RÉFLEXIONS DE L'ÉVANGÉLISTE
Les raisons d'attribuer ces versets à l'évangéliste sont les mêmes que pour les versets 16-21. Schanz, Kn. et Zahn ont encore refusé de se rendre à cette évidence critique, reconnue par Calmes, Belser, Tillmann. En revanche les critiques radicaux (Bauer, Loisy) ne font guère de différence, et attribuent tout le discours à Jean-Baptiste, car ils voient dans les deux parties une création de Févangéliste. Nous reconnaissons le style de Jo. même dans la première partie, surtout par le trait caractéristique du comble de la joie (29). Mais il nous semble avéré que Jo. n'a pas traité de la même manière les paroles du Baptiste et ses propres réflexions. Les premières ont un accent personnel, à la première personne, et sont en situation. Les autres sont très abstraites et sont beaucoup plutôt parallèles à 16-21, qu’à 27-30. On pourrait remplacer 16-24 par 31-36 et réciproquement ou faire de 31-36 la suite de 16-21. Il serait étrange que Jo. n'ait point vu d'inconvénient à attribuer à Jésus et à Jean des considérations tellement semblables. De plus, dans les deux cas, elles sont au passé, supposant la crise de la foi et de l'incrédulité après la révélation du Fils de Dieu. Il ya donc dans tout ce chapitre une sorte de parallélisme. D'un côté l’hésitation de Nicodème, de l’autre la mauvaise humeur des disciples de Jean; chaque épisode est un symbole de ce qui adviendra plus tard.
31) Jean a eu bien raison de ne pas revendiquer la première place en rivalité avec celui qui vient d'en haut ou du ciel (cf. v. 43), car celui-ci est au-dessus de tous; cf. Act. x, 36; Rom. 1x, 5. Il est clair que &vwbe ici est pour toÿ oboavoÿ ou plutôt prépare ces mots : réytwv est un pluriel masculin, puisque la comparaison va porter sur l’enseignement du Christ et celui des autres. — Mais alors pourquoi celui qui est de la terre serait-il Jean, comme l'entend tout le monde? Si c'était Jean qui parlait, ainsi que pensaient les anciens, on pourrait estimer
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dépose C’est bien là ma joie qui est à son comble. %]1 faut que Lui croisse et que je diminue. »
%1 Celui qui vient d'en haut est au-dessus de tous. Celui qui est de la terre appartient à la terre et parle [à la façon] de la terre. Celui qui vient du ciel témoigne de ce qu’il a vu et entendu, et personne
qu'il s'humilie. Mais si c'est l'évangéliste qui réfléchit sur toute la situation, aurait-il oublié le rang qu'il a donné au Baptiste comme témoin du Fils de Dieu ? Certes ce qu'il vient de dire n’est pas de la terre. On explique que si Jean est le témoin du Christ, c’est par une grâce de Dieu, et non par une résultante de la nature, ce qui est très vrai, mais si c’est comme homme que le Baptiste est inférieur à Jésus, pourquoi ne pas voir ici un homme quelconque, tous lés hommes (Zahn), abstraction faite d’une grâce spéciale, qui était la caractéristique du Baptiste? Jo. se trouve en présence d’un commencement d’incrédulité -dès le début de l’enseignement de Jésus, dans la personne de Nicodème et des disciples de Jean. Ils n'ont donc pas compris, ce que Jean disait assez clairement, mais que l’évangéliste affirme avec plus de netteté et de force, que Jésus est le seul révélateur. Pourquoi? parce qu'ils étaient de la terre. — &v répond au yeyevvauévoy du v. 6, dans le sens de yevôuevos; celui qui est sorti de la terre (Schanz, Calmes, Zahn), qui appartient normalement à la terre (&v, le participe), se montre bien dans sa pratique conforme à cette origine; il ne s'élève pas aux choses d’en haut, et ne parle que dé ce qu'il aime, comme ceux qui sont du monde (I Jo. 1v, 5) opposés à ceux qui sont de Dieu, parmi lesquels était sûrement le Baptiste qu’il avait envoyé! Même opposition entre le Christ et ses contradicteurs (vx, 23). Naturellement le Baptiste, comme homme, est compris parmi les autres, mais la comparaison ne se fait pas directement avec lui comme représentant les hommes; ce sont plutôt ses disciples qui ont amené Jo. à considérer l'opposition entre celui qui ést du ciel et ceux qui sont de Ja terre. — Tischendorf écrit, avec de bonnes autorités (N D, le groupe Ferrar, plusieurs latt. sah. syrcur., mais non sin.) 0 &x toù oùpavoÿ Epyduevos #5 Æuparey 4al Hrouoev uaprupet, C'est-à-dire qu'il omet ëxéve révrwy Eotiv et roüro. Le texte est beaucoup plus satisfaisant; on objécte qu’on a corrigé pour éviter ‘une répétition, mais l'œil a pu se porter du second éoyéuevos au premier.
32) C'est un écho du v. 11, formulé par Jo. qui constate le refus de croire. La réflexion serait étrange dans la bouche du Baptiste en réponse à la plainte de ses disciples que tout lé monde allait après Jésus! — Le mot « personne » atteste l'amertume dont Jo. est animé en présence d’une incrédulité trop générale. Lui-même indiquera des exceptions (v. 36). — Dans I Jo. 1, 3 il y a deux parfaits Éwpéxauey et drnxdauev, les disciples ayant entendu aussi longtemps qu'ils ont vu; dans Act. xxur, 45, comme ici Etipaxze mal frousas. D'où vient cette vision au parfait et-cette audition à l’aoriste? Serait-ce que, voyant toujours Dieu, Jésus entend à certains moments les paroles qu'il doit révéler?
Mais l’explication la plus simple est que la vue a quelque chose de naturellement continu. Platon lui-même a écrit, et avec l'indication du moment précis : rexpaiponar Ex tiv0s Évurviou, à Étbpaxa OAtyoy nodtegoy tabrns tie vuxtds (Crifon I).
98 ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, Ill, 33-34.
paprupia abroë obdels hapfdve. 58 Rafoy abrou rhy papruplay Ecopayuoer ru 6 eds Gnnbñs éoruv. HV Yap dmésrehey à Oedc Ta bipara
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33 s.) Ces deux versets ne forment qu’une phrase : Quod ideo dicit evangelista ut ostendat, eos qui non credunt Deo, veritatem Patris negare (Thomas). Seulement Jo. s'exprime d’une facon positive. Il paraît bien difficile d'entendre le sceau d’une empreinte que les croyants posent sur leur cœur (Thom. 1°, Schanz, Zahn). Ce doit être une simple métaphore. De même qu'on atteste la vérité d’une déclaration en y apposant son sceau, comme on faisait déjà dans l’ancienne Babylonie pour les contrats, de même celui qui accepte le témoignage du Fils affirme la vérité de la parole divine, la véracité de Dieu même, puisque c’est lui qui parle par celui qu’il a envoyé. On ne pouvait rien dire de plus fort contre ceux qui prétendent croire en Dieu sans croire au Christ. En réalité Dieu a parlé par lui, et rejeter cette révélation qui vient de Dieu, c’est supposer que Dieu nous a trompés. Même idée dans I Jo. v, 10; c'est bien le même auteur qui parle. — Il est vrai que Dieu avait envoyé des prophètes, mais ceux-là, quoique dépositaires de sa parole, n'avaient pas vu les choses du ciel, n'étant pas venus du ciel. — La fin du v. est difficile. 6 6eds après 8{wotv ne peut être considéré comme authentique, non plus que les autres additions de la tradition syrienne dans cuwr, Aphraate, Éphrem, qui prouvent seulement son sans-gêne. Bet syrsin. ont omis ro rveëua ; autre preuve d’embarras. Tel que le lisent les critiques, le texte est interprété presque unanimement du don de l'Esprit que le Père fait au Fils, soit de toute éternité par la génération spirituelle (Belser), soit au moment du baptême : on rappelle le texte de l’évangile selon les Hébreux : cum ascendisset dominus de aqua descendit fons omnis spiritus sancti et requievit super eum (cf. RB. 1922, p. 330). Mais pourquoi ne pas indiquer par un complément quelconque le don fait au Fils? Ce qui paraît décisif contre ce sens, c'est que le don du Père au Fils est très clairement indiqué au verset suivant; il y aurait plus qu’une répétition, il y aurait incohérence entre dôwstv el Dédwxe. D'ailleurs cette phrase doit avoir un sens relatif à la mission du Christ (contre Belser), être une raison (yép) de la crédibilité due à ses paroles. — Zahn a supposé que rwdua est le sujet. Entendant le v. 34 de tous les envoyés de Dieu, il motive leur autorité parce que l'esprit donne largement ce qu’il convient de donner. Mais cette parenthèse serait par trop déplacée dans l'argumentation relative au Fils. — La seule voie me paraît être de faire de l’envoyé le sujet de Bldwotv (Origène); dans ce cas un régime indirect est inutile; ce sont tous ceux qui sont en situation de recevoir. L’envoyé de Dieu par excellence donne, distribue l'Esprit sans mesure : tandis que les anciens prophètes n’en disposaient que partiellement. L’Esprit-Saint inspirait les paroles des prophètes; il fallait donc les en croire : combien plus celui qui dispose de toute la vérité inspirée! Le don de l'Esprit était le signe du messianisme; il était naturel qu'il fût dis-
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n'accepte son témoignage. #Celui qui à accepté son témoignage a signé de son sceau que Dieu est véridique. #Car celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, car il ne donne pas l'esprit avec mesure. % Le Père aime le Fils, et il a tout remis dans sa main. % Celui qui croit au Fils a la vie éternc ‘ce; celui qui refuse de croire
au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu reste [suspendue] sur lui.
tribué par le Christ non seulement comme grâce, mais comme doctrine ; l’enseignement devait même précéder pour faire naître la foi. Dans l'A. T. Dieu seul donne l'Esprit; mais le Christ ressuscité le donne aux apôtres (xx, 22). D'après Jo., c’est le Christ qui parle, c'est sa révélation qui se fait entendre, c'est lui qui donne l'Esprit : il en est la source, ce qui est beaucoup plus dans le contexte que s’il le recevait seulement. Origène a très bien expliqué tout cela : Et yüo xa ävdpes aopot Oebv Ecynxdtes EAGAnouv Tà to 0eoù ÉÂuata, aXN odv Ex UÉpous etyov 70 nvedua toù Oeoë Aéyovros: ’ExyeG ard toi nveduatés uou ërl räcav cépra (Joël 11, 28 fur, 1]). 6 dé ye cwthp arostakels Ent r@ tà Éuara Toù 0eod Aaheïy oÙx Ex uécous Üidwor to nveëua. où yap Aaëwv adtôs Étéoous mapéyet, aAN Grootakels &vwley at Endvow révrwv Érépyuv didwoiv adtd, tuypévwv adtoÿ rny (éd. Preuschen, p. 523). Il serait impossible de ramasser mieux tout le passage. De même Cyr. d'Al.
35) Dans l'opinion où le Fils a recu l'Esprit, quel est le contexte? D’après les anciens, après avoir montré dans le Christ le serviteur, Jo. relève la dignité du Fils. Maldonat : Jo. indique la raison pour laquelle le Père a donné l'Esprit. Mais on peut aussi bien dire que le Fils donne l'Esprit parce que le Père a tout remis entre ses mains; il est l'unique dépositaire du salut auprès des hommes. révra ne doit pas s'entendre de la divinité donnée au Verbe par le Père (Aug. Thom. 1°), mais de tout ce qui concerne le salut de l’humanité. Thomas a noté que si on l’entendait de la divinité, l'amour ne serait pas la cause, mais le signe, sans quoi l'Esprit-Saint serait le principe de la génération du Fils. Si referatur autem ad Christum secundum quod homo, sic ly diligit dicit rationem principit, ut dicatur Pater omnia in manu Fili tradidisse, scilicet quae in coelis et quae in terris sunt. C’est donc le sens littéral; cf. xur, 3.
36) En harmonie avec xvii, 2, ce qui est plus naturel si c'est l'évangéliste qui parle et non le Baptiste, Jo. nous dit que ce plein pouvoir donné au Fils incarné a pour objet la vie éternelle en faveur des croyants. La colère est celle que les hommes ont méritée (Rom. 1, 18 ss.) et à laquelle ils ne peuvent échapper qu'en se donnant au Fils par la foi. Ge sont les idées
des vv. 17-18.