‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 116 sur 326 · CHAPITRE PREMIER Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Î

1EN APXH y 6 Xôyoc, nai à Xbyos Av mpès Tèv Oebv, vai Dedc v 6

! Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu,

Le texte est à peu près celui de Hort et Westcott (H). Les divergences sont indiquées “ans les notes, qui sont pratiquement une collation de von Soden (S) avec Hort. Dans les cas où ils divergent, le texte de Tischendorf (T) et celui de Vogels (V) sont indiqués. Les variantes ne portent ni sur la ponctuation, ni sur l'orthographe, ni même ici sur

Y'article ajouté ou omis devant ’Insodc. Quelques-unes ne sont ni de H ni de,

4-18. LE PROLOGUE. s Le quatrième évangile débute par une préface très solennelle qui esquisse en quelques mots la personne de Jésus-Christ et le caractère de sa mission, comparée à la fin à celle de Moïse. Une première section (1-5) est surtout consacrée à la personne du Verbe, vie et lumière. Cette idée est reprise au v. 9 et aboutit à la déclaration suprême de l’Incarnation du Verbe (v. 14). La conclusion his- torique est tirée du v. 16 au v. 18. Cette page parfaitement suivie est interrom- pue en deux endroits (6-8 et 15) par une allusion à Jean, témoin du Verbe. Ce n’est pas qu'il faille voir là deux gloses postérieures, dues à un second rédac- teur (Loisy, 2 éd., p. 96); ce sont comme deux indications qui conduisent au témoignage de Jean (19 ss.). La splendeur de la lumière produit son effet sur Jean, qui lui renvoie ses rayons. Il n’y a pas davantage à s'arrêter à la conjecture de Bultmann (evyaptornetov, Il, p. 26), que tout le prologue sauf 6-8 et 15 (17) a été emprunté à un écrit baptismal à la gloire du Baptiste. Si l’on considère le prologue comme un poème, les deux allusions à Jean peuvent y figurer comme des antistrophes, qui permettent à la pensée de rebondir. ÉVANGILE SELON SAINT JEAN. 1

2 j ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, 1, 4-5.

1-5. Le VERBE DANS SES RAPPORTS AVEC DIEU, LE MONDE, LES Howwes.

1) Trois articulations, scandées sur le même rythme : antériorité du logos à la création, son existence auprès de Dieu, sa participation à la nature divine. Ge sublime crescendo dans la révélation d’une pensée sûre d'elle-même suffirait à justifier la comparaison de la manière de Jean au vol de l'aigle. ëv ae allusion évidente à Gen. 1, 4, non pas pour reprendre l'histoire évangélique au même point que l’histoire du monde, mais pour placer au del Lo du Verbe. Ienace, ad Magn. vi : ’fnooë Xptoroë, ds rod albvov mapa ratol ny zaÙ v Téket oévn. Les Pères ont très bien compris ce renvoi, quelques-uns pour trouver dans Gen. 1, 1 la même doctrine que dans Jo. en comprenant äpy# du Verbe. IRéN. (Demonstratio… 43, trad. Weber) : Quem primus annuntiavit Moyses,.… et hoc translatum dicitur : Filius in principio, constituit Deus postea terram et coetum. Mais Jo. n'a pas nommé le Verbe &py#; c'est plutôt celui qui est ar apyñs {E Jo, 1,1; n; 13.14).

En soi, d’ailleurs, äey# peut signifier principe, point de départ comme cause, ce qui n’est pas synonyme de commencement, car Dieu est un principe qui n'a pas commencé. ’ | de

Ainsi Paul a nommé J.-C. dpyÂ, rpwrdronos àx rüv vexpüv (Col. 1, 18), et même dans Apoc. 11, 44, il est à &pyà vis xrloews voë 0coô. Mais ce passage doit être “entendu selon la pensée de l’Apocalypse elle-même (cf. Allo, ad h. 1.). Au moment où Dieu crée, le Verbe agit comme principe : il est donc à la fois sorti de lui et le premier principe des créatures. D'ailleurs, la difficulté n'existe pas pour l’évangile qui ne pose pas la question de savoir comment le Verbe ou J.-C. est principe, ni celle de son origine, mais pose simplement l'existence du Logos d’une façon absolue avant que rien n'ait commencé. La suite indique que cette antériorité est celle qui appartient à Dieu, c'est-à-dire l'éternité.

— y revient une seconde fois, avec xpds tv 0e0v, marquant cette fois l’inhérence, et indirectement la distinction (Calmes). Si Jo. avait dit tout d’abord que le

Logos était Dieu, on eût pu croire qu'il annonçait simplement que Logos était

le nom qui convenait le mieux à Dieu. En réalité le Logos est d’une certaine facon distinct de Dieu, puisqu'il est auprès de lui dans une union très intime- On prétend que rp6s ne signifie pas autre chose que rxpé, pour répondre à la question : auprès de qui est-il? Il semble cependant qu'il y a une nuance et que pds exprime spécialement qu'on se tient proche d’une personne, et rapé qu'on habite ensemble (cf. 1v, 40; x1v, 23), c'est-à-dire que xoos indique mieux un contact. I Jo. 1, 2 la vie frise v pbs tov ratépa rappelle ce passage mieux que xvu, 5 : la gloire (notion plus extérieure) ñ etyov rod toù toy xdouov elvar rapà oof (cf. vu. 38). L'union est donc très étroite, mais le Verbe n’est pas un attribut de Dieu; c'est ce qu'on nommerait naturellement dans la langue d'aujourd'hui une personne distincte.

— v, encore une fois, exprime l'identité. Ces trois, imparfaits montrent le logos dans une situation immuable, et nous le comprenons maintenant que nous entendons que le Logos est Dieu. Jean évite cette fois l’article. Avec l’article, 0: signifie le seul être qui soit Dieu. De même que les Arabes distinguent ilah et allah : la ilah ül allah, n’y a de dieu que Dieu, Philon avait déjà mis en relief le sens plein de 6 0:6<. Sans article, 0s6; pouvait se dire par catachrèse et c’est dans ce sens que Philon nomme le Logos dieu, c'est-à-dire par un emploi

abusif : à propos de Gen. xxx1, 13, y eux 8 Oebe 6 Goes oot ëv tôrw Oeoë, il glose : « ne passe pas rapidement, mais examine exactement cette parole, pour savoir si réellement il y a deux dieux : Car ilest dit : « je suis Dieu (6 eu) qui t'ai apparu », non pas « dans mon lieu » mais « dans un lieu de dieu » (0:05), comme s’il y en avait un autre. Que faut-il donc dire? le Dieu en vérité est un, mais par abus de langage on parle de plusieurs. C’est pourquoi l'Écriture sainte dans cet endroit a fait mention du Dieu en vérité avec l’article, disant 2ye eue 6 0sdç, mais pour celui qui ne l’est que par abus de langage, il dit « celui qui Va apparu dans le lieu non pas toù 0eoÿ, mais seulement Ocoë, il nomme dieu maintenant son plus ancien logos ». (De Somniis, I, 228-230). On voit que Philon excuse l’auteur sacré d’une catachrèse, et qu'il confesse en même temps ne pas prendre au sens strict le caractère divin du Logos. Il ne se fait donc pas scrupule d'employer des termes inexacts pour atteindre son but, qui est de concilier la doctrine juive et la conception philosophique des Grecs. On voit aussi quel abîme le sépare de Jean qui dit tout uniment que le Logos était Dieu, mettant même 0ecç (attribut) en tête de la phrase. L'absence d'article n'indique évidemment pas un dieu de second ordre (pour un monothéiste!), ni un abus de langage, puisque l'affirmation est aussi nette que les deux premières. C'est le même Dieu, dont il vient d’être question, non pas avec une personnalité distincte, mais comme nature divine. Le Verbe est Dieu, comme il était auprès du seul Dieu. 11 possède donc la nature divine sans être le seul de qui cela püt être affirmé.

Que signifie Adyos? En grec c’est le mot propre pour signifier « la parole », mais c’est aussi « la raison ». Le logos des stoïciens était certainement la raison, quand il désignait l’élément actif et intelligent du monde, mais, quand ils interprétaient la mythologie, et disaient qu'Hermès était le logos, ils entendaient la parole. Et lorsqu'ils distinguaient un Adyos évàtéderos qui signifiait une pensée conçue dans l'esprit, et un À6Yos rpopopxde, parole proférée, même dans le premier cas le logos-raison n'était plus seulement une faculté intérieure, mais une mise en mouvement de la raison.

Si Jo. n'avait pas dépassé l’usage du mot Xdyos dans l'A. T., il viserait ici la parole de Dieu, telle qu'elle avait été adressée aux prophètes, non point comme un son extérieur à la facon humaine, mais comme une pensée sortie de Dieu en forme de commandement, ayant un terme en dehors de lui. Si Jo. avait été inspiré par les stoïciens, il eût pu penser à la raison divine.

Or son Logos n’est certainement pas une simple raison, qui se confondrait dans le monothéisme avec l'intelligence divine; autant valait-il dire voÿs qui exprimait mieux la faculté. Mais il n’est pas non plus synonyme de la parole de Dieu dans les prophètes, puisqu'ici le Logos est avec Dieu, est Dieu, sans aucune allusion aux rapports de Dieu avec ses créatures. Il reste donc que c'est une parole immanente, un Àdyos évoudetos, et peut-être \6yos maurait-il pas été employé par Jo., si on ne s'élait habitué à l'idée d’un logos intérieur. Augustin : est verbum el in 1pso homine, quod manet intus, nam sonus procedit ex ore.

En latin le logos-raison avait été readu ratio, le logos-parole répondait à sermo, et c'est l'expression dont se sert Tertullien ici; mais les versions latines (sauf un ms.) ont traduit unanimement verbum, qui signifiait aussi parole

AR es LME RTE 2O%roc Av év op mpos vov Mebv. Prdvra à abro

: ne mais avait moins que se”mo le sens d’un discours, et qui sans doute a paru plus propre à rendre l’idée d’une parole intérieure. On a d’ailleurs compris Ja difficulté de traduire, et la version latine d’Irénée a conservé le mot logos : Seus autem totus exislens mens et totus existens Logos, quod cogitat, hoc et doquitur; et quod loquitur, hoc et cogitat (I, xxvI, De

É Il est clair qu'ici le Logos est celte individualité distincte que nous nommons une personne ; Chrys. : oùros è 6 A6yos odolæ tic Estuy ÉVUTOSTATOS.

2) Cette phrase résume les trois articulations précédentes, mais, comme Origène l’a fait remarquer, récapitulation ne signifie pas répétition; c’est plutôt une manière de lier les trois formules isolées. oôros, avec une certaine emphase : ce Verbe dont j'ai dit qu’il était Dieu, qu'il était au commencement, et qu'il était auprès de Dieu, je dis que dès le commencement il était auprès de Dieu. — ëv &yf nous ramène encore au souvenir de la Genèse. Celui qui alors était

déjà a manifesté alors son aclion : éransiturus ad eius insinuandam virtutem, prius collegit quasi in summa epilogando quae in primis tribus dixerat, in isla una clausula (Thom.). |

3) Nous renvoyons au v. suivant les preuves de la coupure de la Vg. — La leçon oùdè £ n’est pas douteuse, mais la leçon oddéy (N D minn., des Valentiniens, ete.) peut très bien s'être produite fortuitement ou du moins sans

‘intention dogmatique. C’est ainsi que dans Sros. Ant. III, 35, 6 (Hense, III, 688) l'éditeur citant Philonide : &ravr” ÉpiGeis ral ouvlns oùdè Ev, note oùdE Ev correxit S1, D'autres mss. avaient donc oùdév. Et que oùt &v puisse terminer une phrase, cela est prouvé par Épict. m1, 18, 26 : vüv à pévov rà Aoyäpia nai nhëov oddE év, cf. Ench. 1, 3 (cités par Bauer).

Maldonat avait déjà fait remarquer dans la Bible ces additions d'apparence négative qui confirment la proposition principale en insistant, et cité Is. xxx1x, 4 : omnia quae sunt in domo mea viderunt, non fuit res quam non ostenderim eis, et Jer. xLu, 4 : omne verbum quodcumque responderit mihi, indicabo vobis, nec celabo vos quidquam.

Il n'y à donc pas d’argument philologique qui contraigne à y ajouter à yéyovev, la question de la coupure doit être tranchée par d'autres motifs. D'autre part à yéyowev ajouté à oùèè £v, loin d'être une tautologie, donne un sens excellent. On n'oserait dire avec Chrys. que Jo. a voulu mettre hors de cause la personne du Saint-Esprit; c'est trop spécialiser. Mais il serait très naturel qu'après avoir élevé nos regards vers la vie divine, pour redescendre ensuite … vers les choses créées, Jo. ait entendu délimiter rigoureusement ces dernières. Ce qui se passe au sein de Dieu est un mystère; les choses divines sont réservées. Quant à ce qui devient, tout cela devient par le Verbe. L'idée est

___ énoncée d'une façon positive, puis tout doute sur quoi que ce soit (de créé)

est exclu par une formule négative. C'est en cela que consiste la doctrine

du verset, à yéyovev ne faisant qu’expliciter la restriction aux choses créées.

— RAvra indique mieux que rà révre (l'univers) l'origine de chaque chose.

Quel est le rôle du Logos dans la création? à «ërod indique un intermédiaire:

(E Cor. vur, 6; Col. r, 46) ce qui ne veut pas dire un instrument, comme a pensé

d < che à À ane ENT Tux,

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