XX INTRODUCTION
de son âme. « Rendre témoignage » se dit déjà du cantique de Moïse
(Dt. xxxr, 19. 21), mais parce qu’il témoignera contre les Israélites.
Maintenant il faut rendre témoignage à Jésus. C’est ce qu'a fait Jean-
Baptiste, c'est ce que vient de faire Jean lui-même (Apoc. 1, 2). Pierre, après Étienne, après Jacques, a rendu témoignage par son sang. Le vieux disciple, demeuré presque seul de l’ancienne génération, brûle de témoigner par ses écrits (I Jo. 1, 4 ss.). Il faudra donc que sa personne entre en scène : cela est indispensable, et, pour ne pas encourir le reproche de se rendre témoignage à lui-même, il fera appel au Christ (xx, 35). Mais il n'ira pas plus loin. Il est le témoin, un autre Jean-Baptiste, mais il préfère ne. pas se nommer. Un nom n'’ajoute aucune garantie : — il est si facile de prendre un nom supposé! — et il demeurera auprès de son Maître dans une ombre discrète, étant suffisamment accrédité auprès des églises par ceux qui l'ont connu (xx1, 24). Une pareille œuvre mérite bien qu’on l’étudie avec une sympathie respectueuse. Qu'on essaie de voir dans ce procédé l'attention d'une âme aimante et humble, aussi désireuse de s’effacer que de projeter la lumière toute entière sur le Verbe incarné! L’aflirmation est énergique : il le fallait; elle s'appuie sur une garantie: il le fallait. Mais elle ne perdait pas de sa force en se faisant modeste, et elle l’est avec résolution et parti pris. Jacques, le frère associé avec Pierre à des mystères réservés
ne sera pas même nommé, ni Jean naturellement, ni Zébédée leur père, … si ce n’est peut-être au dernier moment (1), ni leur mère, quoique très.
probablement présente au pied de-la Croix (2). Ces omissions, évidemment calculées, sont un indice décisif que
nous avons bien affaire à l’un des deux frères, en fait à Jean. La seule
chose que cette âme tendre consente à rappeler, c'est qu'elle a été aimée. Lui reprocher (Bauer) une prétention arrogante (Anmasslichkeit), c'est quelque peu pharisaïque. Quel monde interlope suppose M. Loisy
quand il écrit : le disciple « paraît craindre de se nommer, ou l'on a
peur de le nommer (3) »!
Il n’a pas craint de se nommer dans l'Apocalypse, après sa confession
publique du nom de Jésus. Maintenant il n’est plus un prophète investi. d'une mission propre; il est évangéliste, il s'efface, et les autres, sachant | combien il est grand, disent bien ie qu'il mérite d’être cru
Jusqu'à présent nous n'avons parlé que de l'évangile. Il se rend moignage à lui-même ou à son auteur comme étant un de ceux qui -
(1) xx, 2.
CrMX,220) (3) 2° éd. p. 6.
AY + LME 00 à DES
L'AUTEUR DU QUATRIÈME ÉVANGILE. XXI
ont connu le Verbe incarné, qui ont « vu sa gloire » (1, 14). Ce texte
est encore plus positif quand on le compare au début de la lépitre de Jean, que tout le monde reconnaît être du même auteur : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, — car la vie a été manifestée, et nous l’avons vue, et nous lui rendons témoignage, et nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès de Dieu et qui nous a été manifestée, — ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous, ef que notre communion soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit complète (1). »
Il est vraiment difficile d’être plus formel pour attester qu'on a vu,
entendu, touché une personne qui a paru sur la terre, encore que son origine soit divine. Ces termes énergiques viennent donc renforcer ce
que l’évangile (1, 14) avait dit plus simplement. Cependant nous devons insister parce que tout récemment M. v. Har-
nack (2) a tenté de réduire à rien la valeur de ces textes en disceutant
le sens propre du « nous » dans les écrits johanniques, c’est-à-dire l'évangile et les épitres, car l’Apocalypse n'offre rien de semblable. D'après Harnack, Jean emploie «nous » de deux façons : soit pour relever son autorité, soit pour se ranger parmi les fidèles auxquels il s'adresse, jamais pour désigner un groupe de personnes. — Le second point, le «nous » qui comprend à la fois l’auteur des épitres et les croyants, n’offre aucune difficulté dans un grand nombre de cas (II Jo. 1-3; I Jo. passim). Il n’est pas douteux non plus que l’auteur emploie « nous » comme on dirait « je », pour donner plus d’autorité à sa parole. Ge qui est tout à fait contestable, et simplement erronné, c’est la source de cette autorité assignée par Harnack. Imbu de l'éternel préjugé protestant qui fait de la « communauté » le principe créateur et directif, Harnack imagine que le « nous » de I Jo. 1, 1-4 comme de Jo. 1, 44 c’est la communauté parmi laquelle l’auteur prend sa place, au nom de laquelle il parle, non sans laisser planer un certain doute entre le « moi » de sa personne et le « nous » de la communauté. — Mais, comme l'a fait remarquer M. J. Behm (3), rien de plus opposé à l'autorité personnelle revendiquée si hautement par l’auteur des Épiîtres, rien de plus opposé aussi au caractère historique de la manifestation dont il a été le témoin, à un moment du temps passé. La communauté à laquelle il s'adresse n'a qu’à faire son profit de son enseignement, quoiqu'il veuille bien, comme
(4) I Jo. x, 1-4.
(2) Das « Wir » in den Johanneischen Schriften, Berlin, 1923. (3) Theologische Lileraturzeitung, 1924 c. 252 58.
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