‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 15 sur 326 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

la tradition circulant de bouche en bouche, lorsqu'elle lui paraissait assez sûre pour reproduire les paroles prononcées par la vérité même. Il s’informait donc auprès des anciens (1) :

oùx dxviow dé ao xat Êa mot map TOv mpecburéouwv xxAGS ÉuaÜoY xat xa GS Euvnuéveuca, cuvxaratäibut Tai Épunvelats GuabeGarobmevos bmép adrév &herav… et dé mou xx mapmxohoubnxuc vu Trois mpecbutépois Éldou, robs tüv mpecéurépu &véxpwwov Adyous, ri Avdpéac à tt Iérpos rev À té Piliers À rl Oouäc À “Iéxw6os à se Jodvvns À Marbatos À vis Érepos tüv vod xupiou uodnriv & re ‘Aptotiwv xat 6 npecbrepoc Lodvvns, rod xupiou monta, Aéyouorv.

C'est-à-dire : « Je n’hésiterai pas à faire figurer parmi les interprétations les choses que j'ai quelque jour très bien apprises des anciens, et très bien conservées dans ma mémoire, m'’étant assuré de leur vérité... [il justifie ensuite cette pratique par son goût pour les paroles du Seigneur].. si même il arrivait quelqu'un qui ait été à la suite des anciens, je m'informais des dires des anciens : ce qu'avait dit André, ou Pierre, ou Philippe, ou Thomas, ou Jacques, ou Jean, ou Matthieu, ou quelque autre des disciples du Seigneur, ou ce que disent Aristion et Jean l’ancien (disciples du Seigneur) (2). »

Eusèbe nous a expliqué comment il a compris ces mots. Il a d’abord constaté que Jean est nommé deux fois, une fois parmi les Apôtres de façon à signifier clairement l’évangéliste; une fois dans un rang à part, après Aristion, et avec le nom d’ancien (rpecévrepoc). Il y avait donc deux Jean. Gette différence, dit encore Eusèbe, est accentuée par ce fait que Papias avoue n'avoir connu les dires des Apôtres que par ceux qui les ont suivis, tandis qu'il a entendu lui-même Aristion et Jean l’ancien : ’Aporéwvos à nai rod mpecbutépou ’Lwdvvou aèréxoov Éaurôv gnor yevécôar. — Vraiment nous n’aurions pas conclu du texte ce dernier point. Aussi Eusèbe fortifie son induction : ôvouaort yobv moXkdxts abri pynmovebcaç &v vois adro5 cuyyodu= maoiv Tiünoiv aürév mapaddoes : « du moins il fait souvent mention d'eux par leur nom en plaçant leurs traditions dans ses écrits ». Ce yoüv, même s’il signifie « en effet », nous prouve qu'Eusèbe n'est pas bien certain de son affaire. Si Papias s'est contenté ordinairement de dire : les anciens, tandis qu'il désignait spécialement Aristion ou (Jean) l’ancien, cela prouve bien que ses renseignements à leur égard étaient moins vagues et même assez circonstanciés : cela ne prouve pas qu'il ait été en contact direct avec eux. Ge quil est beaucoup plus important de constater, c’est que, d’après Eusèbe, Aristion et Jean l’ancien n'étaient pas proprement des disciples du Seigneur, qui l’eussent vu et entendu. Autrement il aurait cherché à frénée une mauvaise querelle et l'aurait mal appuyée. Qu'im-

- (1) Nous revenons donc sur l'exégèse du célèbre passage de Papias qui nous a été conservé par Eusèbe : H. E. II, 39, 3-4.

(2) Ces mots mauquent à la version syriaque.

L'AUTEUR DU QUATRIÈME ÉVANGILE. XXXI portait en effet qu’il eût prouvé que Papias n'affirmait pas avoir entendu à parler les Apôtres {ce qui excluait Jean l’évangéliste), s’il avait entendu 4 de ses oreilles des disciples de Jésus au sens propre? On eût pu répondre

au nom d'’Irénée : si Papias était contemporain de véritables disciples, . qui vous assure qu'il n’a pas rencontré l’un des hommes de cette génération qui ont vécu le plus longtemps? Loin de s’exposer à une réplique semblable, Eusèbe se croit plus sûr dè son fait en concédant de Jean l'ancien et d’Aristion ce qu'il nie des Apôtres, parce que les deux premiers appartiennent ainsi à une autre catégorie qui ne peut être qu'une autre génération. Cela ressortait aussi de la nature des renseignements que Papias a recueillis de ces deux personnages : xot duc ë + idla ypag rapaddwouv ’Apiotiwvos roù mpdofev Gednlwuévou Tüv Toù xuplou Adyov dunynoes xu vo mpebvrépou ’Iwévvou mapadses. Les dryñoeis d'Aristion sur les paroles du Seigneur ont bien l’air d’avoir été des commentaires, peut-être par manière de glose narrative ajoutant des détails. De nouveau Jean l'ancien passe après Aristion; il était cité pour ses traditions. Une tradition est une parole qui passe de bouche en bouche : en style rabbinique, Jean était un Tannaïte, un anneau, non le point de départ des récits relatifs au Seigneur. D'ailleurs la seule tradition relatée par Eusèbe est relative à la composition des évangiles de Mc. et de M£., et même aux destinées de l'évangile de Mt. désormais traduit. C’est bien un propos de tannaïte, non de disciple immédiat du Seigneur. Si donc Eusèbe avait peut-être tort de ne pas mettre d'intermédiaires entre Papias et Aristion avec Jean l'ancien, il avait raison de les tenir comme représentants de traditions d'anciens, non de dires apostoliques ou immédiats sur Jésus.

L’exégèse d'Eusèbe sur la distinction de deux Jean a été reprise avec beaucoup de force, spécialement par M. Harnack; elle est admise par la très grande majorité des critiques.

Une autre explication a été proposée, et soutenue doctement et longuement par Zahn (1). Elle consiste à voir les Apôtres dans les anciens. Tout paraît couler de source : Papias a interrogé les Apôtres, et aussi les disciples des Apôtres sur ce que disaient les Apôtres, Pierre, etc., …il a interrogé aussi ces disciples sur ce que disaient Aristion et Jean l’ancien, c’est-à-dire l'Apôtre. Si ces deux derniers sont mis à part, c'est parce qu’ils vivaient encore au moment de l'enquête de Papias : l'équation se fait sur : « Disciples du Seigneur ». Si Aristion et Jean portent ce titre, ils ne sont donc pas des anciens au sens d'Irénée. Papias qui vivait - plus tôt a pu qualifier ainsi les Apôtres. x 3 Dom Chapman (2) a eu le mérite de comprendre que cette confusion des Apôtres et des anciens était intolérable. Mais il refuse de distinguer

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(1) Bardenhewer, Lepin, Camerlynck, etc.

{2) John the Presbyter and the fourth Gospel, Oxford, 1911.

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