‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 107 sur 326 · CLXXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLXXXII INTRODUCTION

ceux qui sacrifieraient leurs conceptions à son dogme. La spéculation judéo-hellénistique lui est peut-être demeurée inconnue; peut-être en a-t-il été stimulé, sauf à se retourner contre elle. L'étude du prologue devra revenir sur ces conjectures.

Mais il n’est pas exact de dire qu’en identifiant le Christ au Logos Jean ait dès l’abord décuplé la force de pénétration du christianisme. Le chiffre est certainement exagéré. Le dogme du Verbe est sublime et d’une immense portée; mais on l’a souvent dénaturé pour lui donner plus d'extension, ce qui n'était pas un avantage.

Les Juifs ne voulurent pas du Logos de Philon, et ce n'est donc pas par cette voie qu'ils acceptèrent la religion du Christ. Le Logos d'Héraclite n’avait pas cessé d’être l'explication dynamique du panthéisme : il est glorifié comme tel plus que jamais par Marc-Aurèle, contempteur des chrétiens. Le Verbe n'apparaît guère chez les anciens écrivains ecclésiastiques. Les gnostiques s’en emparèrent et en faussèrent l’idée. Les apologistes du n° siècle comprirent ce qu’on pouvait en attendre auprès des esprits cultivés, et cette fois on peut bien parler d’avances conciliantes (1). Elles ne furent pas t@ujours heureuses : les allégories philoniennes, si méêlées aux divagations sur le Logos, aboutirent assez souvent à des doctrines suspectes. Arius, en exploitant démesurément le rôle personnel du Logos dans la création, en fit un être subordonné et mit en péril la foi chrétienne. Lorsque saint Athanase soutint la divinité de Jésus- Christ, il retrouva du même coup le vrai sens du Logos johannique, sens purement religieux, dépouillé de tous les amalgames d’une fausse philosophie ou d’une exégèse fantaisiste.

La divinité du Logos pleinement reconnue, les Pères se complurent en effet à décrire son action avec les agréments de l’art hellénique, tantôt comme source de toute raison et de toute vérité, tantôt comme type et modèle des choses créées, tantôt comme la vraie lumière des âmes (2). Mais ce n'est là qu'une appropriation au Verbe de ce qui appartient à Dieu, puisqu'une théologie plus précise attribue à Dieu toutes les actions qui procèdent de lui au dehors. Il était réservé à saint Thomas de s'exprimer sur ces sujets ardus avec une exactitude ponctuelle. Le rôle personnel du Verbe ne fit ainsi que rentrer dans les lignes que Jean avait tracées : dogme lumineux et fécond, mais dont il faut respecter les termes. C’est le dernier mot que l'esprit humain, sous l'influence de la Révélation, puisse prononcer sur le mystère de la vie divine, naturellement inaccessible à toutes ses approches.

(1) S. Justin lui-même, dans le récit de sa conversion, ne dit pas qu'il ait été conduit à la foi parle Verbe.

(2) On trouvera des citations très heureuses dans un ouvrage qui ne doit pas tomber dans l'oubli : Le Christ de la tradilion, par M5 Landriot, mort archevêque de Reims.

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