OUBLIETTES DU LOUVRE
Polilic[iie de Callieniie de Medicis
ront exclus de ces maisons que lorsque leurs forces leur permettront de suivre d'autres classes.
Do In rrt^ation de» clas^se».
L'instruction est pour le maintien de l'ordre ce qu'est le pain pour la vie. Il sera formé dans chaque quartier, et multiplié selon la population, des écoles où l'on apprendra à chaque élève ce qu'il est, ce qu'il se doit, ce qu'il doit à la société ; enfin , on le préparera à accomplir noblement, en bon citoyen , la tâche que lui tracera la nature. — Les professeurs n'auront plus le droit de se qualifier de philanthropes, ni besoin d'implorer la charité publique pour propager leurs enseignements gratuits ; c'est la Patrie, notre mère à tous, qui prendra ce soin.
Par elle seront placés des hommes dont l'intelligence et la moralité seront reconnues ; les enfants ne travailleront plus sur de faux principes; ils connaîtront purement le droit de l'homme; ainsi viendra le respect des lois; ils seront convaincus que le travail n'est pas un esclavage, mais bien un devoir sacré, un hommage à la patrie!
Seront reçus, nourris et instruits gratuitement tous les enfants des ouvriers et ouvrières obligés de s'absenter pour les travaux d'ateliers, ainsi que les enfants des ouvriers travaillant chez eux. — Les écoles seront ouvertes cà six heures du matin et ne fermeront que le soir à six heures. On acceptera dans ces établissements, moyennant une prime fixée par le conseil municipal, les enfants des fabricants ou marchands qui ne présenteront pas assez d'aisance pour les placer dans les collèges. Il ne sera pas loisible aux parents qui auront placé gratuitement leurs enfants, de les retirer de ces écoles avant l'âge de douze ans. La France ne veut plus que l'on abuse de sa génération ; elle préparera des âmes fortement trempées et pénétrées de bons principes , des corps robustes, capables de soutenir avec énergie la gloire du nom français; car si nous réussissons à fonder ces institutions, il ne sera plus possible à ces cupides fabricants d'engloutir dans leurs ateliers la cinquième partie de la jeunesse de France, au préjudice de ces loyaux et braves ouvriers.
Ce que je propose peut être accepté et mis à exécution , sans que pour cela l'Etat en soit obéré. Il n'est pas un père aisé qui, ayant des enfants, ne leur donne de l'instruction ; il n'y a pas un professeur qui n'inculque dans le cœur de son jeune élève l'amour de son prochain, et je suis bien persuadé qu'il n'est pas un élève riche qui ne voulût partager son pain avec le pauvre ; nous en avons des milliers de preuves d'hommes ou femmes. Aujourd'hui que tous les hommes sont égaux de cœur, ce n'est qu'une part qu'il lui donne dans son aisance, et non, comme je l'ai dit plus haut, une aumône. La France veut que tout lui vienne en aide. Vous êtes tous frères, leur crie-t-elle. Vous vous devez secours mutuels. Vous, pères et mères riches, vous donnez de l'instruction à vos enfants; un jour viendra que ces deux classes se trouveront à des emplois différents, toujours ne pouvant se passer l'une de l'autre; ayant été élevée avec les mêmes principes, elles s'aimeront et se respecteront.
Impôt à. prélever pour «ubvenii- aux besoins et «i rinstruction de l'eufance onvrii^re.
Le riche auquel sa fortune permettrait d'instruire chez lui ses enfants serait imposé, par chaque élève et par mois, de cinq francs ; ceux qui dans les collèges font enseigner à leurs enfants, en plus des sciences ordinaires, les talents d'agréments, par mois, chaque élève, trois francs. — Le i-iche qui fait suivre à ses enfants les cours dans les collèges, chaque mois, par élève, deux francs. Les élèves placés dans les écoles payantes , par mois, un franc. — Il est en France les 4/5 de la population dont les moyens permettent de donner ces diverses instructions. Vous voyez que ce ne serait pasi obérer chaque citoyen que de lui demander par élève cette modique somme pour préserver ie cinquième de la population de ces gouffres impurs, où l'enfant trop jeune se trouve plongé par la détresse de ses parents et attiré par l'avarice des fabricants.
Le produit de cet impôt serait versé dans chaque mairie pour subvenir aux frais des établissements dont je viens de parler.
Il serait formé des ateliers préparatoires dans les villes manufac-
turières , où la jeunesse puisse se former à toutes sortes de professions ; il y aurait aussi dans chaque département des écoles agricoles, et chaque citoyen destiné à la culture serait tenu d'en suivre le cours pendant deux ans.
Tous les ans , des primes seraient données aux élèves supérieurs de chaque profession.
Pendant la durée de ces instructions, l'enfant de l'ouvrier ou du pauvre lahoureur serait nourri, logé et entretenu gratuitement. Tous les élèves qui n'appartiendraient pas à ces deux classes payeraient, d'après un tarif fixé par les communes. Les travaux que pourraient exécuter ces divers établissements, ayant pour but d'instruire la jeunesse et de la préparer à être utile à la société , ne pourraient entrer nullement en concurrence avec les ateliers civils. Ces travaux exécutés ne seraient que pour l'armée de terre ou de mer, pour les hospices , les besoins des administrations de l'État ou les besoins des écoles primaires et des crèches. Ainsi, les jeunes demoiselles , dans ces sortes d'établissements, pourront s'instruire de tout ce qui les concerne, sans craindre désormais la concurrence des communautés religieuses, qui, aujourd'hui, accaparent toute la main-d'œuvre, sous le prétexte d'être utiles à la jeunesse. Nous savons tout ce qui résulte de cette mesure. Elle engendre la corruption, parce que le prix du travail est insuffisant pour exister.
Les jeunes garçons pourront, dans tous les ateliers, se présenter et confectionner avec art tous les travaux qui leur seront confiés. Ces écoles pourront subvenir à leurs frais par la production de leur main-d'œuvre, et même produire à l'État de l'économie.
Les règlements de ces écoles seront dressés par le conseil municipal de chaque commune.
Désormais, nulle profession ne pourrra exclure l'homme des chances de la conscription , pas môme les jeunes gens qui se préparent à l'état ecclésiastique; nous en avons vu l'abus. Beaucoup de ces jeunes gens se sont soustraits à cette loi par subterfuge et ne se sont jamais faits prêtres.
Dans tous les collèges et pensions, les maîtres de ces établissements seront tenus d'avoir un professeur de théorie militaire ; cela
entrera essentiellement dans l'instruction primaire : un professeur pour expliquer la loi et le droit de l'homme.
Quant au clerij;é catholique, ainsi que tous les ministres de tous les cultes, le nombre en sera fixé par les conseils des municipalités, selon l'importance des localités. Ces ministres étant de la dépendance de l'État, seront rétribués par lui. Leur traitement sera réparti selon le grade qu'ils occuperont. A l'aiie de cinquante ans, ils seront retraités, subventionnés par l'État. L'Église ne sera plus désormais qu'une pour tous ; les mêmes offices pour le riche comme pour le pauvre ; toujours le pauvre sera accompagné à sa dernière demeure par le ministre de son culte. Un tarif établi fixera le prix pour les diverses classes de la société et selon l'importance de patente, sans qu'il soit pour cela loisible de décorer l'autel de Dieu plus pour l'un que pour l'autre. Il n'y aura pas de distinction dans la décoration de la voiture funèbre; la différence n'existera que dans la quantité de chevaux attelés au char, et par la quantité de voitures de deuil. Un modèle élégant convient mieux pour cette dernière cérémonie. L'ouvrier qui a passé sa vie entière à travailler, afin d'élever sa famille, encore n'y est-il parvenu qu'à force de privations , faut-il donc, parce qu'il n'est pas favorisé de la fortune, qu'il soit privé de tout? Non, le char sera le même pour tous. — Seront conduits gratuitement du domicile à l'église, et de l'église au cimetière, les ouvriers qui ont travaillé dans des ateliers ou ont travaillé seuls chez eux. — On rendra les mêmes honneurs aux dépouilles mortelles de leurs femmes et de leurs enfants. — Le produit des quêtes faites dans les églises sera versé à la mairie dans une caisse spéciale, et tous les mois, le produit sera réparti en égales portions pour tous les besoins des paroisses du diocèse, parce qu'il ne faut pas que des quartiers regorgent de richesses et {[ue les autres soient privés du nécessaire. Il est bien certain que laumûne donnée au clergé n'est pas applicable aux pierres qui forment ["édifice, mais bien à tous les chrétiens nécessiteux.
ne l'organittittion cleM diverseK profettsionH.
La mairie a toujours tenu scrupuleusement des registres où sont
inscrits les noms des nouveau-nés , les noms des recrues , les actes de mariages et décès. Il serait donc de son ressort de tenir un registre essentiel à la distribution du travail pour tous les citoyens, et aussi une comptabilité pour la caisse centrale du précieux dépôt de leurs économies. Un bureau spécial pour toutes les professions sera ouvert; des registres seront consacrés pour tous les arts ou métiers ; tous les ouvriers seront tenus de s'y faire inscrire et de présenter leurs actes de naissance. A chacun il sera délivré un permis de travail sur un livret timbré de la mairie. Il sera défendu à tous les chefs d'atelier d'occuper un ouvrier qui ne sera pas muni de ce livret; par ce moyen, il sera facile d'exclure les travailleurs étrangers, si toutefois cela est nécessaire. Les ouvriers sans travaux se présenteront à ce bureau, où ils donneront le lieu de leur domicile ; il leur sera remis un numéro d'ordre, afm qu'on puisse les prévenir quand leur tour sera venu de se présenter dans les ateliers de leur profession. — Ces placements se feront sans aucun déboursé de la part de l'ouvrier ; mais le maître sera tenu de payer 25 centimes pour frais de bureau. Lorsque l'ouvrier sera remercié par son patron , le patron devra indiquer sur le livret le motif de son renvoi , si c'est faute de travail , incapacité ou inconduite. L'ouvrier sera tenu de se présenter de suite au bureau de la mairie pour y reprendre un nouveau numéro d'ordre. Chaque ouvrier, de telle profession qu'il soit, dès qu'il sera occupé, sera tenu, chaque mois, de déposer au trésor de la mairie la somme d'un franc; les femmes ne verseront que cinquante centimes.
Des ouTriors et ouvrières) sans travail.
Un ouvrier seul recevra 1 franc par jour. — S'il a sa femme ne travaillant pas, 75 centimes de plus; s'il a des enfants, il recevra par enfant 25 centimes, parce que les enfants seront nourris et instruits par l'Etat. Si cet ouvrier est malade, il recevra, s'il lui plaît , chez lui tous les secours que peut procurer l'humanité. Plusieurs médecins seront rétribués pour le visiter; les médicaments , quels qu'ils soient , lui seront donnés gratuitement. — Si un ouvrier est sans emploi pour cause de récidive de mauvaise
conduite, il ne recevra que 50 centimes par jour, jusqu'à ce qu'il prouve, par sa conduite, de meilleures dispositions. La France ne veut pas de paresseux.
Tous les commis, employés de bureaux, d'administration ou autres, chefs cuisiniers, cuisinières, domestiques, hommes ou femmes, garçons de restaurant, garçons de café peuvent concourir à la retraite et au soulagement, moyennant la somme de 3 francs par mois, versés régulièrement à la caisse centrale de la mairie de leur arrondissement, desquels ils auront un reçu avec numéro d'ordre et timbre de mairie. — Tous les ans, dans chaque département, au 15 mai, il sera présenté comme hommage aux riches un chef-d'œuvre, produit de chaque profession. Tous ces chefs-d'œuvre seront exécutés par les ouvriers les plus habiles; ceux qui ne pourraient contribuer de la main-d'œuvre, essayeront, par une collecte, à aider leurs frères dans les objets à construire.
Tous les corps de métiers nécessaires aux bâtiments, se réunissant, peuvent construire une petite maison de plaisance à peu de frais, par leur nombre multiplié : à peine mellraient-ils 50 centimes chacun; — les artistes, des tableaux ; — les auteurs, des ouvrages; — les bijoutiers, des bijoux; — les mécaniciens, des machines; — les carrossiers, des voitures ; — les graveurs, des estampes; — les ébénistes, des uîcubles; — les laboureurs, des productions extraordinaires;— les fermiers, de superbes chevaux; — enfin, chacun, selon sa profession, pourrait présenter son chef-d'œuvre.
Toutes ces productions seraient mises en une seule loterie ; le billet, fixé à 1 fr. 50 centimes, serait envoyé àtous les contribuables, libres de l'accepter ou de le refuser. Le nombre des billets, à partir du n" 1 , ne s'arrêterait que lorsque personne ne voudrait plus en accepter. — Le nombre n'en serait pas fixé ; il en serait créé toujours, suivant les demandes. — L'ouverture de la prise des billets ne commencerait que lorsque tous les objets sei'rdent entièrement confectionnés et exposés à la vue du public. La clôture de la ])rise des billets ne se ferait qu'à minuit, !a veille du tirage. — Il est bien certain que par la quantité des professions, les lois seraient assez multipliés pour qu'il y eût un grand nombre de numéros gagnants.
Les objets seront numérotés par ordre; l'objet qui aura le plus de valeur appartiendra au premier numéro sortant, et aura le n" 1 ; le deuxième numéro sortant aura l'objet portant le n" 2; ainsi de suite, jusqu'à ce que les numéros sortants soient égaux au nombre des objets mis en loterie.
Il est bien entendu que dans toutes les professions, les ateliers du gouvernement doivent concourir : ainsi, l'atelier des monnaies mettrait un lot de pièces d'or et d'argent ;
Que le ministre de la justice mettrait en plusieurs lots la grâce de quelques prisonniers; — que le ministre de la guerre mettrait en plusieurs lots l'admission à des grades pour l'armée, avec la faculté d'instruire gratuitement ceux qui en seraient jugés dignes. — Le ministre de l'instruction publique en ferait autant pour l'admission dans les collèges de quelques élèves gratuits. — Le ministre de la marine emploierait pour des matelots le même procédé. — Les représentants du peuple produiraient plusieurs actes par lesquels ils s'engageraient à doter d'une somme honnête les jeunes garçons et les jeunes filles appartenant à la classe ouvrière; seulement, ces actes formeraient autant de lots que de mariages; les personnes auxquelles tomberaient ces lots auraient le plaisir, si ce sont des personnes riches , de chercher parmi les ouvriers et les ouvrières les plus laborieux et les plus respectables pour leur transmettre en signe de reconnaissance ce précieux gage de la patrie, honneur de la République française.
Je suis persuadé qu'il n'est pas un des contribuables français qui n'accepte un billet avec enthousiasme; il n'est pas de jeunes demoiselles qui ne voulussent secourir un prisonnier; déjeunes dames qui ne voulussent rendre un couple heureux;, de jeunes garçons en France qui ne voulussent répondre à l'honnêteté de l'ouvrier laborieux. Cette fête serait appelée fête des riches . — Le jour de cette loterie serait la vraie fêle patriotique; elle serait celle du pauvre au riche et du riche au pauvre. — Pour Paris, ce serait dans un enclos aux Champs-Elysées que cette loterie serait tirée , moitié par des enfants des ouvriers, moitié par les enfants des familles les plus élevées par leur fortune. Après la répartition des lots.
les bals, les concerts retentiraient de toute part; le soir, illumination et feux d'artifice, au cri de vivent les riches et vive l'ouvrier! — L'argent que produirait en France celte loterie et l'impôt obligatoire des ouvriers travaillant, ainsi que des employés , avec le concours des élèves, s'élèverait par année à près de 200 millions de francs.
Il serait donc bien facile , par ce système , de préserver l'ouvrier de tous les malheurs qui l'accablent journellement; de fonder de petites villas où il pourrait passer agréablement sa vieillesse sans se séparer de ses affections. Non-seulement ils se secourraient, mais encore ils deviendraient les protecteurs de la société.
Si un fabricant est obligé de suspendre ses travaux par suite d'une faillite causée par des malheurs, des maladies, ses ouvriers s'empresseraient de lui avancer les sommes nécessaires pour rouvrir ses ateliers; si c'est un laboureur qui est ravagé par la grêle, l'inondation, l'incendie, ils lui prêteront les fonds suffisants pour rétablir sa propriété. Si le petit commerce ne peut placer son papier, le comptoir des ouvriers le lui escomptera. Lf;s ouvriers, par leur sage prévoyance, se créeraient en dehors de leur travail des ressources qui aujourd'hui font les fortunes d'un millier d'intrigants qui se jouent d'eux, qui les abusent, qui les méprisent.
Rallions-nous donc, chers ouvriers! ne formons qu'une phalange; désormais plus de division entre les professions. Le compagnonnage devient souvent un sujet de querelles entre corps de métier; aujourd'hui que tout cela disparaisse. Nous sommes tous des Français, nous devons vivre en frères, les uns pour les autres. La liberté pour tous , mais une liberté sainte. Plus de ces ateliers qui peuvent nuire au contribuable ; la France a besoin de leur concours; ce sont des milliers de fabricants qu'il faut soutenir; ils seront toujours la garantie de la liberté industrielle et les soutiens de la fortune de la classe ouvrière.
J'ai omis d'expliquer de quelle manière la Société de la fraternité des ouvriers entendait l'alliance de tous les peuples; elledevait rendre à toutes les familles laborieuses et industrielles la constitution solide, durable, de l'intérêt ([ue les gouverin^-iients vrais républicains ont a îa proléger.
La richesse que doit attendre cette société n'est que dans sa mutualité, après avoir réparti les bienfaits dans toutes les classes nécessiteuses. Ce trésor, par ses loteries et ses contributions, servirait à venir en aide aux fabricants malheureux, aux fermiers affligés; ils escompteraient les valeurs de tout le petit commerce; ils assureraient contre l'incendie, contre l'inondation, et une foule de combinaisons qui ne manqueraient pas d'être productives à la société. — Il y aurait de ce moment sécurité parfaite ; les riches seront heureux ; ils ne rencontreront plus de perturbateurs; on ne verra plus de paresseux, de mendiants hypocrites ; le riche ne fera plus l'aumône, et l'ouvrier sera fier d'appartenir à sa classe. 11 pourra, tout en soulageant les autres , se donner mille choses qui lui seront agréables et feront aller le commerce; car il n'aura plus la charge de sa famille, ni pour ennemis les faux philanthropes qui ne pourront s'enrichir des dons des autres; des prêteurs d'argent à usure; des négociants qui ne négligent rien pour abuser l'ouvrier, pour lui diminuer son travail; il n'y aura pas possibilité de faire concurrence à louvrier; il n'y aura que le marchand qui pourra, s'il lui plaît , jouer sa fortune sans attaquer celle de l'ouvrier.
Nous pourrons dans peu proclamer l'existence de notre société. Nous espérons que bientôt notre arche d'alliance fera le tour du monde! Il ne sera plus possible de s'égorger pour fraterniser; la fraternité régnera partout. Le peuple sera conduit par la nécessité de bien faire; les ouvriers, ainsi forts, diront ce qu'ils n'ont jamais pu dire.
Citoyens, prenez garde par vos menaces de troubler le sommeil de nos enfants , car ils seront terribles si vous les réveillez par la peur !
Enstltation des Bureaux.
Dans chaque localité, il serait du ressort du maire de créer un bureau spécial aux besoins de la classe ouvrière ; il en serait le chef. Il serait nommé dans chaque commune de son arrondissement une commission choisie parmi la classe ouvrière , et moitié dans celle
des marchands ou rentiers, mais toujours d'après le suffrage de la classe ouvrièie ; la commission aurait jDour fonction de veiller à ce que tous les besoins de cette classe fussent religieusement prévus. Si dans une des communes les besoins excédaient la recette, les communes riches verseraient dans celle du pauvre. Les besoins satisfaits , chaque commune verserait à son chef-lieu le surplus de son trésor, afin de pouvoir créer une banque. Tous les trois mois, cette banque serait tenue de faire imprimer et publier un compte-rendu des recettes et dépenses. Si les fonds de la banque le permettaient, on donnerait des prix d'encouragement aux apprentis des deux sexes de chaque profession, et on doterait quelques jeunes mariages.
Remarquez bien, citoyens, que notre alliance est toute paternelle et qu'elle n'attaque en aucune manière les intérêts privés de qui que ce soit ; elle a pour principe d'assurer pour jamais le bonheur de la classe laborieuse et industrielle, sans blesser aucune liberté, sans aucun partage de biens. Il n'y a personne parmi nous qui prétende se faire nommer chef; c'est d'un accord général que nous en avons décoré les citoyens maires, desquels nous respectons les ordres. Pour la nomination des autres chefs, ce sera à l'assemblée de chaque localité à nommer aux fonctions responsables.
Une souscription générale a été proposée par des gardes nationaux de Paris, le 28 juin 1848, au milieu des plus épouvantables fusillades, et elle aurait beaucoup de succès si elle était générale.
Cette institution est très-louable, puisqu'elle est pour venir en aide aux ouvriers sans travail, et a pour but d'élever leurs jeunes enfants, les dresser au bien, nfm de les préparer à être de braves et honnêtes citoyens.
En voici les diverses conditions :
Cette souscription est d'un fi'anc par mois , et peut se prolonger de mois en mois selon la possibilité du souscripteur.
Un registre pour cet effet sera déposé dans chaque mairie , où les souscripteurs apposeront leur signature et leur demeure. En échange de l'offrande, il leur sera remis un reçu avec numéro d'ordre détaché de ce livre.
Une Commission de surveillance pour la lég ilité des secours sera
nommée dans chaque arrondissement; les membres qui la composeront seront choisis moitié dans la classe riche et moitié parmi les ouvriers. Ces emplois étant tous pour l'humanité, ne recevront aucune rétribution.
Les personnes secourues signeront un reçu détaché d'un livre à souche portant un numéro d'ordre ; elles y déclareront leur profession et leur demeure ; ce reçu sera déposé dans un coffre fermé par trois serrures, dont une des clefs restera au maire, les autres à deux des principaux membres de la Commission.
Tous les mois, il sera procédé eu séance publique à l'ouverture de ce cofîre.
Les bulletins seront appelés et confrontés au livre des dépenses ; le compte-rendu sera publié par la voie des journaux ; enfin toutes mesures de contrôle seront prises pour que désormais aucune fraude ne soit faite à l'avoir de l'ouvi-ier.
Bieaaf.tit que «loiî attendre l'ouvrier ele cette «souscription.
i3ans chaque arrondissement, il sera créé un établissement où l'ouvrier sans travail pourra prendre sa nourriture gratuitement.
On y recevra indistinctement leurs enfants en bas-âge; ils pourront y être nourris et blanchis jusqu'à l'âge de six ans.
De cet âge jusqu'à douze ans, ils recevront l'instruction selon leur inclination; ils auront toutes les semaines deux kilos de pain et un kilo de viande, et seront toujours blanchis et raccommodés gratuitement.
Le service de ces établissements se fera à tour de rôle par les ouvriers et ouvrières sans travail ; ils seront aidés des élèves les plus capables.
Les jeunes enfants placés en apprentissage sous la protection de l'administration , seront appelés . à une époque de l'année, jusqu à Tâge de vingt ans, à concourir comme par le passe aux cours de langue française, de dessin, d'histoire, de géographie et d'arithmétique; les prix qui leur seront décernés seront en souimes d'argent que l'on placeia sur le grand livre, afin de leur réserver une dot. Il y aura aussi un prix également en espèces, et placé de la même
manière, à celui qui se sera le plus distingué par sa bonne conduite.
Tous les soirs, il y aura classe gratuite, une lecture instructive et amusante, pour que les ouvriers puissent passer agréablement les longues soirées d'hiver.
Tous les dimanches il y aura réunion pour tous les élèves ; après les devoirs consacrés à ce jour, ils seront conduits en promenade sous la surveillance du président, et tous leurs jeux leur seront donnés gratuitement.
Pour les mauvais temps d'hiver, les soirs du dimanche, les élèves seront distraits par la musique et pièces de théâtre jouées par les plus intelligents.
A qQaol Siéra a^itreiait roïivrier «jail voudra participer au bienfait et y faire participer sa famille.
1"11 faut quil ait un livret; qu'il se fasse inscrire au bureau de la mairie, s'il est sans travail ; qu'il échange ce livret contre une carte dite numéro d'appel ;
2" Cette carte est ainsi nommée, parce qu'elle povte un numéro d'ordre, afin qu'il n'y ait aucun passe-droit.
L'ouvrier le premier enregistré sera le premier appelé , sur la demande que feront les {)atrons , chefs d'atelier de sa profession ;
3° A l'appel qui lui sera fait, on lui remettra son livret en échange delà carte qui lui accordait tout secours gratuit.
Mais aussitôt qu'il sera remercié, il devra se présenter à la mairie pour y échanger de nouveau son livret signé du patron qu'il quitte, et il lui sera remis un nouveau numéro d'ordre;
4" L'ouvrier qui refusera de travailler sans motif préalable sera rayé du contrôle de cette administration.
Avantap^e» que les onvriergi auront à. ô^tre souscripteurs.
1" Les secours detoute iialurelui seront accordés gratuitement.
2" A cinquante ans, et plus tôt, s'il a des infirmités, il sera reçu en grande famille dans des établissements réservés aux classes agricoles.
3" Dans tous les temps, il aura droit aux médicaments gratuits, aux visites du médecin, aux consultations de toute espèce.
4° Enfin, à tout ce qui peut secourir et venir en aide aux nécessités premières de l'existence.
Tous les ^Ousrri|t4eiirs seront les FoiicEaleiirs (Se cette
Instittifiioii.
CONCLU SI OPs.
ÉTRANGERS I vous doutez du peuple tVançais, parce que vos rois vous en ont parlé comme dun peuple inconstant et léger ; ils vous le dépeignent de manière k vous l'aire croire qu'on ne peut compter sur son appui.
Peuples, nos voisins et frères, c'est vous tromper que de vous parler ainsi de nous. Aujourd hui, vos souverains tremblent que la vérité qui déchire tous les masques ne vienne déchirer le leur. Oh ! si cela était, ils seraient oblioés de faire ce que le dernier roi des Français vient de faire chez nous, et nous sommes convaincus que vous feriez comme le peuple français de 1 830 et 1 848 : votre mépris les accompagnerait dans leur fuite, comme le nôtre a suivi le roi parjure. Point d'autres armes que le mépris pour qui ne vaut que cela!
Les rois traitent les Français de volages inconstants, parce que ce peuple, prompt à comprendre , est vif, courageux, entreprenant, confiant et généreux. Ce sont les seuls défauts qui lui ont mérité de la part des souverains cette épithète d'inconstant
Oh ! rois , ne confondez pas les hommes qui ont gouverné la France, avec le peuple français î C'est de là que vient votre erreur. Examinez bien, et vous conviendrez que vous vous êtes trompés !
La Révolution française de 1 793 était-elle la conséquence d'esprits volages, inconsidérés? Dira-t-on que c'est la légèreté du peuple qui changea la face de la nation? Vous le savez, le peuple ne s'est soulevé que lorsque les pieds du roi, des courtisans et des grands lui eurent pressé la gorge.
La fureur fut extrême; les bons ne furent pas épargnés plus que
les mauvais : la souffrance l'avait aveui^lé. Voilà le mal. Pourquoi ? parce qu'alors les puissants de la nation, de n'importe quel ordre, crurent que l'ignorance du peuple et le respect qu'on avait toujours eu pour les grands seraient leur sauve-garde; mais à force d'oppression, pauvre peuple, ta patience fut épuisée avant tes forces. Semblable au taureau en furie, tu culbutas tout sur ton passage. Estce là de l'inconstance, de la légèreté ?
Dans ces temps de détresse et de terreur, un jeune homme, à peine au sortir de l'adolescence, se montra parmi nous, grand de cet avenir qui illustra notre belle patrie, de ce nom qui fit autant de héros que de citoyens, et qui encore aujourd'hui électrise et donne du courage à ceux qui en ont le moins.
Il tourna les armes de la France contre ses ennemis, et par ce moyen fit cesser cette guerre cruelle qui déchirait ses entrailles.
Aussi, lui, ne se rappela plus les droits du peuple. Pour avoir un moment oublié que le despotisme renversait les souverains , il mourut dans l'exil, loin de cette France qu'il aimait tant.
Cependant celui-là avait un cœur vraiment français. Il fut, je crois, envoyé de Dieu poui* prouver qu'il est impossible à Thomme d'être entièrement parfait.
Pourquoi nous qualifier d'inconsidérés ? Serait-ce parce que nous lui formons une couronne de tous les lauriers cueillis dans ces temps de gloire.' Non, sans doute, nous serions trop cruels de l'en dépouiller.
Dieu , en le punissant du despotisme par l'exil , le récompensa par l'amour du peuple : il le rendit deux fois grand ! Il ne conspira jamais contre la France; il ne proféra aucune plainte contre ses bourreaux.
Oui, rois et souverains, si jamais votre pied touche le sol français, allez aux Invalides, courbez le front devant le grand homme; car son nom vous fit tressaillir; il fut votre maître, et ses cendres vous feraient encore trembler!
Pourrait-on nous donner le titre de volage, ou accuser le souverain de perfidie ?
Il en vient un que vos baïonnettes placent sur le troue : il est
obligé de marcher sur les cadavres de la nation; ses pieds sont souillés du sang de ce peuple auquel il i)résen!e une constitution. Pour réprimer les abus du despotisme , le peuple accepte cette charte, sans trembler à la vue des armées étrangères. Il y avait tant de garanties dans cette charte constitutionnelle! Louis XYIIl, Charles X, et vous, grands d'alors, comment Tavez-vous fait exécuter? Répondez donc à l'appel de ce peuple, victime de votre mauvaise foi. Eh quoi î vos bouches habituées au mensonge ne trouvent pas môme un mot! Eh bien 1 le peuple va répondre pour vous : L'inconstance et la légèreté n'ont eu aucune pari au renvoi de Charles X ; il fut parjure , nous ne fûmes plus obligés de tenii' nos serments, ^'ous chassez un laquais qui vous trompe, abuse de votre confiance, vous vole votre argent, cependant il ne vole que vous. Vous l'envoyez au bagne, en disant : Point de pitié pour le voleur ! Eh bien ! nous, Peuples, nous nous contentons de chasser de notre patrie ces grands criminels : notre mépris est leur galère. Grâce à l'instruction, le Peuple sait que la brutalité est le partage des bêtes fauves et des fanatiques effrénés; entre eux aucune distinction.
Nous désirons vivre en paix avec nos voisins qui seront assez sages pour ne point se mêler de nos affaires et nous imposeï- un souverain. S'il en était ainsi , nous leur prouverions que les aj-mées françaises sont en aussi bon état que sous l'ancienne République. Il n'y a en cela aucune lâcheté, mais bien matière à revenir un peu de ces idées que le Peuple français est léger et inconstant.
Un autre fait pourrait vous convaincre : après les trois jours de massacre et de carnage, les Français qu'on veut calomnier tendirent la main vers une autre branche de cet arbre auquel on pourrait, à juste titre, donner le nom de mancenillier; car, en lisant l'histoire, on trouve la mort partout; même où l'on cherchait protection, ou trouve : oubliette, poison, poignard, artifice, fourberie.
Ce qui prouvera assez que le Peuple français n'a pas de fiel, c'est que pendant dix-sept ans encore, il s'est courbé sous le joug de son dernier tyran, auquel toutes sortes de ruses ont été propices pour cacher la perfidie de son cœur et ses turpitudes. Pendant ce trop long règne, à quelles atrocités ne s'est-il pas livré avec l'aide de
ceux qui étaient assez lâches pour l'approuver! Des complots étaient ménagés pour attirer sur lui les regards d'une sage prévoyance. On le croyait partout; on allait jusqu'à lui donner le titre de Napoléon de la paix. Dieu sait à quel prix nous l'avons eue , cette paix ! Nous devons le remercier de ce qu'il le préserva des balles des assassins , pour qu'à son tour il souffrît le mépris du Peuple, si bien exploité par lui. Eh bien! malgré les forfaits dont ce roi cruel s'est rendu coupable, et ils sont grands! le massacre de la rue Transnonain, ceux de Lyon , le mont Saint-Michel , le boulevard des Capucines , le Ghâteau-d'Eau; malgré tout cela, dis-je, le sang précieux de nos frères avait beau crier vengeance, nous nous contentons de remettre l'épée au fourreau, et de détourner nos regards, afin qu'ils ne rencontrent pas ceux d'un homme aussi lâche. Ce procédé est-il d'un Peuple plein de fiel? Est-il aussi le résultat de l'inconstance et de la légèreté.^ Rien de cela. Ce roi parjure n'a pu respecter notre constitution, puisqu'il n'a pas même respecté les vertus de quelques membres de sa famille. Qui ne se souvient de l'amour que les Français portaient à son fils, duc d'Orléans? Qui ne sait combien sa femme a versé de larmes pour le faire renoncer à ses actes de brutalité. Et toi, Joinville, brave marin, qui aurais été si heureux de combattre pour ton pays! Adieu tout cela. . .
Cet homme pervers se crut le plus fort, et, comme le lion, voulut user de son droit; il voulut écraser le Peuple comme on écrase une fourmi. Mais nous, pauvre Peuple, simple fourmi, nous lui avons prouvé que nous savions dompter les forces les plus redoutables.
Aussi prenez garde. Peuple! Vous n'avez plus de roi, le Peuple est gouverné par le Peuple. Maintenant ce sont les besoins de tous qui commandent; vous vous êtes choisi des délégués pour qu'il y ait entre vous plus d'harmonie. Lorsque vous avez nommé ces représentants , vous étiez convaincus qu'ils connaissaient vos besoins et qu'ils y apporteraient la plus prompte comme la plus sage amélioration; vous avez en eux la plus entière confiance. Ils la mériteront, car en acceptant la mission dont vous les avez chargés, ils ont dû en calculer toute la responsabilité. Nos voisins étrangers ne peuvent
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accuser cette conduite de légèreté, puisqu'elle émane de la plus grande sagesse d'esprit.
A vous, délégués, je dirai aussi : Prenez garde d'abuser des prérogatives de votre position; prenez garde de vous éloigner, devons égarer du sentier que vous avez à suivre: n'oubliez pas que l'intérêt de la nation est dans vos mains , et que la République vous demandera compte de votre conduite. Le blâme que vous aurez encouru ne pourra retomber sur la p'opulation entière ; vous seuls seriez qualifiés de perfides , vous seuls encore auriez violé la foi jurée.
Pensez-y : toutes les nations ont les yeux sur vous. Ce n'est que la sagesse et l'équité qui feront respecter notre étendard. Les exemples ne vous manquent pas; qu'ils servent à vous préserver des écueils où se sont perdus tous les grands de la nation !
Qui vous a valu l'honneur de représenter ces masses ? Ce sont vos talents, votre énergie, votre généreux dévouement, vos promesses saintes !
Ce que vous avez promis, rappelez-le-vous soir et matin; gravezle dans vos cœurs, afin de ne rien oublier, ainsi que la sentinelle i^rave le mot d'ordre dans sa main. Ce n'est pas moi, auteur Je cet ouvrage^ qui vous commande cette précaution ; c'est la République qui veut pour représentants des hommes vertueux, sur le front desquels elle puisse déposer la couronne civique. C'est encore elle qui veut que tous ses enfants soient des géants de probité, de valeur et de coura^^e. Elle veut être admirée dé tout le globe ; elle ne souffrira jamais que la moindre souillure ternisse ses trois couleurs !
Elle se présente à vous, délégués, resplendissante de lumière et de clarté! Si vous êtes de vrais républicains, votre œil, ainsi que celui de l'aigle en face du soleil, en soutiendra l'éclat. Ses rayons sont plus ardents que ceux de cet astre; ils pénétreront jusque dans les entrailles de la terre. Il n'y a que le franc et loyal républicain qui puisse la contempler sans baisser les paupières.
Debout ! debout ! vous tous délégués du peuple français ! Saluez la République , elle siège au milieu de vous ! Malheur à celui qui pourrait l'oublier un seul instant î . . .
Vous ne ferez plus du lieu de vos réunions le théâtre du scandale
comme il le fut déjà, et tout récemment sous le dernier roi. Si les députés avaient la conviction qu'il ne méritait pas leurs respects, et s'ils se laissèrent aller à des vociférations dignes des enchères des halles, vous n'ouhlierez pas que le sanctuaire de la République est un lieu qui réclame l'attention, le recueillement, le calme, le plus profond respect! Dans cette enceinte vous ne devez plus vous laisser maîtriser par vos passions ; toute haine personnelle doit s'éteindre en y entrant.
De quel œil le peuple verrait-il ses mandataires se porter à des excès qu'il a voulu éviter en confiant ses intérêts à des hommes dont l'éducation a corrigé ces emportements, ces rixes, auxquels il s'avoue franchement enclin ?
Il serait bien malheureux d'avoir été trompé dans son choix. Ce serait une injure qui le ferait cruellement souffrir. Car, ne vous y trompez pas, sous cette écorce grossière, il ne manque pas d'hommes de cœur, et tout le monde connaît un peu l'histoire. Toutes les fois que les représentants d'une nation en sont venus à cette extrémité, il n'y eut plus de respect pour rien.
Nous sommes tous enfants du même père; nous en avons les défauts et les vertus. Je compare notre existence aux plantes Notre enfance est le germe, notre adolescence la tige, nos actions la fleur, nos vertus les fruits. Nous savons tous que de très-beaux fruits peuvent donner la mort, tandis que de simples fleurs conservent la vie. Nous savons encore que ce n'est qu'après de longues études qu'on a pu apprécier les différentes qualités.
Il en est ainsi des hommes. Nous avons fait de grands progrès; cependant il y a encore parmi nous d'anciens préjugés. On s'attache à l'extérieur; les vêtements, la fortune, l'éloquence, font le mérite. Qu'on y regarde ue près , on peut trouver derrière tout cela des hommes bien vicieux ; tandis qu'un extérieur simple, des expressions claires, la pauvreté même, peuvent cacher la vraie sagesse. Quand on aura analysé les mots égalité , fraternité, on sera convaincu que les emplois ne sont pas des distinctions , mais bien des responsabilités; qu'il n'y a donc point à s'en prévaloir. Notre édifice social peut être comparé à un navire , dont le salut dépend de la
p as mmce cheville comme du plus fort de ses mâts. Ainsi le plus pauvre et le plus obscur citoyen peut contribuer au soutien de la Repubhque aussi bien que le plus riche et le plus fastueux. Tous les hommes savent qu'ils sont égaux en venant au monde comme en le quittant; mais la présomption et lorgueil leur font croire qu'ils sont :;,fin,ment supérieurs à leurs frères, nés dans une pauvre condition. La vie n est qu'un vaste théâtre où nous sommes tous appelés a remplir un rôle ou un autre , selon les destinées que Dieu assigne a chacun; nous sommes obligés de prendre le vêtement convenable au rôle; à la mort nous quittons t'ut. Que reste-t-U nous . Le souvenir de nos actions. Notre mémoire est honorée et respectée, selon 1 usage que nous aurons fait de nos facultés.
L'orgueil et la présomption ne sont pas les seuls ennemis de
homme; exagération l'accompagne malheureusement presque
toujours Tout le monde sait cependant que l'excès, même dan! le
bien, est nuisible. Cesf aux excès que nous devons la plus grande