om. à: p. o 2° (TH) plutôt que add. (SV
pas venu pour juger, comme on le croyait souvent. Depuis Amos surtout, — sans parler du souvenir du déluge, — Israël attendait avec tremblement le jugement de Dieu, où l’on ne voyait pas une sentence rendue sur les individus, mais des calamités répandues par la colère divine. La visite de Dieu était plus redoutée que désirée. À mesure que l'horizon s’élargissait, on regardait le jugement de Dieu comme un jugement sur le monde (Is. £xvi, 15 s.), et lorsqu'on y méla son envoyé, ce fut comme instrument de ses vengeances. Il suffira de rappeler PAssomption de Moïse, Hénoch, les Sybilles (cf. Le Messianisme… p. 85 s.; 92, passim). La prédication du Baptiste, encore insuffisamment éclairé, avait conservé quelque chose de ces pressentiments de terreur (Mt. 171, 12; Le. 1, 47) avant que Jésus fût venu au baptême. Tel n'était pas le dessein de Dieu qui veut d’abord offrir sincèrement le salut à tout le monde, et c’est pour cela qu'il a envoyé son Fils. Toutes les terreurs eschatologiques sont donc renvoyées à plus tard; elles n'atteindront que ceux qui n'auront pas voulu du salut offert à tous. Bauer cite le mot de Cornutus non pas, comme il dit, sur Hermès-Logos, mais sur le rôle de la parole : où yäp npbs to xauoüv ua Bhdnreuv, aAÂX robs To cwber LEAkOV yéyovev 6 Ayos : c'est-à-dire qu'on doit employer plus souvent le discours pour la défense que pour l'accusation; la ressemblance est purement verbale entre cette réflexion de rhéteur-philosophe et la vérité religieuse proclamée par Jo. Ce sont les croyants qui profiteront du salut, mais le monde lui-même sera sauvé, c'est-à-dire grandement amélioré par leur foi, et soustrait, si les hommes voulaient, aux jugements de Dieu.
48) Mais si le Fils n’est pas venu pour rompre les reins des forts, briser les dents des pécheurs, etc., les droits de la justice ne sont pas abolis. A défaut d'une sentence extérieure de condamuation, le discernement se fera au-dedans, aboutissant à une condamnation pour ceux qui ne croient pas. Ils sont condamnés pour leur attitude par rapport au Fils unique; le mépris d’un tel don ne comporte aucune excuse. Chacun est donc déjà dans la vie ou dans la mort, ce qui n'exclut pas une manifestation suprême quand tout sera définitif (v, 28 s.). Ceux qui auromt cru au nom du Fils iront à lui, les autres seuls seront jugés, c'est-à-dire que leur séparation de la vie sera constatée. — pà rerioteuxev après ét. serait une faute d’après l'usage des classiques (cf. I Jo. v, 40, avec où correc-
tement), mais la langue allait préférant uw comme plus énergique (Blass-Deb. $ 428,5).
ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, Ill, 19-24. 89
monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. {8Celui qui croit en lui n’est point jugé. Celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. {Or voici en quoi consiste le jugement : c’est que la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal haïit la lumière, etne vient pas à la lumière, afin que ses œuvres ne soient pas connues pour ce qu’elles valent; ?mais celui
49-21. L'horizon est encore étendu à tout le monde, puisqu'il ne s’agit pas des Juifs seulement, mais des hommes. Cependant ceux qui ne croient pas sont bien du type pharisien : il existait aussi chez les gentils parmi les docteurs de: morale. Si Jo. regarde la hitrarchie juive comme responsable de la faute de la nation, il est probable qu’il reproche le même aveuglement aux maîtres intellectuels de la gentilité. N'oublions pas que cette conclusion suit un entretien avec un grand docteur. <
19) xplsx dans Jo. signifie toujours jugement, et plutôt défavorable. Il vient de dire que le jugement est déjà un fait accompli, sans appareil extérieur. Le sens est donc que la décision se produit automatiquement; il n'y a pas jugement proprement dit, et cependant l'essentiel du jugement est acquis, le discernement, des bons et des mauvais. — Le principe de ce discernement est l'avènement de la lumière mais, comme il a été dit dans le Prologue (1, 5), les ténèbres ne: l'ont pas comprise, c'est-à-dire que les hommes — en plus grand nombre — ont même préféré les ténèbres (1&\ov, potius quam). — La raison? C’est que leurs œuvres étaient mauvaises. Cette raison va être expliquée.
20) La proposition est très générale : c’est bien le fait normal, quoiqu'il y ait des fanfarons du vice, qui s’y livrent surtout pour être vus : praeterea luxuriosi vitam suam esse in sermonibus, dum vivunt, volunt, nam si tacetur, perdere se putantoperam (SÉNÈQUE, Ep. 122, 14). L'immense majorité des hommes n'aime pas à laisser voir ses fautes, pour ne pas encourir le châtiment. Mais il y a ici une nuance indiquée par ëkey0%. Ceux dont parle Jo. n’évitent pas seulement la lumière pour ne pas s’exposer à des reproches, ou au châtiment : ils en ont la haine, parce qu’elle révèle le véritable caractère de leurs œuvres : ëkéyyetv signifie d'abord convaincre. Jl est impossible de ne pas songer à ceux qui préchent l’observance de la Loi ou de la morale et dont la vie ne répond pas à cet idéal. C’est bien ce qui s’est passé dans Israël et ce qui se passait aussi chez les. païens. On sait combien peu les Stoïciens se souciaient de pratiquer leur morale. Ges docteurs, qui seraient qualifiés pour chercher la lumière, n'en veulent pas, parce que la lumière elle-même serait déjà une condamnation en dévoilant le désaccord de leur vie et de leurs doctrines : ils seraient convaincus de fausseté et de mensonge.
21) Au contraire ceux qui font la vérité. La tournure hébraïque (Gen. xxx, 413 xivir, 29; Neh. 1x, 33) signifie montrer de la fidélité. Mais en grec la vérité a son sens bien net. Ici cela doit s'entendre d'après I Jo. 1, 6 d’une
SE " ; ; ten tn y er sx TES = x 90 ÉVANGILE SÉLON SAINT JEAN, 11,022. TRS
où, (va gavepuÿ adro Tù Épya Or év 0e Éctiy cipyacuéve. 2Mer roûra HAey 6 ’Inooës nat oi pafrai adrod eis Thy Toudatay
conduite sincère, qui pratique ce qu'on croit être le vrai. Celui dont la vérité est la règle, va à la lumière qui est la vérité. Il serait en contradiction avec son propre principe s’il allait à la lumière pour être vu et approuvé des autres. On pourrait donc estimer que {va doit s'entendre d'une conséquence; mais ce serait rompre le parallélisme avec {va du v. précédent. Celui-ci à donc le dessein que ses œuvres soient manifestées, mais comme faites en Dieu : ôx, non pas « parce que », mais «en tant que ». La lumière, en éclairant le caractère de ses œuvres, montrera qu’elles ont été faites en Dieu; ce sera pour lui une consolation, une assurance, sans risque de vaine gloire. D’après Loisy (p. 169) : « L'on n’a pas seulement ici la distinction morale des bons et des méchants, mais la distinction théologique des prédestinés et des réprouvés, surtout le dualisme mystique des spirituels et des charnels, respectivement attirés dans la sphère de la force, supérieure ou inférieure, divine ou diabolique, vers laquelle ils sont, en principe, orientés. » — C'est exagérer beaucoup et même imaginer un dualisme, là où Jo. se contente d'indiquer, et très sobrement, le rôle de Ha grâce. De ceux qui font le mal il ne dit point ici qu'ils aient eu un autre mobile que leur propre volonté. Ceux qui font le bien agissent en Dieu, c’est-à-dire en vue de lui, en contact avec lui, comme enveloppés de lui et par conséquent sous son impulsion. Ceux-là vont vers la lumière, c’est-à-dire vers une connaissance plus intime de Dieu : principe fondamental de la mystique chrétienne. Cependant on ne doit pas perdre de vue la situation historique esquissée ici. Parmi les Juifs, que l’entretien avec Nicodème a mis en scène, telle fut bien la sélection. Les faux justes, les hypocrites, ceux dont l'autorité religieuse eût croûlé si l'on eût connu l'insuffisance ou le fâcheux état de leur vie intérieure, n'ont pas cru au Christ,mais bien ceux qui agissaient dans la simplicité de leur cœur. Et de même chez les gentils. Ceux qui ne croient pas au Christ, qu'ils se demandent si leurs œuvres sont faites en Dieu, et une humble confession les amènera à la lumière de la foi; Aug. Quid est, Facis veritatem? Non te palpas, non tibi blandiris, non te adulus; non dicis tustus sum, cum sis iniquus, et incipis facere veritatem.
22-36. DERNIER TÉMOIGNAGE DE JEAN-BAPTISTE. RÉFLEXIONS DE L'ÉVANGÉIISTE.
Comme le morceau précédent, celui-ci se compose de trois parties : une introduction (22-26) ; le témoignage du Baptiste (27-30); les réflexions de l’évangéliste (31-36).
22) Après son séjour à Jérusalem, où il juge les dispositions trop incertaines pour y grouper des disciples sûrs, Jésus ne retourne cependant pas en Galilée, il se dirige vers un point de la Judée qui n’est pas déterminé, si ce n’est par rapport au lieu où se trouvait Jean. Ce dernier étant, comme nous le verrons, dans la vallée du Jourdain à huit milles au sud de Beisan-Scythopolis, il fau-
“drait chercher le lieu du séjour de Jésus notablement plus au sud, probable-
ment sur les bords du Jourdain, aucun autre point d’eau n'étant indiqué. Car Jésus qui était là avec ses disciples, baptisait. (Un seul ms. dans Soden a 64rrifov se rapportant aux disciples.) Cependant plus loin (1v, 2) l’auteur dit expressément que ce n'était pas Jésus qui baptisait, mais ses disciples. En écrivant é64rritey
qui pratique la vérité vient à la lumière, de façon que ses œuvres soient manifestées comme faites en Dieu.
2 Après cela Jésus vint, ainsi que ses disciples, dans le pays de
il a donc voulu dire que Jésus, entouré de ses disciples, leur permettait de baptiser et prenait même la responsabilité de cette démarche, mais nous ne ‘pouvons apprécier la nature de ce baptême sans tenir compte de la restriction expresse qui suivra. Si Jésus lui-même avait baptisé, on pourrait dire qu'il a mis en œuvre le baptême dans l'Esprit; mais dire avec affectation qu'il ne baptisait pas, c’est éviter de donner à ce baptême le caractère du baptême chrétien, en parfaite conformité avec la doctrine de l’évangéliste que l'Esprit me serait donné qu'après le départ du Christ (vir, 39; xvi, 7). C'est d’ailleurs la doctrine de saint Paul que la grâce du baptême vient de la mort du Christ (Rom. vi, 5). Chrysostome est très net : « Si quelqu'un demande ce que le baptème des disciples avait en plus de celui de Jean, nous dirons : rien du tout. Car aucun des deux ne participait à la grâce de l'Esprit-Saint, etrils avaient la même raison de baptiser, amener au Christ ceux qu'ils baptisaient. »
C'était déjà l'opinion de Tertullien dont le texte (de Baptismo, 11) doit être cité, car il est appuyé d'arguments décisifs : itaque tinguebant discipuli eius ut ministri, ut Iohannes antepraecursor, eodem baptismo Iohannis, ne qui alio putet, quia nec exstat alius nisi postea Christi, qui tunc utique a discentibus dari non poterat, utpote nondum adimpleta gloria domini, nec instructa efficacia lavacri per passionem et resurreclionem, quia nec mors nostra dissolvi posset nisi domini passione nec vita restitui sine resurrectione ipsius (éd. Reifferscheid et Wissowa, p. 210). Saint Léon, pape (ep. xvI, 3 aux évêques de Sicile, P. L. LIV, 699) : Le Christ aurait pu instruire ses disciples au sujet de son baptême avant sa résurrection, nisi proprie voluisset intelligi regenerationis graliam ex sua resurrectione -Coepisse.
Maldonat a fort excédé en traitant cette opinion d'erreur, car il n’a fourni aucune bonne raison en faveur d’un baptême dans l'Esprit-Saint. L'autorité de saint Augustin, qui à entrainé les autres, est bien amoindrie ici par son parti pris de trouver dans Jo. la preuve directe de sa thèse contre les Donatistes, que c'est le Christ qui baptise quand son ministre baptise, fût-il indigne. Dire avec Maldonat et Belser que Jésus a dù nécessairement baptiser ses Apôtres, c’est s'appuyer sur ce que nous ne savons pas. Dire avec Tolet qu’on ne peut expliquer autrement la querelle qui suit, c'est s'appuyer sur une conjecture. De toute facon on ne tient pas compte du texte si formel de Jo. vit, 39, et du soin qu’il a de dire que Jésus ne baptisait pas (iv, 2), ce qui est entendu de notre verset même par Aug., Calmes, Beiser, etc.
L'opinion de Chrysostome doit cependant être complétée (Schanz, Kn,., Tillmann).
11 est exagéré de dire que le baptême des disciples ne différait en rien de celui de Jean. Il orientait plus directement vers le Christ, car, on le voit plus Join (1v, 4), ce baptême servait à recruter des disciples à Jésus. Quand les per-
sonnes de bonne volonté venaient à lui, attirées par sa personne, sa doctrine, sa
92 ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, Il, 23.
{ f Qu x 4 ? 4 yhv, na Enei duéroufev per” adrüv nat éfartikev. 23%y Où. xat Iwdvvns ss (à el … \ sx Bartiluy &v Aivoy éyyds Toù Zaiu, ôm Data moNAa ÿv Eucsï, nai Tape- » , à 1 Æ Ke , ‘ sn yivovro nat éBamtilovro Æobro yap fv BebAruévos els Tv quAaxny 724 1 pe > 0.
Judvyne. 25 Eyévero oùv Cârnois Ex Tov palnr@y [wévyou era TouSaiov,