‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 99 sur 326 · JEAN LE THÉOLOGIEN. CLXXI · texte numérisé non relu

JEAN LE THÉOLOGIEN. CLXXI

Ilest en même temps le Fils unique, lui aussi ‘dans le sein du Père. Et pour marquer qu'il a apparu dans la nature humaine, étant réellement homme, Jean nous dit que « le Logos s’est fait chair » (1, 14). Ceux qui l'ont reçu, qui croient en son nom, sont eux aussi, à leur manière, fils de Dieu et engendrés par Dieu : formule plus claire et plus décisive que ce qu'avait dit Jésus à Nicodème (ur, 5). La vie divine ainsi reçue de la plénitude du Verbe incarné est grâce et vérité (1, 17). Affranchi de la fidélité qu’il doit aux paroles de Jésus quand il les rapporte, Jean jette un regard sur l’histoire et compare la loi, œuvre de Moïse, à la grâce opérée par le Christ.

Si l'on envisage le prologue comme annonçant la carrière humaine du Christ, c'est vraiment un programme, car l’évangile se propose de montrer l'effet produit par la lumière sur les hommes de bonne et de mauvaise volonté. Mais sa théologie dépasse en quelque façon celle de l’évangile, parce qu’elle condense en quelques formules nettement tracées ce que Jésus avait enseigné selon les circonstances, et ce qu'on pouvait déduire de ses paroles, en y ajoutant la doctrine du Verbe. Pourtant si cette doctrine est souverainement salutaire au lecteur en lui apprenant qui était le Jésus de l’histoire avant son Incarnation et ce qu'il demeure à jamais, elle n’est pas indispensable pour comprendre le sens de ses paroles, car elles n’ont pas été changées pour servir de véhicule à cette conception.

Nous croyons donc pouvoir conclure que Jean a eu conscience de ce qu’il devait être comme docteur et comme historien. Sans doute les paroles de Jésus, déposées dans son cœur, ont été souvent méditées par lui, se sont éclairées l’une par l’autre, ont pris, sous l'influence de l’'Esprit-Saint, comme un aspect nouveau. Et que sa manière de comprendre et de dire ait eu quelque influence sur toute sa rédaction, nous ne voudrions pas le nier. Mais lui-même nous a permis, en comparant ce qu'il a mis sur les lèvres de Jésus, et ce qu'il présente plus ou moins nettement comme son interprétation, de reconnaître comme deux états de la doctrine, le second étant notablement plus systématique. Sa valeur comme témoin fidèle ressort donc de cet examen, comme aussi de la distinction entre les discours de controverse et les confidences aux siens, dont la physionomie et même le contenu ne devaient pas être les mêmes. Jésus se révèle selon la loi de sa mission ; Jean est son témoin et son théologien.

Le premier avantage de cette perception des nuances dans les notions théologiques du quatrième évangile est de le rapprocher des synoptiques par ses couches profondes. Les différences mises en relief ne disparaissent pas, mais on voit mieux que le point de départ est le même et qu'elles se résolvent dans l'harmonie. Au fond, ce qui diffère entre les synoptiques et Jean, ce n’est pas la physionomie de Jésus, c'est la

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