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suit est interprété le plus souvent, surtout depuis Luther, comme une indication
du rôle du Messie, agneau destiné à être immolé pour le salut du monde, pour
enlever les péchés en les prenant sur soi (Kn., Schanz, Belser, etc.). Get agneau est, ou bien l'agneau des sacrifices du Temple, ou bien l'agneau pascal, ou bien
une figure du serviteur de Tahvé dans Isaïe (cr, 7), semblable à l'agneau | à la boucherie (Jér. x1, 19). Il y a d’ailleurs plus d'accord sur le sens messia- :
nique expiatoire que sur l’image et le rôle de l'agneau. — Cette interpréta— tion souffre de graves difficultés. Il n’y aurait pas un inconvénient absolu à.
attribuer à Jean une appréciation du messianisme de Jésus si supérieure à » celle de Pierre, même après sa Confession de Césarée de Philippe. Mais il fau- . drait admettre que, entre sa première prédication et ce moment, l'idéal messianique du Baptiste a bien changé, puisqu'il regardait surtout le Messie comme | un Juge qui vient nettoyer son aire (Mt. 11, 12; Le. ur, 47). De plus on s’expli- |
querait mal l'ambassade du Baptiste (Mt. xr, 2-6; Le. vu, 48-23), et tout le
monde n'est pas disposé à dire avec Belser qu'il s’est plaint que Jésus n'ait pas %Æ
encore nourri les Juifs de manne. Aussi il est admis comme démontré par la
critique indépendante que Jo. prête ici à Jean sa propre conception du rôle du
Messie, figuré par l'agneau pascal. Maldonat semble avoir préludé, quoique
prudemment, à une explication de ce genre : Proprium inter evangelistas Ioanni & est, ut Christum agnum appellet.… (suivent les exemples nombreux de l’Apoca- = lypse). Habet vocabula quaedam Ioannes, quibus delectatur. Jo. aurait donc fait |
dire à Jean ce que la Passion du Christ avait appris aux chrétiens. Le seul moyen d'éviter cette conséquence, c'est de renoncer à une exégèse qui n’est pas traditionnelle. Augustin ne voit ici aucune allusion au Messie souf-.
frant, mais seulement à l'innocence de l'agneau : qui non assumpsit de nostra :
massa peccatum, ipse est qui tollif nostrum peccatum. La spécialisation au péché originel vient de l’obsession d’Augustin à cette époque, mais l’idée générale est très juste, c’est celle de Thomas d’abord : peccatum nullum fecit, sed venit peccatum tollere. Chrysostome : « celui qui est assez pur pour effacer les péchés des. autres n’est sûrement pas venu pour confesser (ses propres) péchés ». Il y a là un tact très juste. Jean n’est pas dans une chaire occupé à expliquer et à combiner des textes. Il baptise, et tout le monde confesse plus ou moins bruyamment ses péchés (Me. 1, 5; Mt. 11, 6). Cependant il sait très bien qu'il ne baptise que dans l’eau. Le baptême provoque des dispositions dont Dieu tiendra compte, mais ce n’est pas encore le remède efficace qui fait disparaître le péché.
Dans cette foule, Jésus apparaît comme un agneau innocent, et c’est lui, Lui, qui doit enlever le péché! Le sens de aïow n’est pas douteux : c'est enlever, et non prendre sur soi. Irénée et Cyprien lisaient qui auferet, la préface pascale dit encore : qui abstulit. C’est le sens de I Jo. 1, 5, avec un contexte tout à
gneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. # C’est lui dont j'ai dit: derrière moi vient un homme qui a passé devant moi, car il était avant moi. #!Et pour moi, je ne le connaissais pas; mais c'est pour
fait semblable. Cette idée correspond très bien aux espérances messianiques d'alors. Le roi attendu serait pur de tout péché, et son rôle serait de faire disparaître le péché (Ps.-Sal. xvrr, 41, 21 ss.), sans qu'il soit nullement question d’expiation. Cette intelligence da rôle du Messie est en harmonie avec l'idéal de celui qui nettoie son aire (Mt. 1, 42, Le. 111, 47), de sorte qu'il n'y a pas d'opposition entre Jo. et les synoptiques. !
Une pareille explication, conforme à la méthode historique, et on peut dire traditionnelle, ne doit pas céder à l'exégèse de Luther, trop fortement impres- sionnée par des concepts pauliniens qu’elte antidate. Il ne faut pas non plus mettre les deux interprétations bout à bout comme on le voit dans Loisy : «cette déduction même [fondée sur les anciens textes] à été provoquée par la notion mystique du dieu souffrant et victime salutaire » (p. 419), et aussitôt après : « L’Agneau chasse le péché sans que le péché l'ait seulement touché » (p. 120). C'est ce second point qui est juste. Il n'est même pas nécessaire de dire que Jo. a prêté au. Baptiste cet agneau d’une innocence divine ; car l’agneau était bien un symbole du juste parmi les pécheurs : xai oi Botot Tod Peod de Govix év axaxig êv pédw aTüv (Ps.-Sal. vin, 28), ce qui était bien la situation de Jésus au baptème. Aussi bien les partisans du sens expiatoire ne s'entendent pas : Zahn ne veut rien savoir d’Isaïe, ni Schanz de l'agneau pascal, et en effet aucun texte ancien ne rend compte de l’image. Les agneaux immolés dans les sacrifices étaient surtout célèbres par le sacrifice bi-quotidien (Ex. xxx, 38) qui n'était pas expiatoire. Pour l'agneau pascal, son sang avait arrêté l’ange exterminateur, il avait sauvé les Israélites, mais il n'avait pas un rapport direct avec le péché même quand il fut cité comme type du Christ (E Cor. v, 7; cf. Jo. xx, 36). Quant au texte d'Isaïe, il est saisissant pour nous, mais une allusion si brève et si vague eût-elle été comprise? Encore n'est-elle en situation que si l’Agneau prend sur lui les péchés, ce qui n'est pas dit. Noter le participe aipwv, pour une action qui n’est pas commencée, mais qui caractérise une personne, et roÿ xdouov, ce n'est pas seulement Israël, mais le monde dont le péché doit être enlevé, quoique, à vrai dire, l'opposition soit plutôt entre Dieu et le monde pécheur qu'entre Israël et le reste du monde.
30) Cette déclaration est la même pour sa première partie que celle du v. 27, mais avec une raison que Jean n'avait pas donnée aux Pharisiens, et que Jo. avait déjà fait figurer dans le témoignage succinct du prologue, v. 43;idilya évie en plus, amené peut-être par la présence humaine de Jésus. Jean déclare donc que dès à présent, quoique les apparences paraissent contraires, Jésus à passé devant lui, du droit de sa préexistence.
31) Une affirmation aussi extraordinaire devait être justifiée, car Jésus n'avait encore rien fait au dehors qui la motivât. Aussi Jean se réfère à une révélation spéciale. xæyc oùx, « moi non plus »; l'ignorance générale se comprend, et Jean n'avait pas non plus cette connaissance tout à fait extraordinaire dont il vient
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