‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 149 sur 326 · RE · texte numérisé non relu

RE

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— Nous avons déjà noté siosetv au lieu de @eiv (v. 3). Avec T. nous préférons

+üv oùoexv&y soulenu par les Pères anciens à +05 005% (HSV), qui doit être une

harmonisation avec le v. 3. En disant royaume du ciel, Jésus remplace pour ainsi dire &vw0ey pour marquer l’origine céleste du baptême, et il emploie une expression plus connue des Juifs (cf. Comm. Mt. p. 46 ss.), double concession

pour aider Nicodème (cf. Zahn).

6) Jésus ne prétend pas qu’il n’y ait dans l'homme que de la chair, même selon l’ordre de la nature, et cela n'est pas en question; il distingue deux sortes de naissances, l'une selon la chair, qui donne la vie corporelle péris-

sable, selon le sens que les Hébreux donnaient au mot de chair surtout en tant qu'opposée à l'esprit (Gen. vr, 3; Ps. Lvr, 5; Lxxvint, 39; Job. x, 4; Is. xxx, 3).

Mais Dieu pouvait communiquer son Esprit, spécialement pour rendre l'homme

meilleur (Is. xt, 10 ss.; Ps. LI, 13; Dan. 1v, 5. 6. 45; v, 11), et c'est ce que-

Jésus nomme ici une naissance par l'esprit, qui doit aboutir à une vie spirituelle. Un israélite ne risquait pas d'admettre une absolue identité de celui qui devient esprit avec l'Esprit divin. Uneallusion à la création du monde {Gen. 1, 2), né de l’eau et de l'esprit par la vertu de la parole divine (Zoisy) n'est indiquée par rien. — Faut-il envisager ici la chair au sens paulinien comme un principe mauvais? Alors on serait tenté de faire du v. 6 l'explication du précédent : le: baptème en esprit est nécessaire pour entrer dans le royaume de Dieu parce qu’il efface le péché, représenté par la chair. Rien de plus juste en soi, mais la rémission des péchés n'est pas envisagée directement ici. L'esprit donne droit au royaume par lui-même, et ce droit la chair ne Fa pas. Il serait également déplacé de tirer de ce texte des conclusions sur la pasSivité ou sur l’activité de: l'homme dans la naissance par l'esprit; il faut seulement reconnaître qu'elle est l'œuvre de Dieu. Ex

7) Gette remarque, d’après Loisy, est destinée à maintenir au discours l’apparence d'une conversalion, mais elle dérange l'économie de la première strophe. — On ne voit pas au contraire pourquoi le v. 8 aurait expliqué que l'esprit est

réel, quoique invisible, si Nicodème n'avait manifesté — cette fois par un simple

jeu de physionomie ou par un geste, — qu'il n’était toujours pas convaincu. Jésus lui dit de ne pas s'étonner, et il lui fournit une analogie tirée des choses. sensibles. Les hellénistes enseignent que px avec l'impératif présent se dit pour: protester contre une chose commencée, comme dans Jo. n, 16; v, 14. 28. 45:

vi, 20. 43; xix, 21; xx, 17. 27, tandis que ui avec le subj. aoriste prévient une-

chose qu'on veut empêcher. C’est le seul cas dans Jo., il faut donc qu'il ait voulu indiquer que Jésus coupe court à une interruption de Nicodème; cf. »} Gogvérisns (PLaToN, Apologie, 20 E) avant qu'on ait fait du bruit, et pà Bopvñeite (4. L. 21 A) après (De Jackson, cité par Moulion, Prol. p. 122). — Après les

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= l'application de la prédiction du Baptiste, que Jésus commente ici à Nicodème.

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Re ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, Il, 8. 77.

peut entrer dans le royaume des cieux. Ce qui est né de la chair, est chair, et ce qui est né de l'esprit est esprit. Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : Il vous faut naître d’en haut. $Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix: mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va,

explications déjà données, ävwdey devait nécessairement signifier « d'en haut ». 8) Pour donner l’idée d’une force très agissante, quoique invisible, on pourrait aujourd'hui citer l’électricité ou la télégraphie sans fil, etc. Jésus s’en tient au mot esprit qui, en hébreu comme en grec, avait originairement le sens de souffle, vent. C’est une petite parabole, dont l'application se fait comme souvent (Mt. xux, 40, etc.) par oÿtws. Aucun moderne n’en doute. Maldonat n’a pas osé le conclure franchement à cause de l'autorité des Pères, surtout de saint Augustin, quoique Thomas ait laissé voir clairement sa préférence pour l'opinion de Chrysostome, lequel à bien vu que le vent avait été choisi comme intermédiaire entre la matière et l'immatériel. C'était déjà pour cela que les stoïciens nommaient rveèpe le principe actif du monde. Jésus prèle au vent une certaine personnalité : a) il va où il veut; b) on entend le bruit qu'il fait sans le voir; cf. Sir. xvi, 21; €) on ne sait ni d’où il vient, ni où it va. Aug. a objecté contre le sens de vent, que du vent on sait très bien s’il vient du sud ou du nord; mais cette difficulté a été réduite par Thomas. Quand on voit passer un voyageur, on voit bien quelle direction il suit; mais sait-on son point d’origine et l'endroit où il se rend? Après la description des propriétés du vent, l'application: Ce n’est pas : « ainsi en est-il de l'Esprit. » Mais : « ainsi en est-il de celui qui est né de l'Esprit. » Zahn note avec raison yeyswmuévos, « celui qui est né » et désormais en possession de tout ce que comporte sa naissance, et non pas yevvpsevos, celui qui naît. Mais il comprend : ainsi en est-il de l'Esprit pour celui qui est né de l'Esprit; de cette manière : a) l'Esprit étant libre, il n’y a qu’à le laisser faire ; b) celui qui l’a reçu entend sa voix; c) mais il ne sait d’où il vient ni où il va. Je croirais plutôt que le sens est : ainsi en est-il au regard des autres de celui qui est né de l'Esprit. Sans pouvoir atteindre l'Esprit lui-même, on reconnaît en cet homme sa présence, précisément parce qu’il participe à l'Esprit, lequel est donc bien comparé au vent, d'une comparaison nécessaire et sousjacente. L'Esprit de Dieu agit en toute liberté, il fait retentir sa voix quand il parle aux prophètes, mais on ne peut pénétrer ses desseins : « Il passe près de moi, et je ne le vois pas; il s'éloigne sans que je l’aperçoive » (Job. 1x, LE Celui qui est né de l'Esprit jouit donc aussi de la liberté intérieure; on entend par lui la voix de l'Esprit; on ne sait quels sont les desseins que Dieu lui a inspirés, et où il le mène, mais si l'Esprit demeure invisible, son action n’en est pas moins certaine et révèle sa présence. — Le raisonnement est analogue à celui de Socrate (Xéx. Memor. IV, In, 14) qui, pour apprendre à ne pas mépriser les choses invisibles cite plusieurs exemples des « serviteurs des dieux » comme le tonnerre et les vents : Kat veut adro pèv oùy épüvrat, à dE

motobor pavepè Miv ÉaTt, zai TpootbvTwy ATV aisdavéuela (Logos spermaticos,

Bauer).

Nicodème n’est donc pas autorisé à douter de la naissance par l'Esprit, et

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2 11 pm meù drayer oÙTWS ÉGTLY ra d YEYEYVAMÉVOS EX TOÙ TVEUMEOTES. arerp{0n Nuxbènuos nai etre abro Ils évarar raïra yevécha; 10 Se ’Tnooûs xot ere abro ZDb el 6 dudonahos Toù Topañh nai Taëra où YLVWOHELS ; Û

2 [x € We Many œuhy Aéyo go bre à clèauev hahoïpey al 0 ÉWPALALEY pLapTur

, A] pobpev, xat Thy pLapruplav fudv où Aapfavere. lei Tù ëméyerx elrov duty

encore moins les Juifs de l’origine de Jésus, dont ils devraient savoir d’où il vient (vu, 28; 1x, 30), et qui cependant ne savent ni d'où il vient, ni où il va (vin, 44).

9) Le docteur ne se rend pas. Il voit bien maintenant que Jésus ne parle pas d’une naissance naturelle; mais tout ce qu'il expose (taxa) n’en est pas moins obscur; il reprend donc pour ce nouveau thème le rs divarar du v. 4.

10) L'article devant dtdésxahos ne pose pas Nicodème comme le maître d'{sraël par excellence; l'éloge serait excessif ou la moquerie trop vive. Pour un sens atténué on cite Mart. Polyc. x, 2 6 ts ‘Actas ddéoradkos et Ps.-Clém.Hom. v, 18 de Socrate : 6 ts ‘EX 4Dos Diddaxalos, mais dans ces deux cas le nom est pris très au sérieux, quant aux chrétiens et quant aux Grecs. fl semble donc plutôt que l'article distingue Nicodème de son interlocuteur. De nous deux, répond le Sauveur, c’est toi qui es le maître d'Israël, une autorité pour alléguer et interpréter la tradition, ce que Jésus ne prétendait pas faire. Il y a incontestablement une pointe d'ironie, que Nicodème s’est attirée en affectant de ne rien comprendre, comme si on lui proposait une doctrine absolument nouvelle et déroutante pour un maître comme lui. Or s’il y avait dans les paroles de Jésus un mot nouveau, la naissance d’en haut, ou de l'Esprit, c'était au fond la doctrine même de l’Esprit que Nicodème ne pouvait ignorer (Loisy). Lui était-il tellement difficile de concevoir une rénovation par l'Esprit qui pût être comparée à une nouvelle naissance, puisqu'il l’entendait ainsi? Il avait dû lire Ez. xx, 49 s.; xxxv, 26 s. : « Je vous donnerai un cœur nouveau, j'ôterai de votre chair le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair; je mettrai au-dedans de vous mon Esprit», promesse dont on eût pu dire aussi : comment cela se peut-il faire? cf. Ps. 11, 13. C'est l'Esprit de Dieu qui avait parlé par les prophètes, lesquels faisaient donc entendre sa voix, et on savait que la plus large effusion de l'Esprit devait être le signal du salut : Is. xiv, 3; rx, 21; Joël mx, 1. Aussi bien les Juifs se sont approprié l'idée d'une naissance nouvelle par le baptême et la circoncision. Dans le traité Tebamoth 622, le prosélyte devenu israélite est comme un enfant nouveau-né, et même celui qui suit l'impulsion d’un esprit pur pour entrer dans la voie de la perfection est comme un enfant né aujourd’hui (Wäünsche, Neue Beiträge.. p. 506) : on ne saurait affirmer que cela se disait au temps de Nicodème, mais cela est sûrement sorti de l’enseignement traditionnel. Toutefois ce n'est dans le judaïsme qu'une comparaison, parce qu’il ne dispose pas de la réalité spirituelle dont parle Jésus.

11) L’intention de Jo. est manifestement de placer ces mots dans la bouche de Jésus, comme tout ce qui suit jusqu’au v. 15 inclus; dans ses épitres il ne dit pas pv uv, affirmation solennelle réservée à Jésus, et au v. 44 la Passion est encore à venir. On objecte la ressemblance du début avec I Jo. 1, 3 0 Ewpéxapev xai

Ainsi en est-il de quiconque est né de l'esprit. » °Nicodème répondit et lui dit : « Comment cela peut-il se faire? » 10 Jésus répondit et lui dit : « Tu es le docteur d'Israël, et tu ignores cela? !!En vérité, en vérité, je te dis que nous parlons de ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu, et vous n’acceptez pas notre témoignage. (Si je vous ai dit les choses

&xnxéauev où il parle pour son compte (cf. Jo. 1, 14 xai éeacdueôa), et en effet cette manière de dire a pu influencer les termes de notre verset. On objecte encore, avec plus de raison, le pluriel otè«uev, car on reconnaît que Jésus n’emploie pas ailleurs le pluriel de majesté, et ici il ne fait pas groupe avec ses disciples, qui ne sont pas encore associés à son enseignement. Zahn soutient après d’autres protestants conservateurs que « nous » s'entend du Sauveur et du Baptiste. Mais comment Nicodème l’aurait-il deviné? Cette fois, à ne pas comprendre, il eût été dans son droit. Les Pères unissaient à Jésus soit le Père, soit le Père et le Saint-Esprit. Mais on voit par la suite que Jésus insiste sur son propre témoignage. Quand il fait appel au témoignage de Jeanet de son Père il le dit (v, 32 ss.). Au surplus, rien n'empêche d'admettre ici un pluriel figuré, oïdauev, pour répondre à ofèaev dé Nicodème (v. 2). D'autant que Jésus revient au singulier dès le v. suivant. Jo. a donc voulu que cette conclusion de l'entretien débutât avec une certaine solennité. Nicodème et son groupe — .puisqu’il s’est présenté comme parlant au nom de plusieurs — doivent accepter les affirmations de Jésus, même s'ils ne les comprennent pas, parce qu'il parle de ce qu'il sait, et témoigne de ce qu'il a vu. Or ils ne veulent pas accepter ce témoignage. On ne nie pas que cette expression ait pu être colorée par l’expérience de Jo., constatant l'attitude négative des docteurs, mais Jésus en avait un avant-goût dans la difficulté à croire de Nicodème, l'intellectuel hésitant. — Il n’est pas sûr que Éwpérauey soit un crescendo par rapport à oldauey quant à. l'objet, comme si la vision devait s'entendre spécialement de la vision du Fils

dans le sein du Père (1, 18; 11, 32; vi, 46; vin, 383; XVI, 5, Schanz, etc.). Le crescendo est plutôt dans la certitude selon la manière ordinaire de parler : témoigner de ce que l'on a vu offre plus de garantie que parler de ce que l’on sait. Thomas attribue la science à l'humanité, la vision à la divinité; mais ce n’est pas le sens naturel et immédiat du texte,

12) Jésus fait allusion à ce qu'il vient de dire, et cette fois au singülier (eixov) à propos d'un fait particulier, et non plus de la doctrine en général. Il dit cependant dpiv, pour ne pas changer complètement sa manière, d'autant que Nicodème en représente d’autres. — La pensée rappelle celle de Sap. 1x, 16 : « Nous avons peine à apprécier par conjectures ce qui est sur la terre... qui a poussé ses investigations jusque dans le ciel? » L'opposition des éxlysux et des érouvpévæ est dans saint Paul (I Cor. xv, 40; Phil. n, 10) mais seulement à propos des objets en eux-mêmes, tandis qu'ici il s’agit des choses comme objet de connaissance. D'autre part le Christ n'a rien enseigné sur la nature physique des choses, même en ce qu'il a dit du vent en parlant comme tout le monde, et son enseignement portant toujours sur les choses divines, pourquoi cette distinction?

80 ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, Il, 13.

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