‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 109 sur 326 · CLXXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLXXXIV INTRODUCTION

et c'est assez peu de chose, — pourrait bien être une dépendance de l'évangile (1).

L'impression qui résulte de la doctrine du quatrième évangile, ce n'est pas seulement qu'un même esprit circule dans tout le livre, c'est encore que cet esprit si un est épris d'unité. Le Christ, le Fils de l'homme, le Fils de Dieu sont un, et ce Fils est un avec son Père, et il s’est uni à la nature humaine en prenant sa chair; il appelle tous les hommes à la vérité, et en même temps à l'unité. C’est par lui que se fait l'unité, lorsqu'en mangeant sa chair et en buvant son sang, on devient participant de sa vie. Mais on ne peut s’unir au Fils sans s'unir au Père. Ses disciples qui sont une même chose avec lui seront donc une même chose avec le Père. Le Père et Lui descendront en eux en attendant de les recevoir dans l’unité encore plus parfaite de la vision. Le Saint-Esprit, qui reçoit du Père et du Fils, qui achève l’œuvre du Fils et qui demeure dans les disciples, est lui aussi dans l'unité et procure l'unité.

On ne pénétrera jamais assez profondément dans ce mystère d'union intime et secrète. Mais l'union du Verbe à l’homme étant dans la chair, les disciples demeurant dans le monde, leur unité doit y être sensible, et elle est rendue sensible par l’image du troupeau et du pasteur. Le Pasteur est le Christ, le vrai Pasteur, qui est mort pour le salut de ses brebis. Mais s’éloignant d'elles pour un temps, il à désigné un autre pasteur, en la personne de Pierre (xxt1, 15-19). Pierre ayant déjà suivi son Maître quand Jean écrivait, celui-ci estimait sans doute que l’ordination du Seigneur pourvoyait toujours à la même nécessité, à une nécessité plus grande pour les brebis errantes dans le monde, de se grouper auprès d'un pasteur. Ceux qui prétendent que ce passage a été ajouté à l’évangile pour lui acquérir la bienveillance de l'Église romaine reconnaissent donc qu'elle avait dès lors une situation prééminente? Mais l’auteur du chapitre xxr est l'auteur de tout l’évangile, et.Jean n'a fait qu’exprimer la vérité déjà enseignée par Mt. (xvi, 17 ss.), et Le. (xxur, 31 s.). Les termes des trois sont différents, les situations n'étant pas les mêmes. Ceux de Jean se rattachent à la parabole-allésorie du bon Pasteur. Ils consacrent l'unité extérieure après la résurrection, de même

(1) C'est sûrement ce qu'il faudrait admettre si les rapprochements étaient prouvés, puisque les textes hermétiques sont notablement plus récents, Et quoi qu'il en soit de quelques rencontres verbales, ce sont deux mondes tellement différents qu'il nous a paru hors de propos de discuter ici de l'hermétisme. Dans cette troisième édition nous nous permettons de renvoyer le lecteur aux études qui ont paru dans la Revue Biblique : 1924, p. 481 ss.; 1925, p. 82 ss.; 368 ss.; 547 ss.; 1926, p. 240 ss.

que les paroles suprèmes de Jésus avant la Passion étaient une ardente supplication au Père pour l'unité dans la foi et la charité. Le plus grand” es mystiques chrétiens, le plus convaincu de la nature intime de cette unité, est aussi celui qui a manifesté le plus clairement l'autorité de x Pasteur donnée à Pierre sur tout le troupeau. Ceux qui comprennent si bien de nos jours la nécessité de l’union pour les disciples du Christ, É mais qui ne souhaitent qu'une union de charité, ou qui rêvent d'unité extérieure sans l'obéissance à un seul Pasteur, auront à se demander s'ils suivent la pensée du disciple bien-aimé ou plutôt de Jésus. S'il leur reste quelque appréhension de voir celte administration extérieure prendre les allures d’un impérialisme profane, ils seront rassurés en lisant dans le même Jean que l'union doit être avant tout une union de charité; la parole de Jésus sera toujours comprise dans l'Église qui en est l'interprète autorisée. ie L'Église qui a reçu le quatrième évangile, avant d'être obligée de serrer ses rangs pour résister à la poussée du gnosticisme, y a reconnu Sa doctrine sur la divinité de Jésus, sur la réalité, spirituelle, mais la réalité, du sacrement de l'Eucharistie, sur le pouvoir conféré à Pierre comme pasteur à la place du Christ, et sûrement perpétué quelque part. En quoi la conception du grand mystique s'éloigne-t-elle de celle de l'Église catholique romaine, pour se rapprocher de ce protestantisme qui a prétendu restaurer la vie mystique? C’est dans l'Église romaine seule qu’on rencontre à la fois ce libre élan d’un mysticisme profond, contenu dans les limites d’une foi unique, ces sacrements, baptême et. fe eucharistie, qui opèrent une nouvelle naissance et entretiennent la vie, fée cette soumission de tous à l'unique Pasteur des brebis. 2. C'est donc là que doit tendre l'esprit d'union, c'est là seulement que peut se réaliser l'unité, qui est le vœu suprème de Jésus : uf sint unum ! AY À

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