Introduction à l'entretien
La mise en scène, si l’on ose s'exprimer ainsi, est plus détaillée que pour aucun autre enseignement de Jésus : le lieu précis, l'heure du jour, la fatigue d'une marche à pied, l’origine de celle qui vient à la source. Il serait puéril de nier que l’art puisse produire le même effet de réalité que l’histoire vraie. On n'est point obligé de croire que la mise en scène du Phèdre de Platon n’a rien d'inventé. Mais il est clair du moins que Platon connaissait très bien les rives de l'Ilissos, et l'évangéliste le puits de Jacob. Dans un ouvrage comme le
qu'il passät par la Samarie. ‘Il arrive done à une ville de la Samarie, nommée Sychar, près du champ que Jacob avait donné à Joseph
IVe évangile où la littérature tient si peu de place, où l’idée même de créer un cadre pittoresque s'accorderail mal avec la gravité du ton, ces détails révèlent le témoin oculaire.
4) 5e: n'indique pas une volonté divine, mais une convenance personnelle d'itinéraire. La Samarie était le chemin ordinaire des Galiléens allant à Jérusalem, d’après Josèphe (Ant. XX, vi, 4) : #0ç fiv voie l'œhthaiotg v ais Eoprais elç TAY ispkv ré rapayrvouévots 6Deeuv Dix ris Dauapéwy yoopzs Mais l'incident qu'il rapporte aussitôt prouve qu’on courait le danger d'être attaqué. Étant dans la vallée du Jourdain, Jésus aurait très bien pu remonter la vallée et entrer en Galilée par Scythopolis; c'était le plus court. Il s’est déterminé, pour une raison que nous ignorons, à rejoindre la route ordinaire de Jérusalem à Nazareth qui passait comme aujourd’hui par Sichem-Naplouse, en remontant du Ghôr à la crête des plateaux soit par Aqrabeh, soit par l'ou-Far‘à et Be:t-Dedjàn. On ne peut supposer qu'il à constaté le mécontentement des Pharisiens à Jérusalem même, puisqu'il apprit, — donc par un intermédiaire, — que les Pharisiens avaient entendu dire, etc.
5) Jésus arrive dans la région qui avait pris SON nom de la grande cité, de Samarie, devenue alors Sébaste, auprès d'une ville. D'après ce qui suit, les disciples y pénètrent, andis que Jésus va seul s'asseoir auprès du puits de Jacob. Cette ville est nommée Sychar. On ne sait vraiment pas pourquoi saint Jérôme a prétendu (Quaest. in Gen. p. 66, et epist. cvur, 13) que Sychar était une erreur de copiste pour Sichem. Le pèlerin de Bordeaux (en 333) connaissait déjà Sechar, placée sur le terrain sous son nom araméen de Sychora (...XQPA) à côté de Zua par la carte en mosaïque de Mâdaba.
Ce point correspond aux ruines, relevées durant ces dernières années, de ‘Askar, nom arabe transformé pour aboutir à un sens (soldat). La même carte de Mâdaba indique la source de Jacob, n rnyn 7ov laxw6, au point où se trouve aujourd'hui le Bir-l‘aqoub. Ce puits très profond était déjà un sanctuaire au temps de saint Jérôme (Onomasticon). C'est un point fixé d’une manière certaine. Tout auprès se trouve le village actuel de Balata, au nord-est duquel un tell, fouillé en 4914 par une expédition autrichienne, représente certainement l’ancienne Sichem. On pourrait donc objecter au récit de Jo. que la ville de Sichem était plus rapprochée du puits que le village d'‘Askar — Sychar. Mais précisément les fouilles ont prouvé que ce tell était abandonné à l'époque romaine, et même bien avant. Sichem s'était transportée au pied du Garizim, dans la situation actuelle de Näbious dès le temps des Séleucides. En venant de Jérusalem et même en remontant du Jourdain, on rencontrait d'abord le puits de Jacob où le Seigneur s’est arrêté, à environ un kilomètre de Sychar-‘Askar, et à deux kilomètres de Sichem-Näblous. Il pouvait y avoir des raisons d'aller à Sychar plutôt qu’à la capitale religieuse d’une population hostile aux Juifs. La belle source d’‘Askar est une difficulté : Pourquoi la Samarilaine serait-elle venue puiser à un puits très profond? Mais cetle source ne coule pas toujours, et peut-être la femme était-elle dans un champ voisin d'où on l'a envoyée chercher de l'eau.
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Quoi de plus légitime que de répondre par des hypothèses vraisemblables aux chicanes intentées à l'auteur, qui connaissait si bien les lieux, mais qui ne s’est pas donné la peine de tout justifier par le menu? — Jo. indique encore un point de repère : près de l'endroit que Joseph a reçu de son père Jacob. C'est une allusion à Gen. xivm, 22 et xxx, 19. La tradition actuelle montre tout près du puits le tombeau de Joseph, et cette tradition remonte au moins à Eusèbe ; Zuydu à rat Zbupa À zat Dal, ré ’luxé vüv Épnuos. delxvutar DE à TÜnos Èv meoustelois Néas rokeuxs (faubourg aujourd’hui nommé Balata) év0a xat 6 régos Detavutat 105 Two (Onomasticon). Il est très probable que ywptov dans Jo. désigne ce tombeau, dont l'emplacement était indiqué par Josué (xxiv, 32) à Sichem, cest-à-dire près de l’ancienne Sichem.
La Michna (Menakhot, x, 2) parle d'une vallée large de ‘Aïn Soker (fontaine du marchand), mais si elle n’était pas tout près de Jérusalem, c'était à en juger d'après les règles du sabbat, et il serait bien peu vraisemblable qu'on soit allé chercher les deux pains de Lév. xx, 17 au pays des Samaritains. Les. historiettes du Talmud (Baba Qama 82b; Menakh. 6:b) ne supposant pas non plus un lieu si éloigné.
6) Jo. parle de la source de Jacob, dont nous verrons (v. 11) qu'elle jaillissait au fond d’un puits. L’A. T. n’en parle pas : la tradition locale avait très naturellement donné ce nom au puits dont la région était fière. Ces puits bâtis pour capter une source profonde ne sont point rares en Palestine. Plusieurs avaient été creusés par Isaac (Gen. xxvr, 18. 32). — Jésus était fatigué, et, semble-t-il, plus que les autres, d'une marche à pied particulièrement pénible à cause de la montée depuis la vallée du Jourdain : c’est un des cas assez fréquents où Jo. met en lumière autant que les syaoptiques la nature humaine du Verbe incarné; il n'est pas superflu de le noler dans ce récit. — Gdaopta, Cf. I Cor. xr, 26: — oûtus (cf. x, 25) comme &s %v Me. 1v, 36; Chrys. : drAüxs xt dx Étuyev èx” 2üdpovs. La meilleure manière de se reposer était de s'asseoir sur le sol, le dos. appuyé contre le puits; xt avec le datif peut signifier « auprès de » (sah.); cf. Jo. v, 2; Jos. Ant. V,1, 17 otpatomedeugauévous èmi tive mnyA ts réÂems oùx Grulev (Bauer). Cependant rien n'empêche de l'entendre au sens propre; désus se serait assis sur la margelle du puits (latt. syrr. bo.); cf. Iliade, 11, 153 àv7° Er ripyw. Cette position plus noble est celle des peintres. — La sixième heure du jour, c'est-à-dire midi; Jo, dit environ pour ne pas affecter une précision qui ne conviendrait qu'à un itinéraire où l'on compte les minutes.