Normande, alors que sur le) trône g | ; | laine S'asseyaient les Henri. Un chaume frais ot jaune * 4 , + À LA 7 menux, Arrangé par faiscenüx, recouvrait tous los toits ; i 8 . Des lucarnes Inissniont, par les chassis étroits, * . N i f Pénétrer le soleil jusqu'au fond dos mansardes. te Lorsque tournant au vont, les girouettes criardes S'illuminaient des foux d'un beau soleil couchant < * * * iers, Dans les beaux noirs d'été; lorsque l'herbe du champ : * \ ; tos. Exhalait son arome et tromblait à la brise, ? N 5 *
Sur le seuil de la porte avec leur jupe grise, .
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our blanche capoline et leur mantelot noir, 1 DS: —
Les femmes du hameïu venaient gaiement s'assoir, - , f *
Et filaient leur quenouille; et les brunes ttes CE . 8
. > ; u 2 1 Unissnient leur chansons au bruit clair des navettes
ÉVANGÉÈLINE
Tournant sur los métiers leurs eunieux de rosèeu,
bu pyeux ronflément du rapide fuseuu.
Le Pastete du village, humble et ménéré prètre, | Alors no -tardait pus d'ordinaire à paraitre.
En le voyant venir d'un pas majestueux
Tous les petits enfants en: leurs bruyants jeux,
Leur courses dans len- prés, leurs cris de toutes sortes
Et retournaient s'asscoir en rang devant: les portes. Arrètant leurs fuseaux, lex femmes se levaient,
Et, par des mots polis, toutes le sahiaient.
KA Won. :
Bientôt les laboureurs revenañt Pouvraie à à 7 A l'étable menaient leur pesant attelage.
Le soleil émaillait la pente du coteau :
Et «gs derniers rayons, comme des filets d'eau, eo , 8 |
5 er 7 8 12 5 Jusques au fond du val, glissaient de roche eñ roche.
De en voix argentine au mème inéfant la cloche . De a ; Annonèait l'angelus et le deelin du our.
4 7 { 1 les toits et les monts d'alentour, us
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ÉVANGÉLINE on voyait la:fumée on colonnes blenätros e
SR oe des flots d'encens, s'échapper de cos âtrés Où fe on — ln paix, le plus divin des biens.
ts jeux, © Ainsi LE + ‘à ‘nd les simples Acadiens :
vort norton. | N | en tout souci comme de toute mé 5 1 Leurs portes n'avaient point de clef * de loquet ; 0 ur dans one des FAT nul n ‘était PRES Et, chez cos bonnes gens, on trouvait la demeure
Ouverte comme l'âme, à chacun, à toute heure.
Ia le riche vivait avec-fragilité, , +
Le pauvre n'avait point de nuits d'anxiété.
Sur une grande ferme attachée au village,
Et tout près du bassin, au milieu du fouillage,
évanogunn
On ye alt, autrefois une belle maison
. l'air” un Peu . avec son blanc pignon : ;
C'était là qu'habitait Benoit Bellefontaine.
Il avait avec lui, dans ce joli domaine,
La jeune Evangéline, une suave fleur.
Tous deux vivaient heureux. Benoit avait du cœur,
Une haute stature, un bras fort, un front have,
Un œil intelligent mais peut-être un peu cave,
Une démarche ferme et soixante-et-dix ans.
Avec son teint de bronze et ses longs cheveux blanes
Il était comme un chène au milieu d'une lande.
Un chenò que la neige orne d'une guirlande.
Et cette jeune fille, elle était belle à voir,
Avec ses dix-sept ans, son front pur. son œil noir“
5 1 Qu'ombragenit une épaisse et longue chevelure ; 8 N 8
Comme au bord de la route une discrète mûre
Dérobée à demi par un épais buisson !
Elle était belle à voir, au temps de la moisson,
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ÉVANUÉLINE Lorsqu'elle s'en allait à travers la prairie.
Avec:son corset rouge et «a jupe fleurie.
Porter aux moissonneurs assis sur les gucrots, ) ‘ {
Chaque jour, un flacon tout plein de.cidre frais ! Mais les jours de dimanche elle était bien plus belle ! É Quand la cloche sonnait dans la haute tourelle, Que le prètre, en surplis, bénissait. au saint lieu. Le peuple rassemblé pour rendre hommage à Dieu. On lu vovait venir le longe de lu bruvere.
PFenant dans sa main blanche un livre de priére x blanes Ou les grains vénérés d'un humble chapelet. Fe Elle portait alors élégant man telt, Jupou bleu, souliers fins, chapeau de Normandie, Et brillants anneaux d'or qu'aux rives d'Aeadie Une aieule de France antrefois apporta :
noir Que la mere, en mourant, u sa fille quitta”
re ; Comme an gage sacré, comme un saint heritage Mais un éclat plus doux inondait son visage
Quand, venant de confesse à l'approche du soir,
ÉVANGÉLINE Adorant dans son cœur Dieu qui l'avait bénie. at Les g On aurait dit alors qu'une pure harmonie Contr Comme un accord qui meurt sur se pas s'élevait. C'étai La maison du fermier en ces temps se trouvait | 5 Les p Sur un charmant côteau dont la pente riante La vu S'inelinait, par degrés, vers la rive bruyante. Et le Le sentier pour s'y rendre était bordé d'ormeaux ; ä Où le
Un sycomore altier, de ses vastes rameaux, Comn Ù dote
En ombrageait la porte et la sombre toiture. Les g
A travers la prairie un sentier de verdure | Elles : Conduisait au verger tout en fleurs le printemps, Leurs L'automne, tout en fruits. De ses bras palpitants Et lo Une vigne enchainait l'antique sycomore Le fer Et protégeait l'essaim d'une ruche sonore. Lai so Et plus bas 2 trouvaient, sur le flane du côteau, Avec : Le puits au bord 5 ot tont aupres, un sceau Ses du Et l'auge où s'abreuvaient les bœufs ot les génissos. Puis, :
Des g
ÉVANGÉLINK
Les granges, les hangars protégenient la maison Contre les ouragans de la froide saison.
C'était là qu'on voyait les voitures diverses:
Les pesants chariots, la charrue et les herses,
La vaste bergerie où bélaient les moutons,
Et le brillant sérail où crinient les dindons,
Où le coq orgucilleux chantait d'une voix fière,
Con à “x jours où son chant troubla l'âme de Frais. Trier ?
Les granges jusqu'au faite étaient pleines de foin ;
Elles seules semblaient un village de loin :
Leurs toits proéminents étaient couverts en chaume,
Et le trefle fané remplissait de son baume
Le fenil où montait un solide escalier.
Li se trouvait encor le joyeux colombier
Avec ses nids moelleux. ses tendres créatures,
Ses doux roucoulements, ses amoureux murmures ;
Puix, au-dessus des toits, c'étnient les crix stridents
Des girouettes de tôle allant à tous les vents,
26 ÉVANGÉLINE C'est ainsi que vivait en paix avec le monde, En paix avec son Dieu, dans sa terre féconde,
5 ; 7 8 * Le fermier de Grand Pré. Sa joie et son appui, Toujours Evangéline était auprès de lui Et gouvernait déjà sagement le ménage.
Plus d'un jeune amoureux à péu près de son âge,
La suivait à l’église, et priait à genoux
En reposant sur elle un œil tendre et jaloux, Comme si cette femme avait été la sainte.
Qu'il venait vénérer dans ln pieuse enceinte.
Bien heureux qui pouvait toucher n blanche main! Marcher à ses côtés sur le bord du chemin !
Quelques-uns osaient-ils à sa porte se rendre, Pendant qu'ils l'écoutaient sur l'escalier descendre, Ils so ant ceux-là demandé bien en vain Lequel battait plus fort, ou du marteau d'airain,
Ou de leur cœur rempli d'espérance et d'angoisse.
Aux fètes du Patron qu'invoquait la paroisse,
Vers | Dansa Et los Lui ré Mais i Le jeu
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Parmi Car le L'état Les ce Uniset Et lou Avaie Sembl Le eu
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Vers le soir, la jeunesse assemblée au canton; Dansait joyeusement au son du violon,
Et les garçons alors, remplis de hardiesse,
Lui répétaient tout bas quelques mots de tendresse
Mais inutilement, car de ces amoureux
Le jeune Gabriel était le seul houreux :
Gabriel Lajounesse enfant du Gros Basile, Un forgeron du bourg reconnu pour habile
Parmi les villagebis qui l'estimaient beaucoup, Car le peuple a jugé, de tout temps et partout, main! L'état de forgerou un métier honorable.
Les célestes liens d'unè amitié durable Unissaient le fermier et le vieux forgeron,
Et leurs petits enfants, l'espoir de leur maison,
Avaient grandi tous deux, charmants, pieux et sages,
Semblables à deux fleurs sous les mémes feuillages, Le curé du canton, homme aux nobles désirs,
Etaiont donnés au soin de sa chère jeunesse, Par |
Leur avait opsoigné l'amour de lu sagosse | lia ve
En leur montrant à liro. Enfants naïfs alors Le 00
Ils so livraient ensemble, en paix et sans remords, Et Dé
Aux plaisirs innocents de l'innocente enfance: unn 3 85
Leur leçon récitée avec obéissance, f Ni v0
Ils cournient à la forge où Basile, le soir, Alors
Bien souvent, ds bras mus, le visage tout noir, Qui. .
Un tablier de cuir autour de lu ceinture, Entre Sans crainte soulevait, avec une main sûre, Les cd D'un cheval hennissant le vigourerxubot ; Et me Pendant qu'auprès de lui, dans un feu de tagot unn Rougissait lentement un gran cercle de roue, On le: Comme un serpent de feu dal re tortille et joue Sillon Dans un brasier ardent allume sous les bois, Souve A l'approche des nuits, l'automne, bien des fois. de Ila me Quand le ciel était noir, ot que la forge sombre Que l
Semblait vomir dehors des flammèches sans nombre, Quanc Le *
fois.
bre
nombre,
Par les carreaux de vitre et les ais du lambris.
Ils venaient regarder, avec des yeux syrpris,
Le soufllet haletant qui ranimait la braise,
Et réchauffer lours doigts en causant à leur aise.
Quand ils n'entendaient plus le soufflet bourdonner,
Ni sous le dur marteuu l'enclume resonnier,
Alors ils comparaient à des vierges picuses
Qui, tenant à la main leurs lampes radieuses,
Entrent au- sunctunire au milieu de la nuit,
Les étincelles d'or qui retombaiènt sans bruit ,
Et mouraient tour à tour sous les cendres éteintes.
Quand l'hiver étendait son voile aux riches teintes : 5
On les voyaient tous deux sur un léger trainenu,
Sillonner comme.un trait la pente du chtenu:
Souvent sur les ehevrons où le toit de la grange
Ils montaient hardiment, cherchant la pierre étrange
Que l'hirondelle apporte à son nid, tous les ans,
Quand elle l'a trouvée au bord des océans,
Pour de ses chers petits dessiller la paupière.
Heureux qui la trouvait cette étonnante pierre !
Ainsi leurs premiers jours sans pleurs et sans ennuis,
Comme un songe dore s'étaient bien vite enfuis !
Ils n'étaient plus enfants à l'époque où se passe
Le récit douloureux qu'il faut que je vous fasse.
Gabriel était homme, il aimait les travaux, | Déjà Forgeait avec son pére et ferrait les chevaux. | Où le | Evangéline était une adorable femme— 8 Où le : Elle avait de son rexe et les espoirs et l'âme ; Où la On l'avait, des longtemps, surnommée au canton: En but “ Le soleil d'Eulalie,” à cause, disait-on, Sous u Qu'elle ferait régner par sa grande prudence, Des fr Au foyer de l'époux la cie et l'abondance ; Aux ri
La for.
Et que de beaux enfants au visage vermeil
Naitraient de ses amours: ainsi que le soleil. Comm
rre !
is ennuis,
Puis!
anton :
Qui brille le matin de la sainte Eulalie
téconde les vergers dont chaque rumeau plie
Sous le poids des fruits mûrs, veloutés, odorants,
Comme un vieillard heureux sous le poids de ses ans
Den l'on arrivañt à ce temps de l'année
Où le feuillage sec dort sur l'herbe fanée,
Où le soleil tardif est pâle et suns chaleur,
Où la nuit froide au pauvre apporte la douleur.
En bandes réunis les oiseaux de passage,
Sous un ciel noir et lourd, volnient, comme 1 3 Des froides régions que l'aquilon flétrit
Aux rivages .riants où l’amandier fleurit.
La forèt se torduit sous les vents de septembre Comme un jeune coursier qui hennit et se cambre.
g 32 . ÉVANGÉLINE
Tout, alors, présagenit un hiver rigoureux. . ö Et de: L'abeille avait gardé tout son miel savoureux, Puri: n 0 N * 8 Et les coureurs des bois ot les chasseurs sauvage Des ot ë # ; 7 | ö N | Qui, dans un cas pareil, se prétendaient fort sagos, Les re
F ; N Assuraient que l'hiver rnit dur et mauvais N „Quit en 8 1 2 2 2 W 2 2 1 à De Car le rena perfide avait le cuir épais, go Les pl Des oi
Ainsi venait l'automne et les froids avec elle. Tout n
a Mais ce temps enchanteur, cette époque si Tout s
belle
CU
Sur le
Qu'on appelle au hameau l'éte de la Toussaint®s: 07] 5 ö
Ranima le cœur triste et le eil éteint : ; Le wol Un éclat radieux portant aux réveries L'océa Huminait les airs, les bois et les prairies : 8 L'univers rayonnant et brillant de fraicheur, De Le r 4 * Semblait sortir des mains du age Créateur. EKtincel On eût dit que l'amour régnait dans tout le monde ; Quand
Que l'océan chantait pour endormir son onde ! De voil
Et des accents nouveaux, de magiques concerts — à
: Paraissaient Glover des bourgs et des déserts ! Ce.
Des enfants qui jouaient les voix vives et nettes, . 4
Les refrains sémillants des luisantes girouettes
Qui erinient dans les airs, sur les toits dos donjons,
N * Les doux roucoulements des amoureux pigeons,
len plaintes de la brise et les battements d'ailes
Des oiseaux qui volaiont au-dessus des tourelles,