XXIV INTRODUCTION
Nous tenons comme eux le séjour de Jean en Asie. Mais ce n’est pas le
point décisif. Nous ne disons pas : le quatrième évangile estl’œuvre de Jean, fils de Zébédée, parce qu'il a été écrit à Éphèse et que l'apôtre a séjourné à Éphèse (1), mais simplement : toutes les églises ont accepté le témoignage que l’auteur s'est rendu à lui-même, et qui lui a été rendu par ceux qui le connaissaient. C'est ce témoignage qu'a recueilli Irénée à son tour, ce n’est point une opinion qui soit venue d’Irénée. Secondairement nous apprenons d'Irénée, du Canon de Muratori, etc. des détails
intéressants sur la composition de l'Évangile, détails qui n’ont pas tous
la même valeur, mais dont l'affirmation traditionnelle ne dépend pas. :
On ne saurait cependant séparer complètement ces deux thèmes sans tomber dans des redites. Nous suivrons donc simplement la tradition dans un ordre chronologique approximatif, sauf à rapprocher certains groupes qui ont été en contact ou en opposilion.
Saint Clément Romain.
On a proposé de ranger l’épitre de saint Clément aux Corinthiens, vers l’an 95, parmi les documents qui auraient subi l'influence de Jo. (2). Le fait serait d’une grande portée pour dater l’évangile. Mais d'abord.les rapprochements ne sont pas concluants. Dans Clém. xLvurr, 4 ce n’est pas le Christ qui est la porte, comme dans Jo. x, 9; ilest dit que, parmi plusieurs portes (avec renvoi antérieur à l'A. T.; cf. Ps. cxvIIx, 19), la porte de la justice est bien celle qu’on possède dans le Christ :
roNGy oùv rukGv dvemyurdv, À Êv dimatooüvn aÜrn Écriv À év yp1ot : l'expression
ne contient pas ce que Jo. a de caractéristique. Clém. xLut, 6 eiç vd doËxo- Over ro Évoua ToÙ dAnGtvod xal puovou [xuplou] ressemble à Jo. x1r, 28 et xvix, 3, mais outre que ces deux passages sont fort éloignés, alors que la ressemblance n'est à noter que par le groupement des deux idées, dans Clém. il s’agit de Moïse et dans Jo. de Jésus-Christ. Dans Clém. zix, 4, il y aune ressemblance avec Jo. xvir, 3, mais l’expression nai cou pour Jésus- Christ n’est pas johannique. S'il y avait dépendance, on devrait conclure critiquement que c’est Jo. qui dépend, car sa formule a quelque chose de
PT EAN
liturgique, et tout le passage de Clém. est une liturgie. Clém. 1x, 2 |
SAXX xabdptoov AR Tov xabapioudv Th cie AAndelaç à de commun avec Jo. xvx, Â7 (dylacov aroÿs év 17 dnele) l'action de la vérité pour purifier et sancti-
fier : mais les deux concepts ne sont pas identiques; la situation dans
Clém. est commune : c’est celle de tous ceux qui se sentent pécheurs:
(1) Dom Chapman (Jon... p. 67) semble croire qu’il conduira ses lecteurs de Jean d'Éphèse à Jean l'Apôtre : Now the fourth Gospel, wether by John the Apostle or not, was cerlainly written in Asia. Je dirais plutôt qu'il est certainement d'un apôtre, lequel ne peut être que Jean, qu’il ait été ou non écrit en Asie proconsulaire.
(2) Calmes, p. 50 ss.
dut A
; L'AUTEUR DU QUATRIÈME ÉVANGILE. XXV
| celle de Jo. est très spéciale. Clém. xuix, À : 6 Éxov dydmnv év pptor® mou odru vù rod ppioroù rapayyékuura répond très bien à Jo. x1v, 15 éùv dyandré pe, | re Evrokke rhç duès rnofoure, mais la meilleure leçon est rnpñoere, nuance différente. Dans tout ce passage Clém. dépend plutôt de Paul (I Cor. xt, 4. 1).
Nous concluons donc que la dépendance de l’un des deux n'est pas très probable, et, si elle l'était, ce serait plutôt une dépendance de Ja part de Jo., ce qui est peu vraisemblable.
Saint Ignace d’Antioche.
Les lettres d'Ignace étant reconnues authentiques, soit qu’elles datent de l'an 107 ou de l’an 445, il est du plus haut intérêt de savoir si elles font allusion au quatrième évangile. Elles ne le nomment pas, cela est certain, mais il est certain qu’elles sont imbues de sa doctrine. La foi en Jésus-Christ et plus encore l'amour de Jésus-Christ sont le foyer de la religion d’Ignace. On ne peut contester sa dépendance de Jo. que si l’on imagine une théologie d'Asie Mineure dont il aurait été l’un des représentants. Alors ses affinités avec Jo. s’expliqueraient par une ambiance dans laquelle Jean lui-même aurait vécu, à laquelle on rattache encore
- J'épitre aux Éphésiens et les Pastorales. Telle est l'opinion de von der Goltz (1), et elle a exercé une influence considérable. Mais si l’on tient avec von Harnack (2) qu’il n’y a pas lieu de rattacher Ignace à une théologie de l'Asie Mineure, qug von der Goltz a construite artificiellement, il ne reste pour expliquer l'accord entre Jo. et Ignace que la dépendance de ce dernier. Préférer le recours à une « école johannique » sans Jo. ce serait substituer une donnée d'imagination au fait très tangible du quatrième évangile (3).
Les textes nous paraissent décisifs. Ce ne sont pas des citations, mais il en résulte qu'ignace avait reçu une impression profonde de la doctrine johannique (4), telle qu’elle est exprimée par Jo.
(1) Ignatius von Antiochien als Christ und Theologe, eine dogmengeschichtliche Untersuchung (dans les Texte und Unters. XII, 3, 1894).
(2) Die Chronologie. p- 397 note de la page précédente.
(3) Soltau, Die Reden des vierten Evangeliums, dans Zn W 1916, p. 49 5. admet Ja dépendance d'Ignace, mais seulement pour les discours! MF Ladeuze (RB. 1907, p. 574 s.) n'a guère exagéré le fait que « les disciples de l'Apôtre, qui reçoivent tous le quatrième évangile, s'en servent à peine » (avant Jrénée). Ce fait, en particulier le défaut d’allusion dans Polycarpe, serait inexplicable si l’évangile était sorti d’un milieu saturé de certaines doctrines ; on comprend beaucoup mieux que l'influence personnelle de Jean par son évangile ne s’est établie que peu à peu dans un milieu où les évangiles synoptiques faisaient loi. Polycarpe emploie huit passages de Mt., etc. Nous verrons les anciens de Papias fort occupés de Jo., mais comme des disciples.
(4) Sanday, The crilicism of the fourth Gospel, p. 242 : But I do not think there
mt, 8 vo nvedua Gnou Oéher mvei, .… AN oùx olduç mobev dpperat al mod
| Érayer.
v, 19 Où Sdvarar 6 uios moteiv CT Eauro où0év, êdv un ru BhéTn rov marépa TOLODVTE. ne 10 6 d marho êv êot ee pévov motei rù Épya arod.
XV, 5 xwplc où où QUvaole moteiv
Rs roùdev. 23
VI, 27 épyateade ph Tv Boüouv vhv &rokuuévnv… 33 6 yhp Gpros 105 Oecd D4 6
TpOywY pou Tv odpxx xaÙ mivwy pou
2 J > SD EOTIV Ô XATAORIVEV EX TQU OUPavou. ..
rù aix.
XVII, 1, 4 Ô Métis: :
ëxetvos êE rariontee … VIII, 29 xa 6 réu-
6 épavéowsd ou To ôvoua.…
1, 18 uovoyevns Gens.
Yac ue pet’ uoD Éctuv.. y TX dpeota aÙTé) Tout Tvrore.