‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 162 sur 326 · om. n yuvn p. avtw (H) ou add. (TSV · texte numérisé non relu

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Samaritains (Koutim) dans le Talmud respire une profonde antipathie (cf. Nidda, iv, 4). — Mais comment la Samaritaine reconnaît-elle Jésus pour un Juif? Peut-être simplement parce qu'il venait de la Judée à une époque qui n’était pas celle des pèlerinages, ou parce qu’il portait la frange (Mt. 1x, 20; Me. vi, 56; Le. vin, 44), ou tel autre indice d’observance stricte de la Loi. Un Galiléen pouvait être un juif dans ce sens, et un juif orthodoxe aurait le plus souvent craint de se souiller en buvant au seau d’une Samaritaine.

10) Elle s'est étonnée. Et la situation était étrange en effet, car c'était plutôt à elle (st accentué) d’implorer l’eau vive de celui qui la demandait. Mais pour insinuer que cette eau vive n’est pas de l’eau de source par opposition à de l’eau de citerne (cf. Gen. xxvi, 19; Jer. x, 13; Zach. xrv, 8), Jésus la caractérise comme un don précieux de Dieu, le don de Dieu par excellence. Loisy interprète : « le salut offert par Dieu au croyani, la vie éternelle que procure l'Esprit reçu dans le baptême » (p. 179). Sans doute, mais le Seigneur ne demandait sûrement pas à la Samaritaine d'extraire une théologie aussi développée de ses paroles. C’est beaucoup qu’il se présente comme dépositaire d’un don gratuit de Dieu comparé à l’eau vive, parce que tel est le point de départ de la conversation. Il n’y a pas à se demander s’il désigne le don de sa personne, ou de sa parole, ou de l’Esprit-Saint qu'il comparera plus tard à l’eau vive (wir, 37-39). La Samaritaine n’eût pu le discerner; elle s'en tient d’ailleurs au sens propre de l’eau.

11) La Samaritaine répond à chacune des deux pensées de Jésus. D'abord l’eau vive. Où la prendrait-il? Le puits de Jacob en contient, comme celui d'Isaac (Gen. xxvi, 19), mais il est un des plus profonds, sinon le plus profond de Palestine, Depuis que les Grecs l’ont nettoyé des débris qui l'avaient comblé en partie, il mesure 32 mètres de profondeur. Dans quelques-uns de ces puits l'eau affleure presque, malgré leur profondeur, ce qui ne peut être le cas au puits de Jacob où la nappe d’eau est profonde; même lorsqu'il y a beaucoup d'eau, elle est encore à une dizaine de mètres au-dessous de la margelle (28 mars 1924). Le détail a donc son intérêt. L'évidence du fait est telle, que Jésus ayant indiqué une intervention de Dieu, la femme se demande s'il a quelque autre secret pour se procurer l’eau vive. Suppose-t-il que Dieu va

point de rapports avec Les Samaritains. "Jésus répondit et lui dit : « Si tu savais le don de Dieu, et quel est celui qui te dit : Donnemoi à boire, c’est toi qui l'aurais prié, et il t’aurait donné de l’eau vive. » 11 Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond; comment aurais-tu donc de l’eau vive? ‘?Serais-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné le puits, et il en a bu lui-même, et ses fils et ses troupeaux? » ‘Jésus répondit et lui dit : « Quiconque boit de cette eau aura soif encore; !# mais qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus soif à jamais;

faire un miracle en sa faveur comme il l'a fait en faveur de Moïse (Ex. xvur, 5 SS.)?

— La phrase négative suivie d'une clause positive se rend en grec par oùre.…. r£, très rarement xaf, comme c’est le cas ici et dans III Jo. 40. Kühner-Gerth (a, 2, p. 291 s.) cite Euripide Iph. Taur. 591 s. et yép, Ge Éouxac, oùre dusyevhs | xai rc Muxtvas oïcûa. — ävrhnu«, un récipient quelconque pour puiser, fût-il impro visé. Ordinairement une corde y est attachée, mais on aurait pu la remplacer par une courroie, une pièce de l'habillement, si le puits n'avait été profond.

42) Si l'étranger a dans l'esprit une intervention divine, c’est qu'il se croit quelqu'un comme il a paru l'insinuer. Toujours n'est-il pas plus grand que Jacob, l'ancêtre de tous les Israélites, mais dont le nom représentait surtout le royaume du Nord (Os. x, 3; IS. 1x, 1, etc.). Il y a déjà une pointe de controverse dans cette réflexion. Il ne faudrait pas qu'un juif se mette au-dessus de l'ancêtre dont les Samaritains (fy&v) sont fiers, qui leur avait donné ce puits (jui) dont il s'était servi lorsqu'il séjournait dans leur région. Rien de tout cela ne sortait du cours normal des choses, et l'on peut gager, d’après l'usage constant, qu'il y avait encore près du puits des auges où l'on versait l’eau, et où venait s’abreuver le bétail. Il en avait été ainsi depuis qu'on avait creusé le puits, et c'est Jacob que désignait une tradition si naturelle en cet endroit.

43 s.) Quoique Jésus ait sans doute mis l'accent sur l’eau vive, c'était cependant l'expression consacrée pour de l’eau de source; l'erreur de la Samaritaine était excusable, et Jésus lui découvre maintenant sa pensée sur ce point, en même temps qu'il maintient sa qualité d'auteur de ce don, qualité qui grandit avec le don lui-même, car l’eau dont il parlait jaillit pour la vie éternelle. — « Cette eau » s'applique tout d’abord à l'eau du puits. Mais eau de source où eau de citerne, l’eau ne désaltère que pour un temps très court. L'eau que donnera Jésus apaisera pour toujours la soif.

11 semble que le Siracide ait dit le contraire en parlant cependant de la Sagesse divine : ot Eolovréç pe Étt metV4SOUGtV, xai où nivoytés pe Et! Duroovoty (Sir. xxiv, 24). Mais de pareilles métaphores doivent être interprétées selon les diftérents points de vue. Dans la soif ordinaire, le palais est desséché, c'est une souffrance qui ne peut être calmée qu'en recourant à une nouvelle quantité d’eau. D'autre part l’eau fraîche produit une sensation agréable que l'on peut

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15. àepywua (TH) plutôt que epzopar (S), où epymouat (V). 16. om. o Iroovs p. avtn (TH) ou add. (SV). — roy avôpx cou (TS V) plutôt que cov. nan CEE}

désirer pour elle-même : qui a éprouvé le bonheur de connaître les choses divines désire les connaître mieux encore. De plus le don de Jésus ne procède pas, comme la Sagesse du Siracide, par addition d’eau rafraichissante : c’est le don même de la source, de sorte qu’on a pas à désirer une autre eau : on . n'éprouve même plus la soif, puisque l’eau jaillit, et jusqu’à la vie éternelle. Telle source, comme celle du Bir Eyoub à Jérusalem, jaillit avec les fortes pluies et semble donner naissance à une rivière : elle s'épuise promptement et disparait dans le sable. D’autres sources ne tarissent pas et donnent naissance à ces fleuves qui vont jusqu'à la mer. Ainsi la source dont parle Jésus. parvient à la vie éternelle, y conduit, peut-on dire, celui qui la possède en soi. Jésus n’a pas voulu engager une discussion sur le nom et la grandeurde Jacob, ce qui n’eût pu que froisser la Samaritaine. Mais quel était donc celui qui pouvait donner une pareille eau? — Philon a dit plus d’une fois que la fontaine de la Sagesse c'était le Logos de Dieu, par exemple De Fuga, 91: M. I, p. 560 : roospéret dn toy pèv avdcouelv lavbv ouvreivety drveuotl ps tbw

&vwtrétu À6yoy Ostov, Os copias éat) rnyA, lva aovaduevos où véuaros vtt Oavérou Conv

&dtov &OXoy ebpnrat. C'est le rapprochement le plus frappant entre le Logos de Philon (cf. RB., 1923, p. 362 s.) et le Christ de Jo. Encore faut-il remarquer que dans Jo. le Christ n’est pas seulement la source, mais celui qui la fait naître dans les cœurs. Dans Philon on puise à la source, car en Dieu est la source de vie (Ps. xxxv, 10) &rt rapà ao xnyh Cwñs, mais il ne connaît pas le don de Dieu en source jaillissante. Ce don de Dieu est clairement ce que l'Église nomme la grâce sanclifiante, que Jean (I Jo. 11, 9), désigne par une autre métaphore comme le oxéeua de Dieu, demeurant en celui qui est né de lui, semence qui est. déjà la vie élernelle (1 Jo. v, 11). Surtout depuis que sainte Thérèse s’est servie: si agréablement de l'eau pour expliquer les degrés de la contemplation acquise et infuse, les mystiques entendent volontiers ce passage des grâces d’oraison : ce ne peut être que par accommodation. : :

15) Toute l'altention de la Samaritaine se porte maintenant sur l’eau merveilleuse dont on lui parle. Elle ne comprend pas que celte eau n’est qu'une: image du don de Dieu : « la vie éternelle » ne la fait pas réfléchir; elle pense à quelque recette magique, à quelque eau de Jouvence, mais sûrement sans Y croire. Gertes, elle ne demanderait pas mieux, car c'est si pénible de revenir toujours puiser! Après tout, que ne pouvait-on attendre des temps messiani—

mais l’eau que je lui donnerai sera en lui une source d’eau jaillissant en vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n’aie plus soif et que je ne me rende plus ici pour puiser. » 1611 lui dit : « Va, appelle ton mari et viens ici. » !7La femme répondit et lui dit : « Je n’ai pas de mari. » Jésus lui dit : « Tu as bien dit : je n'ai pas de mari;

ques ? Toutefois elle n’a pas dû penser à Is. xzix, 40 : où retvdoouaiv, obdë Dupéaououv, où0è rardëet adrods xabouwv... za diù rnyv bodrwv fer adtobs. — Dtépywuat n'est soutenu que par NB et Origène (4 contre 1), mais est beaucoup plus pittoresque, comme on dirait familièrement : pour que je n’aie plus à faire le voyage. Et cette expression souligne la pointe d’'incrédulité qui dut apparaître aussi sur la physionomie et détermina Jésus à prendre un autre ton.

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