‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 101 sur 326 · JEAN LE THÉOLOGIEN. CLXXIII · texte numérisé non relu

JEAN LE THÉOLOGIEN. CLXXIII

$ 2. — L'origine des titres de Fils de Dieu et de Logos.

Nous avons déjà indiqué (1) de quel laminoir la critique de la fin du xix° siècle faisait sortir la notion métaphysique de Fils de Dieu.

Chez les Juifs, Fils de Dieu était plus ou moins synonyme de Messie. « Jésus se dit Fils unique de Dieu dans la mesure où il s’avoue Messie » (2). Il est condamné pour s'être dit Messie ou Fils de Dieu, ce qui revenait au même. Mais Paul, préchant aux Gentils, ne peut se contenter d’un Sauveur qui ne serait que le Messie : Jésus glorifié devient l’homme céleste, préexistant. Jean marque une troisième étape, celle du Fils de Dieu au sens métaphysique.

Mais d’autres critiques, non moins indépendants, ont reconnu combien cette évolution est artificielle. D'abord ils inclinent à reconnaître que le nom de Fils de Dieu n'était nullement synonyme de Messie dans le langage courant des Juifs (3). D'autre part, on reconnaît que dans les synoptiques le Fils est un terme abstrait. M. Loisy l’a déjà soutenu contre M. von Harnack à propos du passage célèbre : Vul ne connaît le Fils, si ce n’est le Père, etc. (Mt. xx, 23-30; Le. x, 21-24) : « Père et Fils ne sont pas ici des termes purement religieux, mais des termes métaphysiques, théologiques et la spéculation dogmatique a pu s’en emparer sans en modifier beaucoup le sens (4) ». Si bien que M. Wetter, renversant hardiment l’ordre établi par la critique libérale, a pu écrire que « le titre vide 0e0ù dans la littérature chrétienne non johannique » — y compris Paul — « est déjà devenu beaucoup plus un terme technique chrétien que ce n’est le cas pour l’expression du quatrième évangile (5) ». Il est vrai, comme on dit, que le diable n’y perd rien, car l'intention de Wetter est de soutenir que Jean a emprunté une expression toute faite, sous la forme qu’elle avait dans la piété hellénistique : le titre de Fils de Dieu viendrait donc du paganisme. Cette thèse se soude à celle de M. Bousset sur l’origine païenne du christianisme, — sans méconnaître une réaction spirituelle puissante, — thèse que M. Loisy s’est plu depuis à propager.

Pour nous, nous ne pouvons que répéter : « L'attestation authentique de cette filiation ne peut venir que du Père ou du Fils lui-même (6). »

Mais l'affirmation de Jésus, pour être comprise, devait se rattacher à des expressions déjàconnues, fût-ce pour les contredire, et il est du plus haut intérêt de savoir si cette vérité d’origine divine avait des attaches

(1) Voir plus haut, p. cxziv.

(2) Lorsy, L'Évangile et l'Église, p.91.

(3) Comm. Mc. p. GxxxmI-

(4) L'Év. et l'Égl., p. 78.

(5) Der Sohn Gotles, 1916, p. 138.

(6) Comm. Mc. axxxm.

Page 1