‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 119 sur 326 · JEAN, TÉMOIN DE LA LUMIÈRE · texte numérisé non relu

JEAN, TÉMOIN DE LA LUMIÈRE

L'évangile commencera, ainsi que les synoptiques, par la déclaration de Jean. Ce sera très expressément le témoignage de Jean (v. 19). Jo. a cru devoir l’annoncer dans le Prologue, au moment où il va développer l’action historique du Verbe, identifié avec la lumière. Assurément il y a là un point de départ nouveau, mais ce n'est pas une raison pour ÿ voir une glose. Le v. 19 suppose manifestement les vv. 6-8, et le v.9 qui pourrait se souder au v. 5 s’y rattache mieux par l'intermédiaire du v. 6 qui inaugure les faits terrestres sans métaphore.

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6) éyévsro est placé après les lignes du début, précisément comme dans Mec. 1, 4 et Le. 1, 5, pour indiquer le commencement d’une histoire. Il y a une opposition entre %v (6 fois dans 1-4), l'être permanent, et ëyévero, le devenir, mais non pas précisément comme au v. 2 où le monde devient par le Verbe, comme si Jean en était distinct par le fait de n'être qu’une simple créature. C'est plutôt qu'à un temps indéfini, plus conforme à la nature éternelle du Verbe, succède une intervention dans l’histoire. Jean advint, et c'était un envoyé de la part de Dieu; àzeoraluévos indique une qualité, plutôt qu'une action, car il ne se relie pas à ëêyévero comme si les deux mots étaient un équivalent de dreorén. — Le nom de Jean complète la physionomie humaine de cel envoyé de Dieu, envoyé après tant d’autres. Mais sa mission était trop spéciale pour que Jo. l'ait qualifié simplement de prophète. D'autre part il a évité de lui attribuer un rôle distinct et personnel en rappelant son surnom de Baptiste.

Quoique ce nom de Jean ait été très répandu, on ne pouvait se tromper sur cette personnalité.

— La formule ëvoux adr® ’lwéwnspeut passer pour sémitique (Burney), mais elle est grecque aussi; cf. Oxyrh. m1, 465, 12 ëvoua ad êoruw Ne6s (Deb. $ 144).

7) Entendu dans l’ordre physique, ce v. serait encore plus étonnant que le v. 5. La lumière a en elle-même son évidence. À quoi servirait un témoignage sur la lumière? A moins qu'on ne suppose un témoin placé à l'entrée de la caverne de Platon, ce qui n’est pas indiqué. La lumière est donc ici une clarté spirituelle, le Verbe vérité que les hommes n’ont pas compris. Il faut désormais qu'ils croient en lui, et il convient qu'il ait un témoin.

Cette notion du témoin, une des idées maïtresses de Jo., apparaît ici pour la première fois. u«prupéw signifie proprement affirmer ce qu'on à vu pour fixer la conviction des autres, spécialement des juges dans un procès, d’où le sens large d’attester, c’est-à-dire d'affirmer une conviction, et le sens spécial de rendre justice à quelqu'un, plus précisément d'obliger à lui rendre justice. L'attestation est le sens normal dans l'Islam, et comme sa formule propre : « j'atteste que Dieu est Dieu », etc.; dans Épictète (1, 29, 47-49.56: it, 22, 86; iv, 8, 32), le juste par sa conduite rend témoignage à Dieu, il est son témoin, il le justifie des reproches élevés contre sa Providence. Mais ici « témoigner » a sa valeur primitive. La lumière sera voilée, le Verbe apparaîtra sous une forme étrangère. Jean est celui qui sait, et qui témoigne, de façon que par lui (&v aèroë) les autres puissent croire. Comment Jean a-t-il été informé, cela sera expliqué plus tard. En progrès sur éyévero (v. 6) qui ne précisait pas le rôle de Jean, 4\0ev le montre s’avançant pour un témoignage, à savoir celui qu'il : devait rendre à la lumière. C’est sa raison d'être historique.

rävres indique bien que le témoignage de Jean avait une portée universelle :

61 y eut un homme, envoyé de Dieu, son nom était Jean; 7il vint pour [le] témvignage, afin de rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. 8Non qu'il fût, lui, la lumière, mais afin qu'il rendit témoignage à la lumière. ? C'était la vraie lumière, —

pour ceux qui l’ont entendu d’abord, puis pour ceux auxquels ses paroles ont été transmises d'une manière sûre. ILétait difficile d'élever plus haut le rôle de Jean dans l’économie du salut. Mais il allait de soi que d’autres seraient associés à cette fonction de témoins, que l’évangéliste revendiquera pour lui-même (v. 44).

8) Cette insistance étonne, et Île v. a presque l'air d’une répétition. On convient que Jo. n’a nullement l'intention de rabaisser Jean dont l'attitude vis-à-vis de Jésus est si profondément humble. Il ne semble pas non plus qu’il ait voulu brider les prétentions d’une secte qui se réclamait de Jean (Baldensperger), ni même la sourde opposition des Juifs tendant à opposer Jean à Jésus (Bauer). Il est plus vraisemblable que Jo. suit son dessein très arrêté de mettre Jésus dans une situation tout à fait inaccessible aux autres spécialement dans une autre sphère que Jean (ef. 1, 15.49-27.29-34; ui, 26-36; v, 33-36; x, 40 5.). Jean n’est pas {a lumière, et il ne semble même pas qu'il soit une lumière.

Il n’y a.en présence que la lumière et celui qui lui rend témoignage, qui sera

qualifié de lampe (v, 35), ou de support pour la lumière. — ëxivos est un peu atténué, comme il arrive dans do. (Deb. $ 291, 6), pour désigner la même ersonne que oros (1). — GAÀ va est une tournure elliptique. Il ne faut sous-

entendre ni 4v, ni 4\0:v, mais « cela est arrivé »; c’est ainsi que Mc. xiv, 49 à été développé par Mt. xxvi, 56 roûro ôë Boy yéyovsv (va. La même ellipse Jo. 1x, 3; x, 48; xv, 25; I Jo. 1, 19. Dans notre verset on pourrait supposer un texte araméen de signifiant : il était « celui qui » devait rendre témoignage, et que ce

de a été pris pour une conjonction (Burney); mais les autres cas cités ne com-

portent pas celte explication, et ils sont sur le même type.

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