‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 12 sur 326 · XXI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXI INTRODUCTION

croyant, se mêler à elle. S'il y a quelquefois une transition assez rapide

du « nous » personnel au « nous » qui comprend tous ceux qui adhèrent

à la lumière (1, 44. 16 et I Jo. 1v, 41 ss.), il n’y a cependant pas à s'y :

tromper. Voir, entendre, toucher surtout doit s'entendre ici comme dans Jo. xx, 27; Le. xxiv, 39; Act. x, 41; Ign. Smyrn. 111, 2, qui mettent en relief la constatation réelle, et non d’après Act. xvir, 27, où le contact avec le divin est d’une nature philosophique.

Le seul point qu’on puisse controverser est celui de savoir si Jean a

eu l'intention d'associer un groupe de témoins oculaires à son témoi-

gnage, ou s’il ne parle que pour son compte comme écrivain. L'opinion la plus commune est que Jean parle au nom d'un groupe. Il se peut que Harnack ait raison (4) de ne point reconnaître ce groupement, mais ce n'est pas une raison pour remplacer le groupe des anciens témoins par la communauté présente.

Mais si le « nous » au lieu d'être collectif est simplement-un « nous » d'écrivain, le témoignage n’en est pas moins affirmatif. Nous savons par ailleurs que les apôtres ont rendu témoignage. L'auteur y joint le sien, c'est de ce témoignage qu'il s’agit, Il importe peu que l’auteur se mêle plus ou moins aux autres apôtres pour le rendre, puisqu'aussi bien il est seul à parler; en leur nom ou au sien propre, le fait est toujours le même : il a vu ce dont il va parler.

$ 2. — La tradition.

Le quatrième évangile se donne donc comme l’œuvre d’un disciple, de

ceux qu'on appelait désormais les Douze ou les Apôtres par excellence, et même d'un privilégié parmi eux : par conséquent quiconque recevait l'évangile admettait en même temps son autorité apostolique. L'auteur anonyme, dira-t-on, se faisait la partie belle Sans doute. mais s'il n'était pas ce qu'il prétendait être, il risquait davantage, car, une fois démasqué, ses affirmations historiques et doctrinales auraient partagé le discrédit de sa prétention. Il y eût eu là, en effet, une allégation d’un caractère plus grave et plus nettement frauduleux que d'autres qu'on s'est cru permises. Composer un ouvrage sur la sagesse en suggérant, sans le dire expressément, qu’il était écrit en la personne de Salomon, le plus sage des rois, c'était à peine user d’un pseudonyme. Il était plus hardi de décrire des événements récents. en forme de visions accordées à

(1) Ce qui rend peut-être cette solution plus probable, c'est que dans ! Jo., l’auteur passe de Yodpouev (1, 4) à pq (nt, 1) et à Éypada (nr, 211,

Mais il faut maintenir le sens collectif dans xxx, 24, parce que là ceux qui disent otôapev soni distincts de celui qui a écrit, xa 6 yoél ÿ à

LHASORE ; Yeux Taëta, môts qu'Harna obligé d'éliminer du texte. : : ts ae

L'AUTEUR DU QUATRIÈME ÉVANGILE. XXII

Hénoch ou à Élie, ou à Noé, ou de dépeindre la ruine de Jérusalem sous Titus comme si c'était l'impression d’un Baruch, ou d'encourager les dispersés par des paroles d'Esdras. Mais enfin ces apocalypses comportaient une certaine manière de dire, et la pseudonymie y était, pour ainsi parler, de style. Lorsque le temps était très reculé, ce lointain paraissait autoriser une fiction qu’on donnait presque pour telle.

Il n’en était pas de même d’un livre qui s’adressait à des chrétiens

pour leur parler de la vie et de la doctrine de Jésus-Christ, qu’ils connaissaient déjà par des récits reçus dans les Églises. Les prédicateurs de J'évangile avaient eu soin de mettre les fidèles en garde contre des doctrines nouvelles (Gal. 1, 8); il ne suffisait pas, pour être reçu, de se présenter au nom d’un apôtre. De fait ni l'Évangile de Pierre, en dépit de son: « moi Simon-Pierre » {x11), ni l’évangile des Douze apôtres n’eurent un véritable crédit. Ils seraient presque inconnus sans des citations érudites qui commencent à Origène. Si donc le quatrième évangile fut reçu universellement, ce ne fut pas parce qu'il se donnait, mais parce qu'on le reconnut pour être d’origine apostolique. Or cette adhésion, nous le verrons, fut en effet universelle, sauf la protestation de Caïus ou des « Aloges » vers la fin du n° siècle.

Tel est le fait capital. Et l’on peut dire que Jo. se présente dans des conditions plus favorables à son authenticité que les autres évangélistes. ILest cité plus tard, mais il a en effet été composé plus tard. On ne dit pas tout d’abord qu’il est l’œuvre de Jean, fils de Zébédée, mais on le reconnaît, par le fait même qu'on le reçoit, pour l’œuvre d’un apôtre.

Cette sorte d'authenticité qui est l'authenticité canonique, celle qui repose sur l’assentiment des chefs des églises, est celle sur laquelle nous devons surtout insister. Rien de plus solide que le témoignage des églises sur un écrit qui s’imposerait à leur foi, du moment qu'elles J'auraient reçu. .

Cette manière de poser la question ne satisfait pas la curiosité des modernes. Pour eux, examiner l'authenticité, c’est s’enquérir des circonstances dans lesquelles un ouvrage a été composé, de la situation personnelle de l’auteur, des raisons qu’il a données à Son entourage quand il s'est décidé à écrire, etc. Nous ne recueillons aucun renseignement de cette sorte chez les plus anciens témoins de l’évangile. Saint Irénée est le premier qui soit entré dans cette voie. Les adversaires de l’authenticité affectent de n’attacher de prix qu’à ces points de détail, et de réduire toute la tradition à un seul témoignage, qu'ils s'efforcent de rendre suspect.

Les défenseurs de l'authenticité ont pris la défense de saint [rénée, mais sans arriver à le faire absoudre de certaines confusions. Ce serait donc faire le jeu de l'opinion négative que d'exagérer l'importance des

données qu’il nous fournit, par exemple sur l’évangile écrit à Ephèse.

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