‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 100 sur 326 · CLXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLXXII INTRODUCTION

direction de la lumière. Dans les synoptiques elle vient de Jésus, et se répand sur les hommes pour les instruire de leur grand devoir envers Dieu, leur apprendre à prier, leur enseigner la pénitence, l'humilité, la confiance et même l'abandon, la droiture, la sincérité; envers le prochain la justice, la bonté, l’indulgence; il leur demande d’être parfaits comme le Père céleste est parfait.

Et c’est bien aussi à Dieu que Jésus conduit ses disciples d’après.

l'évangile de Jean. Mais c’est en lui-même qu'ils le trouvent. Le culte que les chrétiens lui rendent avec son Père est justifié par ses œuvres et par ses propres déclarations. Si l’on ne voit dans le quatrième évangile qu’une projection de ce culte dans le passé, il restera à expliquer l’origine de leur foi. Ce qu'affirme Jean est aussi ce qui est le plus vraisemblable : si les premiers chrétiens, Juifs convertis, ne se sont pas crus coupables de blasphème en lui rendant des honneurs divins, c'est qu’ils avaient appris de lui son unité avec son Père, seul digne d’être glorifié et adoré. Ce sont ces paroles, en somme peu nombreuses, que Jean a reproduites et ajoutées à celles déjà si fortes des synoptiques. Elles reportaient pour ainsi dire vers l’intérieur du Révélateur la lumière qu'il apportait au monde, sans cependant que sa nature humaine et ses actions humaines aient cessé d’être les mêmes, sans rien retrancher de ses humiliations et de ses souffrances, sans rien ajouter d’essentiel à ce que contenait la tradition.

Qu'on revienne aux synoptiques après avoir lu Jean, on comprendra mieux certaines allusions à son pouvoir, à sa connaissance de Dieu, à ce qu'il y a de mystérieux dans sa personne. Il deviendra même plus accessible, il sera plus proche de nous, s’il est vrai que nous nous sentons plus à l'aise avec Dieu mieux reconnu qu'avec une grande et prodigieuse créature. Le sentiment intime du peuple chrétien ne l’a pas trompé dans la querelle de l’Arianisme, quoi qu’aient pu penser certains gnostiques attardés, soucieux de ne monter au divin que par une échelle d'intermédiaires. L'union de Dieu avec notre nature, miraculeuse, inouïe, donne cependant une satisfaction pleine au sentiment religieux, déçu et repoussé plutôt qu'attiré par l’intrusion d’un pseudo-Dieu. Et c’est de Dieu seulement qu'on peut concevoir qu’en prenant la nature humaine il lui laisse son intégrité et le tranquille usage de ses facultés. Un grand être, dieu sans l'être tout à fait, — c'est déjà un contresens — serait plus envahissant et perturbateur. Tandis que, en lisant Jean, nous sommes comme portés à rattacher à la condescendance du Verbe tous les effets de la condition humaine. Les adorateurs du Dieu incarné n'ont pas à se priver des innocentes joies de la Crèche, ni à se scandaliser de le voir partager en Galilée l'existence des plus modestes parmi ceux qu'il est venu sauver.

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