CLXXVI INTRODUCTION
reproduisent encore mieux cette image. Ce sont des créatures, mais, en tant que semblables à Dieu, elles participent plus ou moins à la divinité. Des magistrats enrichis de dons spéciaux correspondant à leurs fonctions sont aussi des fils de Dieu.
C'est sur ce dernier point que s'appuie Jésus pour amener les Juifs à reconnaître sa vraie nature : il ne faut que passer de ce sens figuré de fils, supposant quand même une certaine participation des dons de Dieu, au sens propre de Fils. C’est ainsi qu’un passage de Jean (x, 34 ss.), regardé comme très difficile, fournit cependant une vraie lumière sur la question. C’est uniquement parce qu'ils ne veulent pas admettre que Jésus a parlé ainsi de lui-même que les critiques cherchent si loin. Nous préférons constater que cette parole de Jésus dans Jean établit le contact avec l’A. T., c’est la notion fondamentale enregistrée par les synoptiques et développée par Paul.
La même simplicité, le même caractère primitif de soudure historique avec l’A. T. se retrouve dans l'application aux croyants du titre d'enfants de Dieu (1, 12), pour ceux qui sont nés de nouveau par le baptême de l’Esprit-Saint (tr, 5). Il suffisait de transférer aux fidèles le titre qui appartenait à Israël. De même qu'Israël est devenu fils de Dieu quand Dieu lui a donné l’existence comme son peuple, ainsi les fidèles au moment où ils croiront en Jésus Christ. L'union du Fils avec le Père est le modèle de leur unité, et les fidèles du Christ sont appelés à prendre part à cette unité dans le Fils, de sorte qu’ils seront plus véritablement fils de Dieu. Il reste une différence essentielle : il est la vigne qui à toute la sève, ils sont les branches qui peuvent être retranchées et ne vivent que par lui.
Saint Paul est revenu sur cette doctrine, mais avec des préoccupations qui ne paraissent pas ici. Pour maintenir la différence entre le Fils de Dieu et les fils de Dieu, il a eu recours à l’adoption (Rom. var, 43 S.), conception romaine, c'est-à-dire à une comparaison juridique étrangère à la pensée juive primitive. Et au lieu de la parabole de la vigne qui se rattache si étroitement à l’enseignement synoptique de Jésus, il a construit, non sans quelques variantes et sans quelques inégalités, la comparaison du corps et des membres, de l'édifice et des parties (1).
Parce que l’union dans Jean paraît plus profonde, ce n’est pas une saison de dénoncer un développement et de taxer Jean de paulinisme. Les rapports du disciple bien-aimé avec l’apôtre des gentils supposent la même base, mais leurs spéculations n’ont pas la méme direction. Paul reçoit le fait du Christ, et remonte le cours de l’histoire pour y reconnaître des préparations désormais dépassées, il se préoc-
(1) Voir Comm. sur xv, 1 ss.