‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 166 sur 326 · TES · texte numérisé non relu

TES

Si l'on fait abstraction des Samaritains pour entendre : regardez des yeux de

l'esprit les pays où la moisson blanchit, on perd le contact avec la réalité qui fait le charme de cet enseignement : les moissons que les disciples sont invités à regarder sont blanchissantes, symbole des âmes qui attendent la parole; le moment est venu d’agir. |

On peut alléguer aussi dans ce sens la raison d'Origène : si l’on est en hiver, Jésus ne rentrera en Galilée que longtemps après la Pâque, et on ne peut expliquer l'impression toute fraîche des Galiléens (, 45). Ajoutons que la fête de v,4 ne pouvant être la Pâque (à moins qu'on n'intervertisse vr et v), il faudrait que Jo. en ait omis une, ce qui serait étrange (cf. Ixrropucrion, Chrono: logie, p. cxx et CXXVII).

__ Sur la tournure #r... xai, cf. Mc. xv, 25 et papyrus de Paris (Nofices et extraits xvim, 2, ne 48) : Ete Ddo fuéoac Eyouey aai oldoomey eË Hnkoïo: (MOULTON,

Pral. 42, n. 2). Cette parataxe est d'ailleurs très naturelle en araméen (cf.

Comm. Mt. p. xcs.). — ywga « région », ici au sens de champ cultivé, cf. Le.

xt, 46; xxr, 21; Jac. v, 4). En France on parle volontiers de la couleur dorée

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des moissons ; en Palestine, à cause de la sécheresse, elles sont sûrement plus blanches. is

Où placer #1? avec ce qui précède (cf ff? boh sah pes vg) ou avec ce qui suit (AGD bdlqe syrsin et cur)? Les modernes sont pour la seconde manière à cause de Jo. iv, 51; vi, 14; xv, 3, mais on peut opposer I Jo. 1v, 3. La première manière nous a paru préférable parce qu'il y a ainsi une opposition entre un temps assez long et « désormais », et parce que la phrase qui suit a quelque chose d’absolu qui fait abstraction du temps. :

36-38. Ce passage peut être entendu de deux manières. D'après Zahn, il appartient strictement au contexte général. Jésus est le moissonneur, et Dieu le semeur. Cette interprétation entièrement nouvelle a séduit Tillmann. Déjà Jésus, le moissonneur, se réjouit de la moisson qui s’avance; il continue, il achève l’œuvre de son Père, le semeur. Puis, passant aux disciples, Jésus leur conseille d'entrer dans ses sentiments d’humilité. L'avantage de cette opinion, c’est que l'on reste strictement dans la situation concrète. Mais on ne comprend guère comment le Sauveur recevrait un salaire, et comment la scène changerait tout à coup, Dieu et le Christ étant remplacés par les prophètes et les Apôtres. Nous suivrons donc simplement l’ancienne opinion commune (C#rys. Aug. Cyr. Thom. Mald., etc.), qui voit dès le v. 36 une allusion aux ouvriers apostoliques.

36) Sans #ôn, placé au v. précédent, et qui serait nécessaire dans le système de Zabn. — Après l'allusion à la moisson spirituelle, dont le champ est illimité, vient un enseignement sur les moissonneurs et les semeurs; selon notre manière d'interpréter le v. 35, le semeur est virtuellement en scène par le temps qui sépare les semailles de la moisson. Le moissonneur se réjouit car il recoit son salaire et il a le bonheur de ramasser le fruit, c’est-à-dire de grouper les âmes, de les introduire dans la vie éternelle; le semeur, grâce au travail complémentaire du moissonneur, goûte aussi cette joie. — xapxds n’est pas le fruit que le moissonneur s’approprie, déjà indiqué par uoôds, mais le fruit qu'il apporte au propriétaire qui est Dieu; ef. Mt. mr, 12. — ôuoÿ « aussi bien que », et « en même temps que »; la perspective de la vie éternelle met en contact le semeur et le moissonneur. Le premier a pu croire en mourant que ses travaux avaient été inutiles ; il se réjouit du succès de l'œuvre commune. Les présents s’entendent du moment où commence l'éternité.

37) Le proverbe (Aëyos, « un dire » Thuc., Pindare, Platon, etc.) est celui qui va être cité : trop souvent l'un sème, l’autre récolte, c’est-à-dire que le premier est frustré du prix de ses travaux. Il y a quelque chose de semblable dans Lev. XXVI, 16; Is. Lxv, 22; Mich. vi, 45; Job xxx1, 8, et chez les Grecs : &A ot oxefpouatv,

ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, IV, 38-39. DA à

Ed

$Le moissonneur reçoit un salaire, et ramasse le fruit pour la vie éternelle, de façon que le semeur se réjouisse aussi bien que le moissonneur. %Car le proverbe a cela de vrai qu'autre est le semeur et autre le moissonneur. #Je vous ai envoyé moissonner ce qui ne vous a coûté nulle peine; d’autres ont pris peine, et vous êtes entrés dans leur labeur. »

#Beaucoup des Samaritains de cette ville crurent en lui, à cause de la parole de la femme qui attestait : «11 m'a dit tout ce que

&XXot 3° aufoovrax (Corpus paroemiographorum graec., éd. Leutsch, t. IF, dans la collection de Grég. de Chypre, 1, 58), etc. Qu'y a-t-il de vrai dans ce proverbe, si on l'applique aux choses spirituelles? Il demeure très véridique (1v, 23) en cela (ëv robrw) que le résultat provient de deux activités distinctes. De cette vérité banale il faut déduire ici cette leçon, que le moissonneur doit se souvenir qu’il n’a pas fait tout l'ouvrage, ni même la partie la plus pénible. C'est ce que le v. suivant va expliquer.

38) Au moment où Jésus parlait, il n’avait pas encore envoyé ses apôtres prècher, ils n'étaient pas entrés dans le travail des autres. Il faut donc reconnaître que Jo. dans sa facon de parler anticipe quelque peu; c’est sa manière (xvir, 18), le dessein de Jésus étant réalisé d'avance. Mais ce serait lui attribuer gratuitement un contresens que d'introduire ici les missionnaires du second siècle opposés à ceux de la première génération apostolique y compris Jésus. D'après Loisy les premiers travailleurs « ne peuvent être les prophètes, ou bien Jésus lui-même ne serait plus semeur » (p. 490). Soit! il n'y a aucun inconvénient à ce que Jésus, dans ce contexte, ne soit pas semeur ; il ne l'est sûrement pas : il est celui qui envoie les moissonneurs ! Les semeurs sont donc Moïse et les prophètes, comme les Pères l’ont compris unanimement depuis Origène : leur prédication regardait l'avenir et n’a été comprise que par le ministère des apôtres (Eph. mi, 5, cité par Or. Thom.). Jo. a placé le même envoi dans les derniers discours (xvu, 18) sous une forme plus grandiose äméotetha advobs els rov xdapov; ici l'expression est conforme aux circonstances et au symbole de la moisson. — Il faut remarquer l’insistance sur le travail des premiers ouvriers, sur la facilité relative de l'œuvre des moissonneurs, d'où se dégage une lecon pour les disciples, et pour tous les ouvriers apostoliques. S'ils en viennent à s’attribuer le succès à eux seuls, ils oublient la longue préparation des âmes par l’enseignement traditionnel et par les exemples des saints ; le grand ouvrier, c'est Dieu qui parle au-dedans, lui qui fait blanchir la moisson avant d'envoyer le moissonneur.

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