JEAN LE THÉOLOGIEN. CLXXXI
(Sap. vu, 23), etc., ou du Fils de Dieu : « le caractère et l'empreinte de la substance de son Père » (Heb. 1, 3), Bossuet conclut : « Tout cela est mort : le soleil, son rayon, sa chaleur; un cachet, son expression; une image ou taillée ou peinte; un miroir et les ressemblances que les objets y produisent, sont choses mortes. Dieu a fait une image plus vive de son éternelle et pure génération; et, afin qu'elle nous fût plus connue, c’est en nous-mêmes qu'il l’a faite ».. Et venant au Fils de Dieu : « Voilà son nom : c’est le Verbe, c’est la parole, la parole, dis-je, par laquelle un Dieu éternel et parfait se dit lui-même tout ce qu'il est, et conçoit, et engendre, et enfante tout ce qu'il dit; enfante par conséquent un parfait, un coéternel, un coessentiel et consubstantiel (1). »
Assurément, Bossuet conduit ici le Verbe jusqu à la définition du concile de Nicée, mais c'était bien sa route, et il a pénétré l'intention ultime de Jean. Son évangile était celui du Fils de Dieu, de celui qui était Fils avant d’être homme. Comment concevoir ce Fils et cette génération? L'épitre aux Hébreux avait fourni une image : il atteint une idée. Si, dans cette poursuite de l’inaccessible il a tenu compte des dispositions des esprits, ce fut moins sans doute pour leur donner une satisfaction positive par l'emploi d’un mot courant, que pour exclure toute idée grossière ou simplement matérielle de cette génération. On sait que c’est l’objection que se font encore des millions d'hommes : les musulmans ne peuvent accorder que Dieu ait un Fils. Jean a dit ce que la réflexion des siècles chrétiens a reconnu comme ce que l’on pouvait dire de plus approchant de la vérité. Le fils d'un être spirituel, d’une pure intelligence, c'est sa pensée, que l'Écriture nommait sa parole : une parole qui est distincte de lui et qui cependant est en lui.
Si c’est là une conception très haute, elle n'appartient pas à une philosophie spéciale : elle est en contact avec notre nature, elle découle de la révélation qui domine tout, par le dogme qu’elle impose de n’adorer qu'un seul Dieu.
Philon ne conduisait pas si haut, il eût refusé énergiquement de rien dire sur l’ineffable et l’inaccessible ; c'est précisément à respecter cette transcendance que pouvait servir son Logos. Peut-être cependant se trouve-t-il en quelque manière au point de départ de la solution de Jean : on ne peut méconnaitre que si la pensée diffère essentiellement, entre eux les ressemblances verbales sont nombreuses (2).
Oui, peut-être le mouvement d'idées dont Philon est chez les Juifs le représentant le plus brillant, mais le plus équivoque, est-il pour quelque chose dans la proclamation de Jean. Il n’a pas orienté sa méditation; mais il a pu le déterminer à faire front, puis à tendre la main à
(1) Élévations sur les mystères, IV.
(2) Elles seront signalées dans le Commentaire.