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La moisson, le semeur et le moissonneur

31) àv r® perako sous-entendu x66vw, locution adverbiale. Non pas entre le départ des Samaritains et leur arrivée (Loisy), mais entre le départ de la Samaritaine et leur arrivée (Schanz), car les disciples ont dû offrir leurs aliments à leur Maître aussitôt cette femme partie. Ce qui se passait dans la ville voisine ne peut être un point de repère pour ceux qui étaient au puits, et il serait trop vague de traduire : « après ». Il va de soi que l'écrivain n'aurait pas mentionné l'invitation des disciples si le Maitre avait accepté comme d’habitude; elle est parfaitement naturelle et de circonstance.

ou : Pourquoi parles-tu avec elle? *$La femme laissa donc sa cruche, et s’en alla à la ville et dit aux gens : « ?Venez voir ux homme qui m'a dit tout ce que j’ai fait, ne serait-il point le Christ? » %Ils sortirent de la ville et ils venaient auprès de lui.

#1Dans l'intervalle, les disciples le priaient, disant : « Rabbi, mange. » %I1 leur dit : « J'ai à manger un aliment que vous ne connaissez pas. » %Les disciples se disaient donc les uns aux autres : « Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger? » ‘Jésus leur dit : « Ma nourriture est de faire le vouloir de celui qui m'a

32) Si Jésus a demandé à boire, c’est qu'il avait vraiment soif. Nous devons penser aussi que s’il refuse la nourriture, ce n’est pas simplement pour proposer une leçon plus haute, mais parce qu'il n'a pas faim. Il était soumis à la nécessité de manger, mais il a pu lui arriver, comme à certaines personnes, de ne plus éprouver ni la faim ni la soif sous le coup d’une émotion qui rende indifférent aux besoins du corps. La rencontre de son âme avec l’âme de la Samaritaine, pécheresse, susceptible cependant d’un changement salutaire et disposée à recevoir la vérité de l’envoyé de Dieu, lui a pour ainsi dire arraché son secret. Dans cet office de sa charité il avait trouvé sa nourriture; il n'avait plus ni faim ni soif. Au lieu de le dire de cette façon aux disciples, il les prépare à comprendre ses sentiments : le ton est confidentiel et provoque leu, curiosité.

— foéoux dans son sens de nourriture (vi, 55; Heb. xur, 16).

33). Les disciples ne comprennent pas, non plus que dans Marc (Comm., . p. cxzvin s.), non plus que Nicodème (m1, 4) ou la Samaritaine (rv, 11). Manifestement les évangélistes veulent montrer combien la doctrine de Jésus était au-dessus de la portée de leur intelligence, mais leur réflexion n’en est pas moins très naturelle. On aurait pu dire exactement ce qu'avait dit Jésus pour faire une surprise agréable en compagnie. Cependant qui pourrait avoir apporté de la nourriture? La Samaritaine était venue avec sa cruche qui l'empêchait de porter autre chose. C'était à n’y pas croire; ui quand on pressent une réponse négative, avec la restriction indiquée au v. 29.

34) Cette parole aux disciples dépasse de beaucoup la réponse faite à Satan (Mt. 1v, 4). Les deux parties n’en sont pas synonymes (Zahn). Il y a d'abord le rapport permanent (rotë, au présent) entre la volonté active de l'envoyé et de celui qui l’a envoyé : Jésus a pour nourriture spirituelle, comme principe d'énergie dans tous ses actes, de faire la volonté de celui qui l’a envoyé. Mais il ne s’agit pas seulement de travailler pour lui plaire, son rôle propre est de conduire à son terme l'œuvre propre de celui-ci (aèroë ro pyov), de l'amener à sa perfection (reketsw, aoriste), par le fait de sa propre action sur la terre. C’est Dieu même qui travaille à cette œuvre (v, 17.36; x, 32 s.). Quelle est-elle? Nous le verrons plus loin (36) : conduire les hommes à la vie éternelle. Mais déjà on peut le pressentir d’après ce qu'a fait le Christ avec la Samaritaine.

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L'œuvre de Dieu était commencée en elle par la révélation ancienne, la pro-

messe du Messie, quelque vague confusion sur sa situation de conscience; Jésus

a développé ces bons germes, elle touche au salut. Mais combien d'autres sont maintenant tout prêts à recevoir cette consommation de l’œuvre de Dieu par son Fils! C'est vers cette multitude que s'élève la pensée de Jésus. — Boauæ dans le même sens que 8rüsx, le seul sens possible avee cette forme, qui a été choisie ici soit pour varier, soit pour son assonance avec OAmua.

33) Deux sens sont possibles : a) D'après la grande majorité (Zahn, Loisy, Bauer, Calmes, etc.) : « Selon le point où en sont les cultures, vous dites, et vous exprimez ainsi l'opinion publique normale, qu'il y a encore quatre mois avant la moisson. Soit! Mais cette moisson, qui n'est pas encore mûre, est l'image d'une autre moisson, celle des êtres humains, déjà prête à être recueillie par le Père de famille dans son grenier. » La métaphore était courante; les synoptiques l'ont mise dans la bouche de Jean-Baptiste (Mt. mx, 42: Le. mm, 17) et de Jésus (Mt. 1x, 37 ss. ; Mec. 1v, 29; Le. x, 2); elle est dans Apoc. x, 15. à

Mais comment une moisson encore en herbe peut-elle être le symbole d’une moisson d'âmes déjà prête? Chrys. a essayé de résoudre la difficulté en faisant porter le sens spirituel sur les Samaritains qui s'avancent dans la plaine verdoyante comme une moisson spirituelle qui s'offre au moissonneur divin : « Le champ (à xwsa) et la moisson signifient la même chose, la foule des âmes prêtes à recevoir la prédication. Les yeux dont il parle sont ici et les yeux de l'âme et ceux du corps. Et d’ailleurs ils voyaient venir la foule des Samaritains. Il nomme des champs blanchissants leur disposition toute prête. » De cette facon nous aurions un précieux point de repère chronologique dans Thistoire du Sauveur. On n'est pas, comme on le dit souvent, en décembre, mais tout au plus à la fin de janvier. -

Dans la magnifique plaine de Mahneh, chaque année ensemencée de céréales, les orges peuvent être coupées à la fin de mai, mais le froment seulement quinze jours plus tard, et cette plaine fertile est réservée d'ordinaire à cette culture, tandis que les orges sont semées sur les pentes. Les conditions climatériques et économiques n'ont pas dù changer depuis J.-C. Si on pouvait offrir au 16 nisan (vers le 5 avril), une gerbe d’orges nouvelles {Lev. xxx, 9-45; Jos. Ant Hl, x, 6), il fallait aller la chercher à Jéricho. Peu importe d'ailleurs le moment précis; on était sûrement en hiver.

b) Mais cette opinion souffre des difficultés. Si les disciples ont fait la réflexion qu'it restait quatre mois avant la moisson d'après la date, c'est par rapport à la vallée du Jourdain ou à la Galilée; car sur place ii leur était très difficile d'évaluer le temps de la moisson en hiver, à un mois près. D'ailleurs Jésus ne dit pas : vous venez de dire, mais : vous dites ou plutôt : « ne dites-vous pas»,

c'est-à-dire n'avez-vous pas coutume de dire? Et la parole est énoncée au pré-

sent, d’une façon absolue, comme un proverbe. On a refusé de voir là un proverbe, parce qu'il ne répondrait pas à la nature d’un pays où la moisson

peut commencer en avril (à Jéricho) et finir à la fin de juin (Jérusalem et. Hébron). Mais il suffit qu'il ait été frappé en Galilée, le pays des disciples, où

en général dans le pays bas. Quel en serait le sens? D’après le contexte l’idée

serait : entre les semailles et la moisson il y au moins quatre mois; avant ce

moment il serait tout à fait inutile de se mettre à l'ouvrage; quand on a

semé, il n’y a qu'à attendre (cf. Mc. 1v, 26-29). On a refusé ce sens (Belser) 7

sous prétexte que Pline (H.N. xvmr, 7) exige sept mois, en Égypte, entre la semaille et la moisson; mais c’est sûrement beaucoup trop. On peut constater qu'en Galilée, où les semailles sont reculées parfois jusqu’à la fin de décembre

faute de pluie, la moisson peut se faire au début de mai, du moins sur les

rives du lac de Tibériade. Et nous avons auiourd’hui la preuve que les agriculdcurs l'avaient noté.

Le calendrier agricole de Gézer met précisément quatre mois pleins entre les semailles et la moisson (RB. 1909, p. 243 ss. article du P. Vincent; M. Lidzbarski ne mettrait que trois mois). On comprend très bien que les disciples aïent employé ce proverbe, précisément à propos du changement des esprits (ef. Comm. Me. 1v, 26-29) : il faut attendre le grand coup de la moisson, da jugement dans le style du Bapliste. Quoi qu’il en soit, à ét. du proverbe le Sauveur répond par #ôn. Manifestement il parle de la moisson spirituelle, mais cette figure est bien plus naturelle si la moisson au sens propre va être commencée. En effet on ne peut dire que les Samaritains représentent la moisson,

et Chrys. a essayé en vain de prévenir l'objection que la moisson est celle qu'on

voit sur les champs, tandis que les Samaritains viennent à travers les champs.

2 évancmue seLoN Sammr dan, 11, 35. 419

| renvoyé et d'achever son œuvre. #5 Ne dites-vous pas : Encore quatre mois et voici venir la moisson ? Eh! bien, je vous dis : Levez les ‘ yeux, et voyez les champs qui déjà blanchissent pour la moisson.

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