‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 152 sur 326 · LE MONDE JUGÉ D'APRÈS SON ATTITUDE ENVERS JÉSUS · texte numérisé non relu

LE MONDE JUGÉ D'APRÈS SON ATTITUDE ENVERS JÉSUS

Ce sont là des réflexions de l’évangéliste, inspirées par l’enseignement donné

à Nicodème, mais aussi par l'attitude que les hommes ont prises envers Jésus, “après son sacrifice. Tandis que le v. 15 envisageaït le résultat de la crucifixion

dans l'avenir, la mort de Jésus est déjà un fait acquis au v. 16. Tout le passage est un commentaire plus étendu de ce que Jo. a dit dans le prologue (1, 41 5.),

en insistant sur le châtiment réservé à ceux qui n'ont pas reçu le Fils mono-

gène. Il est vrai que la plupart des Pères et des Commentateurs catholiques

placent encore ces paroles sur les lèvres de Jésus parce que le v. 16 s'appuie sur le v. 15. Mais il est très naturel que l’évangéliste fasse de ces paroles le thème de ses développements. On objecte aussi la sublimité de cet enseignement, digne du Maître. Mais nous ne prétendons pas que Jo. l'ait inventé; il a dû emprunter à d'autres paroles de Jésus la substance de cette doctrine. Il est seulement très clair qu’elle viendrait trop tôt dans l'entretien avec Nicodème, qui n'a pas entièrement rejeté la doctrine et alors que les Juifs n’ont pas encore rejeté le Christ, et que quelques-uns croyaient en son nom, quoique imparfaitement. Tout le morceau suppose qu’on a pris parti pour ou contre. Jésus l’a prévu, a dû dire qu'il en serait ainsi, mais ces choses dites au passé à ce moment sont?lus vraisemblables comme une constatation de l'évangéliste.

On pourrait aussi noter que le style est plus franchement johannique, avec le

Lie Pi CS,

I6Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné [son] Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il

ait la vie éternelle. ‘Car Dieu n’a pas envoyé [son] Fils dans le

povoyevis (cf. Introd. p. cœxxIx). La troisième personne figure déjà au v. 15 en parlant du Christ, mais ce qui frappe ici c’est qu’elle est employée exclusivement, ce qui serait contraire à l'usage de Jésus.

Parmi les commentateurs catholiques, Calmes, Tillmann et Belser font commencer les réflexions de l’évangéliste dès le v. 13.

16) yée (explicatif) lie à ce qui précède, mais plutôt logiquement que pour marquer l’unité de la personne qui parle : Oui, Dieu a tant aimé le monde...

yérnosv à l’aoriste, car si Dieu aime toujours ses créatures, il en est venu cepen-

dant à un acte d'amour extraordinaire par où les choses célestes se sont mêlées

à celles de la terre (cf. xur, 4; Rom. vu, 37); c’est la pensée de Rom. v, 8 et de I Jo. 1v, 10 adros Wyérnoev Aus zut drésscev rôv viby abro LAuouov repl Tüv Apapriëy juôv. I n'est pas douteux en effet que #wxey doit s'entendre non de l’Incarnation (Zahn), mais de l'abandon du Fils à la mort à laquelle le v. 15 a fait allusion (Schanz, Bauer, Loïsy, Calmes après Mald., etc.). Zahn qui attribue ce discours à Jésus est d’ailleurs plus logique que Schanz, [car Zdwxey suppose la mort déjà acquise. On pourrait dans d'autres cas parler d’un décret de Dieu déjà escompté, mais cela ne serait pas naturel ici où les deux aoristes se présentent comme l'exécution découlant d'un sentiment déjà en acte. En effet si Gote signifie la simple dépendance du second verbe par rapport au premier, le

second verbe se met à l'infinitif; si le second verbe est à un temps fini, spécia-

lement à l'indicatif, c'est que la conséquence est présentée comme ayant réellement eu lieu, à propos d’un événement réel dans un temps déterminé. Ge sont les termes de Kuhn.-Gerth M, 2, p. 512. Or il est d'autant plus probable que Jo. n'a pas mis l'indicatif sans raison que c’est le seul cas du N. T. avec Gal. ur, 13 (cf. Blass-Deb. $ 391, 2; Radermacher, p. 160); la variante 6t pour Gore est une traduction qui accuse ce sens. Le fils monogène (cf. sur 1, 14) a donc été donné au monde, tandis que dans les synoptiques Jésus se disait envoyé à Israël (ME. xv, 24); c'est augmenter la divergence entre Jo. et les synoptiques que de faire parler Jésus de cette façon. — Tout dépendra de la foi comme l'indiquait le v. 15, déjà dans le style de l'évangéliste parlant pour son compte. Le terme ou l’objet de la foi est indiqué, sls adcéy (variante dans v. 15). — ph axékntat marque le risque où chacun était de périr : le don est donc rédempteur, pour sauver le monde du péché, seul motif authentique de l'Incarnation. — äXké « mais » que, comme Jésus vient de le dire, celui qui croit ait la vie éternelle. Bauer relève l'opposition entre la perte qui se passe en un moment (aoriste), et la possession permanente (Ë{n présent) de la vie.

17) Donne la raison de ce qui précède en manière d'explication.

Lorsque nous considérons le Christ comme juge, c'est pour prononcer au dernier jour sur les bons et les méchants (ME. xxv, 31-46). Ce n’est pas de cela que parle Jo. IL n’a pas non plus refusé au Christ le droit de juger (v, 22- 30); mais ici il envisage uniquement le rôle du Fils de Dieu sur la terre. Il n’est

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