TRANSITION
4) oùy est une liaison assez vague qui ne peut se rapporter qu’au fait du concours du peuple auprès de Jésus (nr, 26), objet de la jalousie des disciples de Jean. À leur tour les Pharisiens en prennent ombrage, non comme d'une concurrence à Jean, auquel ils demeurent étrangers, mais parce que toute cette agitation leur déplait. Il faut même supposer que leur mécontentement menaçait Jésus d'une mesure directe, pour expliquer comment il juge à propos de renoncer à son action. Mais le mécontentement des Pharisiens aurait-il été tellement plus prononcé contre Jésus que contre Jean, seulement parce qu'il faisait plus de disciples? Il serait plus naturel, si Jésus s’était prononcé contre leurs purifications. On peut dire aussi que Jean, étant remonté près de Scythopolis, n'était plus dans le territoire de la Judée, mais sous la domination d'Hérode, qui n’eût pas toléré une ingérence étrangère, tandis que les Pharisiens de Jérusalem pouvaient faire agir le procurateur de la Judée. Cette explication serait encore plus décisive si déjà Jean avait été mis en prison : de son côté Hérode a mis fin à l'agitation ; les Pharisiens veulent en faire autant. Il y aurait là entre Jo. et les synoptiques un accord tacite plus frappant qu'une harmonie extérieure, pour parler comme Héraclite; épuovin dpavhs qavepñs xpelrtmv. — Le bruit accueilli par les Pharisiens est reproduit en propres termes, au présent. Il parvient au Seigneur qui savait ce qu'il en était par sa connaissance surnaturelle (mn, 23), mais qui se conduisait aussi suivant les informations normales.
2) À ce bruit, tel que les Pharisiens l'avaient accueilli, Jo. fait une rectification : ce n’est pas Jésus lui-même qui baptisait. On est très tenté de voir là une glose; les mots ont bien cette apparence; mais quel autre que l’évangéliste aurait osé la faire? D'autant que la rectification n’a pas pour but de ramener le bruit à ce qui avait été dit plus haut, mais qu’au contraire elle porte sur ce qu'avait dit l'évangéliste lui-même (in, 22). Il a donc entendu corriger au moment opportun l’idée inexacte qu'on eût pu se faire. Les Pharisiens étaient d'autant moins autorisés à sévir contre Jésus comme Hérode l'avait fait contre Jean, que Jésus ne baptisait pas en personne.
3) Du baptême administré directement ou indirectement il ne sera plus question jusqu'à la promulgation du baptême chrétien (Mt. xxvm, 19; Mc. xvi, 15 s.). C'était une préparation à la prédication du règne de Dieu, car elle
1 Lors donc que le Seigneur eut appris que les Pharisiens avaient oui dire que Jésus faisait et baptisait plus de disciples que Jean, — 2quoique Jésus lui-même ne baptisât pas, mais ses disciples, — 3il quitta la Judée et s’en alla de nouveau en Galilée. “Or il fallait
ya commencer, d’après les synoptiques. Jo. jugeant ce point suffisamment connu
marque seulement le retour de Jésus en Galilée. 4-42. La SAMARITAINE.
La merveille des merveilles. Après l’expulsion des vendeurs du Temple à
Jérusalem, la brève mais saisissante altercation avec les Juifs, l'entretien
nocturne avec Nicodème, dont les doutes ne paraissent pas dissipés, l’évangéliste nous transporte dans les champs de Sichem auprès du puits de Jacob, dans le grand soleil de midi éclairant les moissons blanchissantes. Sur ce sol où flotte le souvenir des patriarches, au pied de cette montagne du Garizim, rivale de la petite colline de Sion, Jésus s'attache au salut d'une femme.
Si le contraste est sensible avec Jérusalem, cependant la suite des idées est bien tracée. Jésus a parlé à Nicodème de la régénération par l'Esprit; un culte en esprit doit être rendu partout. Il a été envoyé dans le monde par l’amour du Père, non pour juger le monde, mais pour le sauver (ur, 17) : et il se révèle en effet comme le Sauveur du monde. Son action chez les Samaritains n’est donc qu'un développement et une application de sa doctrine. Le sens dogmatique est si transparent dans cet épisode, qu’il ne faut pas trop s'étonner qu'on y ait vu un pur symbole, créé par le génie de l’évangéliste. Mais depuis quand est-il interdit au génie de s’appuyer sur la réalité? Pourquoi ne lui emprunterait-il pas les traits qui signifient, qui expriment la vérité?
D'autant que, le mot de symbole prononcé, il faut s'entendre sur son caractère et se garder d’exploiter dans ce sens les détails si naturels du récit. On dit volontiers aujourd’hui que la femme est la personnification des Samaritains,
e prouve par une prétendue allusion aux cinq faux dieux qu'ils ont et on P P P
adorés, devenus les maris de cette femme (1v, 17). Mais outre que cette allusion serait énigmatique, la Samaritaine représente bien plutôt l'âme pécheresse et cependant religieuse en dehors du Judaïsme. La moisson destinée aux Apôtres comprend toute l'humanité, et Jésus est salué comme Sauveur du monde.
Une femme en chair et en os, aussi réelle que les moissons, ne peut-elle avoir servi de type? Nous nous refusons à nier l'existence de la Béatrice de Dante, comme le font quelques critiques allemands, sous prétexte que Béatrice, la Bice tant aimée, est devenue le symbole de la théologie. Quand il faudrait s’y résoudre, on peut affirmer que la Samaritaine est encore plus femme, par sa
manière d'avancer une théologie de surface pour voiler le secret de son cœur,
par la grâce ondoyante de ses manières, par son revirement soudain, parce qu’elle foule aux pieds l'amour-propre, quand elle a subi l’ascendant de l'homme qui lui a révélé sa faiblesse. On a toujours été frappé — on l’est davantage à mesure qu'on connaît mieux le pays et le temps — de la parfaite exactitude des moindres circonstances. :
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102 ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, IV, à.
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