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sité de chercher ailleurs. Ce n’est pas la Memra qui a dù suggérer le Verbe personnel, mais le choix du mot répond dans les deux cas à la même suggestion
biblique. Pour désigner Dieu parlant aux hommes, se montrant à eux, les rab-
bins dirent : la Parole. Pour exprimer cette personne divine qu'était le Christ révélateur, rien ne valait : la Parole. Et il est très naturel que Jo. qui connaissait le sens de la « gloire » et de l’« habitation », et qui s’est complu à employer ces termes (1, 14), ait vu aussi un certain avantage à employer un terme connu en Palestine comme un équivalent de Dieu : Voluit ergo Ioannes accommodate ad usuwm loqui; voluit intelligi (Mald.).
Le même souci ne devait-il pas le disposer à faire aussi des avances aux Gentils, ou du moins aux Juifs parlant grec, à supposer que leurs conceptions n'aient pas eu d'influence sur lui? On peut examiner diverses hypothèses. Celle des purs philosophes n'offre guère de probabilité. L'auteur a pu entendre dire que les philosophes grecs parlaient volontiers du logos. Mais une impression aussi vague ne pouvait le déterminer à employer le même terme qu'eux. Il fallait savoir ce qu’ils entendaient par Logos, se rendre compte de l’enchaînement de
leurs conceptions; Héraclite n'avait plus de disciples directs, du moins dans l'opinion moyenne, et son Logos n'était qu'une loi inflexible. Les Stoïciens seuls comptaient, ils étaient la philosophie. Philon a bien essayé de transformer leur Logos, mais cela se voit; il n’y a pas dans Jo. la moindre trace de cette ‘intention.
Mais le judaïsme alexandrin n’a-t-il pas servi d'intermédiaire? C'est encore une opinion courante dans la critique. Le R. P. Lebreton (Les origines. p. 591) opine qu'on peut : « avec la plus grande probabilité, attribuer au terme &e logos une origine alexandrine ». Dans sa première édition (p. 454) M. Loisy écrivait : « L'influence des idées philoniennes sur Jean n'est pas contestable. » Aujourd’hui (p. 88) : « IL n’est pas autrement probable que l’évangile johannique dépende littérairement des écrits philoniens. »
Il faudrait d’abord déterminer ce que l'on entend par une origine alexandrine. Un écrivain peut subir l'influence d'un autre en lui empruntant des éléments qu'il adapte à sa doctrine, soit tels qu'ils sont, soit en les modifiant quelque peu. Mais il se peut aussi que son propre système naisse dans son esprit en prenant conscience des défauts d'un autre système, et s’il lui arrive encore d'emprunter un terme,.ce sera pour lui donner une valeur toute différente. Dans ce dernier cas on parlerait plus exactement d'opposition que d'influence, quoiqu'il y ait encore un certain enchainement dans la genèse des idées.
A prendre la question sous cet aspect tout à fait vague, elle n'est guère susceptible de solution sans témoignages positifs, el elle est assez oiseuse. Nous pourrions nous résigner à ne savoir jamais si Jean a vaguement entendu parler du système philonien, s’il s’est dit qu'il y aurait avantage à lui emprunter le mot de Logos, sauf à lui donner un sens différent, même à le contredire.
Ce qui au contraire est possible, et important, c'est de confronter les deux systèmes et de juger de leurs points de contact et de leurs différences. Le point de contact entre Jo. et Philon est le rôle considérable du Logos. à
Dans Philon, le Logos est la raison de Dieu, mais aussi sa parole. Il est l'intermédiaire de la création du monde, étant l'image intelligible de Dieu, qui s'en est servi pour créer le monde sensible. Il est le révélateur et l'illuminateur des
hommes, le canal et le distributeur des grâces, même leur nourriture et leur breuvage spirituel. Il est l'intercesseur pour les hommes, et les amène au repentir, après quoi il ménage leur réconciliation; enfin il est fils de Dieu et comme tel peut être l’objet du culte des imparfaits (cf. RB., juillet, 14923).
Il faut reconnaître que l’ensemble de ces traits ressemble étonnamment au portrait de Jésus dans Jean. Mais il faut cependant en venir à déterminer de plus près la pensée de Philon. Son logos est-il seulement un attribut de Dieu, de sorte qu'il soit en somme Dieu lui-même? Car on ne saurait songer à en faire une pure abstraction. Tous les offices qui lui sont assignés deviendraient - des fonctions divines, détaillées dans l'intérêt de notre intelligence, dramatisées
par une personnification pour émouvoir notre sentiment. Si Jo. avait entendu parler d’un logos philonien de cette sorte, il ne pouvait employer le même terme qu'en lui donnant un sens très différent, car ce qu’il cherchait c'était le nom propre d’une personne divine distincte, qui avait apparu dans la chair, ensuite d’une union très étroite qui répugnait absolument à tout le système de Philon.
Si au contraire, et nous sommes persuadé que c’est le cas, Philon a parlé pour dire quelque chose, et a délibérément introduit dans la religion un être intermédiaire distinct, dont il dit très nettement qu'il n’est pas Dicu, il a commis la
plus caractérisée des hérésies, une véritable apostasie du judaïsme, inconsciemment peut-être, mais avec des conséquences inévitables. C’est pourquoi la question de la personnalité ou de l’individualité du Logos n’est point affaire de mot, mais problème fondamental dans l’ordre religieux. C’est toute la religion monothéiste qui est ébranlée s’il existe entre Dieu et le monde, entre l’âme et Dieu, un pareil intermédiaire, dont la fonction est bien de conduire à Dieu, mais qui peut cependant demeurer le terme des aspirations religieuses moyennes. Supposons que Jo. ait perçu ce sens du philonisme, il est bien assuré que, à l'instar de tous les Juifs palestiniens et sans doute de la majorité des Alexandrins, il aura eu horreur de cette conception bâtarde. La transformer en donnant au Logos le rang divin, ce n'était plus une simple adaptation d philonisme. :
Ainsi la différence fondamentale entre Philon et Jo., c'est que le premier hésite soit à attribuer la divinité au Logos, ce qu'il pourrait faire sans inconvénient s'il ne le distinguait pas de Dieu, soit à le distinguer nettement, sauf à lui refuser la nature divine. Il penche cependant manifestement vers le second parti, et par conséquent ce qui donne au Logos de Jo. son caractère spécial c’est de maintenir la divinité de J.-C., Fils de Dieu distinct de son Père, et cependant une même chose, c’est-à-dire un même Dieu avec lui. Mais sa doctrine Jo. la possédait, d'après les déclarations de Jésus, dans la foi de l'Église, sans le terme de Logos : eût-elle été mieux établie, eùt-elle eu plus d'éléments de succès par emprunt à Philon d’un terme qui signifiait autre chose dans ses propres écrits? Le risque d’une contamination était évidemment plus grand que les chances de la propagande.
De plus, ce qu'on néglige trop souvent dans des analyses d'ailleurs soignées, i} faut comparer l'esprit même de Philon dans le choix de son Logos et celui qui pouvait animer Jo.
Pour Philon, le Logos, qui est raison pour les Grecs, est la maîtresse pièce de son œuvre, l'outil indispensable. Il entend prouver aux esprits cultivés d’Alexan-
Le la Loi, parole du Dieu d'Israël, avec la raison, telle que l'ont mise en lumière les meilleures têtes de l’hellénisme : le Logos est le terme rêvé pour cette équation qui dépouille en somme la révélation de ses prérogatives, et remplace la
foi à la parole de Dieu par l'adhésion de l'esprit aux principes de la raison naturelle.
Jo. avait-il besoin du Logos pour cela? Son but est d'obtenir la foi en la parole
de Dieu, parole prononcée par celui qui est vraiment la Parole de Dieu, et qui
est en même temps le terme de l’adoration aussi bien queson Père. Tout l’écha-
faudage philonien croulait par terre. L'évangéliste aurait-il eu recours à ce méprisable artifice de suggérer aux Grecs que le Verbe de Dieu c'était précisément cette raison dont ils faisaient tant de cas? On n’en était pas encore au moment où il parut souhaitable, comme il est en effet, de montrer que la foi west pas contraire à la droite raison, et qu’elle peut l'employer à son service, sans cesser d’être l'adhésion de l'intelligence au Dieu révélateur. - Concluons donc que si Jo. a employé le terme de Logos, ce n'est pas parce - qu'il avait cours — au titre de fausse monnaie; — ni pour s'approprier les avantages d’une conception qu'il rejetait dans son ensemble, mais simplement parce
… Père dans l'unité d’une nature spirituelle (cf. Introd. p. CLxxx ss.). Donc si l’on tient à serrer le problème de près, il faut surtout insister sur le « littérairement » de la deuxième manière de M. Loisy. Nier toute espèce de suggestion alexandrine serait téméraire, d'autant que par la Sagesse c’est bien une influence alexandrine qui s’exercait. Mais je ne puis prendre sur moi d’admettre une influence directe. Un lecteur de Philon, subissant tant soit peu son attrait, eût pu s'empêcher de faire à son tour le philosophe. Si tout cet étalage, véritable bric-à-brae philosophico-religieux lui déplaisait, — il est si étranger à Vâme de Jean! — il n’eût pas cru faire merveille en Jui prenant quelque chose,
voire dans le dessein de Faméliorer. Cette prétendue mystique sublime, qui risquait de rompre le rapport immédiat de l’âme avec Dieu sous prétexte de les
rapprocher par un « pont », n’a rien fourni à cette page qui met en contact, bien plus, en union, le Verbe intelligence et la chair. Celui qui a tracé en une page la solution divine de la médiation, unissant à Dieu les âmes de bonne volonté, parce qu’une personne qui est Dieu a pris la nature humaine, n'avait
rien à emprunter à Philon. Le nom de Logos donné à cette personne ne vient pas non plus de chez lui, puisqu'il n’est pas pris dans le même sens, et qu'il n'y à aucune trace qu'il lui ait été dérobé dans un instinct de polémique. En disant
É que le Logos est Dieu, Jo. ne contredit pas directement Philon, dont la pensée n'était pas nette. Tout au plus en insistant sur le Fils monogène a-t-il paru
protester contre Philon qui donnait à Dieu deux fils, le monde intelligible et le monde sensible, mais y a-t-il pensé? Philon est très célèbre parmi nous, parce que ses Œuvres nous sont parvenues, mais son influence fut sans doute plus grande au sein du christianisme que parmi ses coreligionnaires et de son temps.
Après cela il est sans doute inutile de demander si Jo. n’aurait pas été influencé -par l’Hermès mythologique. Ce n’est même pas le cas pour Philon, car alors
e que la religion juive, qui leur paraît bizarre et peu rationnelle, n’est autre | chose que l'expression figurée de la droite raison. Il faut donc établir l'identité
que c'était le terme le mieux choisi pour exprimer les rapports du Fils avec le
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