‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 148 sur 326 · twv ovpavwy (T) plutôt que rov eu (HSV · texte numérisé non relu

twv ovpavwy (T) plutôt que rov eu (HSV

un faiseur de prodiges pouvait être un séducteur, contre lequel la Loi mettait en garde (Dt. xui, 2), car il n’en était que plus dangereux. Il fallait savoir si la doctrine de Jésus était conforme à l’enseignement des docteurs, ou si elle n’était pas nouvelle et émancipée. Selon le mot célèbre de Pascal : « Les miracles discernent la doctrine, et la doctrine discerne les miracles » (Pensées). Nicodème, qui avait peut-être appréhendé des nouveautés, ne précise pas son état d'esprit; timide avec Jésus comme envers les Juifs, il se contente d’un exorde insinuant, laissant à l’envoyé de Dieu le soin de pénétrer sa pensée. A tout prendre les miracles de Jésus à Jérusalem — sur lesquels nous ne sommes pas informés en détail, — étaient de telle nature que le doigt de Dieu y paraissait. C'était même l'opinion de son groupe (otôxuev). On espérait l'avènement du règne de Dieu, mais quel moyen proposait le jeune maitre? Telle est du moins la question tacite à laquelle Jésus répond. Elle ne ressemble que de loin à la queslion du jeune homme de Mt. (xx, 16; cf. Me. x, 17; Le. xvur, 18), beaucoup plus spontané, assez ingénu et bien disposé pour demander ce qu'il avait à faire pour acquérir la vie éternelle.

3-15. La renaissance dans l'Esprit et le salut par le fils de l'homme.

3) Jésus répond solennellement, en indiquant le moyen indispensable pour atteindre le seul but nécessaire, le royaume de Dieu. Avec ietv, on pourrait penser au règne de Dieu sur la terre, mais eiseA0etv (5) indique le royaume, et l'on voit ensuite (15) que ce royaume est la vie éternelle. Il est exact de dire que « le royaume de Dieu est intérieur aux croyants » (Loisy); mais seulement comme un gage de la vie éternelle. Comment le voir? La réponse dépend en partie du sens d'ävw0ev, mais seulement quant au sens précis du mot, var une naissance d’en haut est nécessairement une nouvelle naissance, et une nouvelle naissance n’a de prix que si elle vient d'en haut. De sorte que « d'en haut » c'est-à-dire de Dieu est l’idée principale qui devait être exprimée, tandis que la régénération en découlerait tout naturellement. ävw0ey pourrait signifier «de nouveau », c’est le sens des latins, des coptes, des syriens (WY47 TD, da capo, derechef), sauf syr.-hiér. (65, d'en haut). On notera que les Syriens ont dû choisir, et l’on ne saurait assigner un mot araméen qui aurait les deux sens, de sorte qu’en araméen Jésus aurait opté, mais la réponse de Nicodème tiendrait dans les deux cas. — De la signification « à partir d'en haut » est

de Dieu comme docteur, car personne ne peut faire les miracles que tu fais si Dieu n’est avec lui. » 3 Jésus répondit et lui dit : « En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne nait pas d’en haut, ne peut voir le royaume de Dieu. » {Nicodème lui dit : « Comment un homme peut-il naître, étant vieux? Peut-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître? » 5 Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité je te le dis, nul, s’il ne naît de l’eau et de l'esprit, ne

venu « du commencement, de nouveau », sens assez fréquent en grec, et préféré par Justin (1 Apol. zxt) : &v un avayewmnôñre, Tert. (de Baptismo, xunr), Clém. AL. (Cohort. IX, 82), aujourd'hui Zahn. Origène qui a reconnu ce sens, préfère celui de üÿw0ev, «venant d’en haut », c’est-à-dire du ciel (éd. Preuschen, p. 510); de même Chrys. Cyrille d’AIl., Thomas, qui recourt au grec; de nos jours Calmes, Loisy, Schanz, etc. Ce dernier sens n'est pas douteux car c’est celui de Jo. ailleurs (1, 31; x1x, 41. 23) et le contexte n’y est pas contraire, car il n’est pas nécessaire que Nicodème ait compris ce sens. Naïître d'en haut, c’est devenir fils de Dieu, comme Jo. l’a déjà dit (r, 12), et loin que cette idée soit nouvelle, elle a été exprimée par Mt. v, 45, texte qu'Origène a déjà signalé rw yévnode viot roû ratpoç buüv. Il y a cependant une grande différence entre l'exhortation morale de Jésus dans Mt. et la naissance qu'il propose ici.

4) Nicodème comprend vraisemblablement que Jésus a parlé de naître de nouveau. S'il avait entendu « une naissance d'en haut », il eut été sur la voie d’une action divine, d'un sens spirituel, auquel en fait il ne songe pas. Qu'on parle de pénitence, soit; cela peut aller jusqu'à changer sa vie, à devenir comme un enfant (Mc. x, 15; Mt. xvim, 3). Mais la recommencer, naître de nouveau, c’est impossible. Choqué d’une réponse qu'il eût voulu plus digne de lui, il donne à son objection la forme la plus réaliste, par l'image ridicule d'un vieillard qui retournerait dans le sein de sa mère. La double interrogation marque de la vivacité, et l’absurdité manifeste de l'hypothèse accuse un dédain qui lui vaudra la réplique accentuée du v. 10. On ne peut d’ailleurs rien conclure de là sur l’âge de Nicodème; ce sont ses dignités qui indiquent un âge avancé.

5) Jésus reprend son affirmation, mais il remplace le mot ä&vwlev, mal compris de Nicodème, par une explication de la naissance en question : elle doit résulter de l’eau et de l'esprit, c'est-à-dire du baptême, dont il sera le créateur.

C’est le fondement de l'institution chrétienne, et non seulement les synoptiques ont attribué à Jésus le baptème en esprit, mais ils ont fait annoncer par Jean que telle serait sa mission (Mt. ur, 14, Mc. 1, 8; EC. ut, 16); Jo. ayant indiqué non moins clairement que l’action de l'Esprit n'excluait pas la réalité du baptême (1, 33). Telle était la prédication officielle du Baptiste, que Nicodème pouvait connaître. La nécessité de ce baptême pour entrer dans le royaume de Dieu est enseignée dans la finale de Me. xvi, 16, et supposée par Mt. xxvur, 19. Le commandement solennel donné aux disciples par Jésus en les quittant est

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