‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 128 sur 326 · JEAN EST PROVOQUÉ PAR LES JUIFS À RENDRE TÉMOIGNAGE A JÉSUS · texte numérisé non relu

JEAN EST PROVOQUÉ PAR LES JUIFS À RENDRE TÉMOIGNAGE A JÉSUS

49) Kat pourrait passer pour le début d’une histoire à la manière des livres bibliques, mais aÿrn est une allusion à 1, 15. Ce n’est pas ici un nouveau témoignage, c'est l'exposé historique de ce qui avait figuré dans le prologue à l'état absolu. Un temps déterminé est indiqué maintenant par 8e, dans une circonstance donnée. — Aussitôt apparaissent les Juifs. À raisonner histori- .quement, il n’y avait qu’un pouvoir central qui représentât la nation à Jérusalem, et c'était le Sanhédrin, que plusieurs exégètes mettent en scène. Mais Jo. n'entre pas dans ce détail, et nous n'avons pas à changer la physionomie PSE de son texte. Pour lui ce sont les Juifs, c’est-à-dire la nation incarnée dans ST ses chefs qui se dressent devant la figure du Christ, non point encore comme Ver des opposants acharnés, mais déjà comme des enquêteurs qui se croient le droit de juger sur tout mouvement d'apparence messianique (cf. Introd. p. cxxx1s.).

AE voici quel fut le témoignage de Jean, lorsque les Juifs envoyèrent vers lui, de Jérusalem, des prêtres et des lévites, pour lui

demander : « Qui es-tu? » Et il reconnut, et ne nia pas, et il recon-

nut : « Ce n’est pas moi qui suis Le Christ. » Et ils lui demandèrent : « Quoi donc? tu es Élie? » Et il dit : « Je ne le suis pas. »

On délègue des prêtres et des lévites. Le choix des prêtres s'explique par leur autorité officielle. On peut justifier la présence des Lévites par les risques du voyage (Zahn), les Lévites constituant la police du Temple (ScHürer, Ges-

chichte… 4e éd. 11, p. 328 ss.). Mais c’est là encore une précision qui n’est pas

dans la manière de Jo. : il a simplement associé les Lévites aux prêtres pour compléter l'organisme sacré du culte. En fait il est tout naturel que les prêtres se soient fait accompagner par cette sorte de domesticité supérieure, pour organiser les étapes, le logement, etc.

La démarche des Juifs se comprend très bien; on serait même tenté de la placer auparavant. Aussitôt que Jean a pris sur lui d'attirer les foules, de les amener à un rite bien connu, mais qui ne se pratiquait pas en masses, de présenter ce rite comme une préparation à l'intervention divine, le Sacerdoce et les autres chefs spirituels et temporels des Juifs ont dù s'émouvoir. De tout agitateur on pouvait se demander s’il ne se donnait pas comme Messie. L’agitation est censée connue, ce qui donne son vrai sens à la question : qui es-tu? Il eût paru naïf de demander : es-tu le Messie? peu sympathique d’insinuer : {e donnes-tu pour le Messie? C’est exactement ainsi que les Athéniens, étonnés du rôle que se donne Socrate, lui demandent (dans Épictète, III, 1, 22) où oùv rl et; Origène a noté la circonspection (rd ed\a6é) des prêtres.

20) Jean comprend très bien qu'on ne lui demande pas son état civil, et répond à la pensée des interrogateurs. La formule positive et négative n'est point rare : Eur. El. 1057 onui at oùx Gpvobuat, Jos. Ant. VI, vi, 4 Exoÿkos dè aduety Opoldyer nai Thy duaptiay oùx Hpveito, résumant les Septante; l’insistance qui ramène opokéynsev est dans la manière un peu diffuse de Jo. — Mais tyw qui ne reparaît pas dans les deux autres réponses a sa valeur; simple insinuation très légère : si ce n’est pas moi c’est donc un autre. É

21) Au lieu de suivre Jean sur cette voie, les envoyés officiels qui ont une mission précise, continuent leur interrogatoire dans le même sens, mais l'éclat avait été tel, le Messie était tellement à l'horizon, qu'ils ne croient pas se tromper en demandant à Jean s’il n’est pas Élie, que l’on attendait comme le précurseur de la restauration. C’est ainsi que le Siracide (xzvur, 10 s.) expliquait l’oracle de Malachie (x, 23 s.; cf. Le Messianisme.. p. 210), si bien que Jésus a expliqué à ses disciples après la Transfiguration que le Baptiste avait joué le rôle d'Élie (Mc. 1x, 14-13; Mt. xvu, 10-12). Mais les Juifs attendaient Élie en personne, revenu sur la terre pour révéler et oindre le Messie (Jusrix, Dial. VIII). On s'étonne qu'ils aient pu supposer que Jean était Elie, surtout lorsqu'on a lu dans Luc l'histoire de sa naissance, de ses parents, etc. Mais comme Jean avait vécu ensuite dans le désert, qu'il avait apparu aux bords du Jourdain avec le costume d'Élie (Comm. Mc. 1, 6), et avec les mêmes

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paroles enflammées, le même zèle, on ne savait que penser. Il n’est pas interdit d'imaginer que la question a été posée avec un pli sceptique des lèvres, d'autant que Jean répond assez sèchement à la question d'identité. Quant à l'analogie de son rôle avec la fonction esquissée par Malachie, elle n'est ni soulignée, ni évitée par Jo., la question n'ayant pas été soulevée à ce moment, comme le prouve l'attitude des disciples dans les synoptiques (Mt. xvir, 10; Mc. 1x, 11).

— Troisième question relative au prophète. Moïse avait dit : « Tahvé, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères, un prophète tel que moi; vous l’écouterez » (Dt. xvir, 45). Il était très naturel que cet oracle fût appliqué au Christ Jésus, révélateur et prophète (Act. mr, 22; vi, 37; cf. Mc. 1x, 7), d'autant que la prophétie étant muette depuis longtemps, sans avoir produit personne d'aussi grand que Moïse, l'espérance avait grandi en se projetant dans l'avenir. Quelques-uns attendaient donc « le » prophète, soit qu'ils y vissent une manière de désigner le Christ (vr, 14), ou quelque grande figure de son temps (vir, 40 s.). La question est donc plausible, quoique le rabbinisme n'ait pas interprété le texte de Dt. xvnr, 15 dans le sens d’une unité exceptionnelle. On peut dire que les anciens (sauf Origène et Jérôme) ont excédé en n’y voyant que le Christ, inais il serait non moins inexact de l'exclure de cette promesse qui touche omnes prophetas veteris Testamenti non excluso Christo (Hummelauer ad h. 1.).

— vi oùv; comme Rom. mt, 9; vi, 15, etc. en grec plus souvent rl oùy àd; Jean entend probablement « le » prophète dans un sens équivalent à Messie; d'où sa réponse. Les Pères ont célébré à l’envi la modestie et l’humilité du Précurseur, qui refuse même les noms d'Élie et de prophète, qu'il eût pu interpréter en sa faveur. L'énergie de son caractère apparaît aussi dans ces réponses précises, de plus en plus courtes. Il semble même qu’il y perce une certaine fierté sinon ombrageuse, du moins réservée. Avec leur politesse affectant de le prendre pour une très grande figure, les Prêtres ont dû lui paraître peu sincères. Ce n'était pas le moyen de tirer quelque chose de lui. Les envoyés l'ont compris.

22) Aussi désormais, sans quitter un ton courtois, et alléguant l'autorité qui les envoie comme une excuse pour leur indiscrétion, et aussi comme une autorité à laquelle Jean doit se rendre, ils reprennent la première question en lui donnant une application plus directe à sa personne; ils l’estiment assez

___pour ne vouloir s’en rapporter qu’à lui.

23) Mais qu'importe à Jean sa propre personne, qui s'efface devant la mission qu'il remplit? I! répond par l’oracle d'Isaïe (xr, 3), déjà cité par les synoptiques en leur nom, mais combien plus émouvant dans la bouche de Jean lui-même!

Tandis que Me. (r, 3), Mt. (ur, 3), Le. (mt, 4) citent tout le verset exactement

« Es-tu Le Prophète? » Et il répondit : « Non. » #1Ils lui dirent donc : « Qui es-tu? afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés; que dis-tu de toi-même? » #11 dit : «Je suis [a voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. » ?*Et l’on avait envoyé des Pharisiens. # Et ils l’interrogèrent et lui dirent : « Pourquoi donc baptisestu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le prophète? » % Jean leur

dans les mêmes termes, Jo. ne cite que la première partie, et remplace Eroruésate par ed0vare, ce qui est moins conforme à l’hébreu, mais qui le dispense d'ajouter avec les synoptiques : e00elac roueîre tùs Tpl6ous adroÿ. Cette condensation a pu se faire aussi bien d’après le grec que d’après l’hébreu. La coupure qui

lie év r7 épÂuuw à Bovros et non à ce qui suit (contre l’hébreu) est d’ailleurs plus .

naturelle dans la bouche de Jean qui parle au désert que sous la plume des synoptiques alléguant un texte dans un ouvrage écrit. — Le renvoi à Isaïe est bien attribué à Jean par Jo., mais peut être du fait de ce dernier. Entre Jean et les prêtres de Jérusalem il n’était pas besoin d’une allégation précise.

2%) La leçon émeorakuévor sans article est la mieux attestée (HTS V d’après x BCLA bo. sah., contre Loisy); avec l’article il serait évident que la délégation est la même, et c’est peut-être pour cela qu'il a été ajouté. Mais le défaut d'article ne prouve pas que les Pharisiens soient venus après les prêtres. Zahn le soutient : sinon Jo. aurait dû nommer les Pharisiens dès le début, et de plus le Sanhédrin n'aurait pas envoyé des Pharisiens, d'autant qu'ils étaient très peu nombreux parmi les prêtres. Mais la conversation est manifestement la même, sans aucun indice d'interruption. Le Sanhédrin n’a pas été nommé, et il y avait des prêtres Pharisiens, comme celui du papyrus 840 d'Oxyrhynque (RB. 1908, 538 ss.). Les Pharisiens sont nommés sans beaucoup d’art au moment où ils interviennent (cf. Introd. p. xcrv). Les prêtres se sont montrés polis; ils ont insisté pour avoir une réponse; l'ayant obtenue, leur rôle est terminé, Mais voici les Pharisiens, avec leur caractère agressif. Origène a même pensé que les prêtres avaienf approuvé le baptème comme un rite convenable pour préparer les voies du Seigneur : les Pharisiens, ceux qui sont séparés, font opposition et obstruction. — Le sens n'est pas que la délégation avait été envoyée par les Pharisiens, il faudrait rapé et non ëx, mais que quelques Pharisiens étaient parmi les envoyés, ce qui est du style de Jo., cf. vir, 40; xvr, 47; I Jo. 4; Apoc. 1, 10 (Field).

25) Ceux qui interrogent n'ignorent pas la réponse du v. 23; sans la discuter, ils estiment que cet office de prédicateur n'autorise pas Jean à baptiser, surtout avec cet éclat. Nous n’avons aucune indication que le Messie ou Élie aït dû être investi de cette mission spéciale, et l'intention des Pharisiens n’est pas de la leur réserver. Quoi que fasse l'envoyé de Dieu, on n’a pas à lui demander de comptes s’il ouvre une voie nouvelle de salut; mais toi? 6

36 s.). La réponse de Jo. n’est pas directe, mais elle résout l’objection : je ne dépasse pas mon rôle, car je ne baptise que dans l’eau, rite déjà pratiqué,

38 ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, I, 28 Rs

Barritw ëv dar pécos buüv orne ôv bpets oùx oldate, ?1èxiow pou Eoyouevos, 0 oùx elpt Eyo détos va Abow abroÿ Tèv ipdvræ Toù drodhuaros. Toura ëv Bnôavix Eyévere mépay roù ‘Iopèdvou, 6rou hv ’Tuévyns Barrlov. 29 Tÿ émabprov BAémer rdv ‘Inoodv épyémevoy

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