‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 17 sur 326 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

baptême. Sa conviction lui vient, pt du texte de Jo. vitt, 57, du témoignage des anciens, affirmant qu'il est mort vieux. Il one ue raison de convenance : il ne convient pas àun jeune homme d enseigner : Quia autem triginta annorum aetas prima indolis est iuvenis, etextenditur usque ad quadragesimum annum, omnis quilibet confitebitur ; a quadragesimo aulem el quinquagesimo anno declinat iam in aetatem hote que habens Dominus noster docebat, nat mévres où mpecéurepot Bapruposais ë re rhv Aotav Twdyvn To To Kupiou uabntr Hi. TapadsduxEvEL roÿro Toy ’odwvnv. Iapépeve yap adrois méypr tv Toaïavos ypôvev (A. E. IT, 23). Quidam autem eorum non solum loannem, sed et alios apostolos viderunt, el haec eadem ab ipsis audierunt et testantur de huiusmodi relatione.

Irénée a tout de même trouvé que les anciens exagéraient en parlant de la vieillesse de Jésus. Il les ramène à ce qu’il regarde comme une donnée évangélique en faisant commencer le déclin vers la vieillesse à 50, voire à 40 ans. Mais quels sont les anciens, qui ont connu Jean eomme ceux de v, 33,3 lesquels tenaient des discours consignés par écrit dans Papias? Ce sont bien ceux dont Papias recherchait les dires, gomme témoins de Jean ou des autres apôtres.

Est-ce à dire que nous devions accepter leur témoignage? On oublie trop souvent ce que Papias a dû avouer, — tout en glissant sur cet aveu, — qu'il ne connaissait cerlains témoignages des anciens que par les racontars de ceux qui venaient à Hiérapolis. Interrogés anxieusement par l’évêque, ces étrangers prétendaient tout savoir, et il est probable qu'ils ont fort exagéré les affirmations des anciens, si vraiment ils les avaient consultés. Autrement ces anciens nous apparaîtraient comme des personnages assez hâbleurs. On les interroge sur l’âge du Seigneur d’après l’évangile : cinquante ans ne les étonnent pas : Jean et les autres apôtres en disaient bien davantage! De même pour le millénarisme de PApocalypse. Si l'on avait entendu Jean! Il donnait bien d’autres détails merveilleux! L'esprit critique d’Eusèbe a pénétré le peu de solidité de ces bavardages : l'Église ne s’y est pas arrêtée. Le tort d'Irénée, — que . lui reproche Eusèbe, — est d’avoir fait trop de crédit à ces histoires. Ce tort est bien moindre, on l’avouera, s'il a cru pouvoir tabler sur l’ouvrage d'un évêque, plus rapproché des faits, que s’il avait lui-même enregistré ces sornettes. Sa crédulité envers un ouvrage écrit ne nous autorisera pas à suspecter ses propres affirmations. Ce qu'il nous fournit plutôt, et cela est d'une très haute valeur, c'est une série de renvois au livre de Papias d'où il appert que l’auteur s’occupait très spécialement des écrits johanniques, de l’évangile en particulier, comme source authentique des paroles du Seigneur. Et quoique les anciens aimassent à se dire informés de ce qu’avaient dit d’autres apôtres, c’est toujours à Jean qu'ils en reviennent : ils sont expressément les témoins de Jean, ceux qui l'ont vu face à face, et en Asie, et jusqu'au temps de Trajan.

L'AUTEUR DU QUATRIÈME ÉVANGILE. XXXVII

. C'est parce qu’il était sûr de ce fait que Papias a enregistré si docilement leurs paroles qui ne lui parvenaient souvent pas dans leur teneur primitive et qui peut-être étaient inventées. ë

b) Quant aux renvois qui se trouvent entre 1v, 27 et 32, on lira volontiers avec Harnack (mais déjà Érasmel) ostendebat presbyler au lieu de ostendebant presbyteri dans 1v, 28,1. Il reste six autres endroits au singulier : 1v, 27,1 : quemadmodum audivi a quodam presbytero, qui audierat ab his qui Apostolos viderant, et ab his qui didicerant ; 1v,27,1 (in fine) : sicut dixit presbyter; 27,2 : inquil ille senior; 30,1 : sicut et presbyter dicebat ; 31,1 : T'alia quidem enarrans de antiquis (sur l'A. T.) presbyter, reficiebat me et dicebal; 32,1 : Huiusmodi quoque de duobus Testamentis senior apostolorum discipulus disputabat.

Il s’agit donc toujours d’un même personnage qui réfutait Marcion. Cette fois c'est bien lui qui s’entretenait avec Irénée et lui faisait du bien, l’instruisait et le fortifiait (reficiebat) : si ses discours ont l’air de citations, c’est qu'Irénée les a arrangés (contre Harnack). Mais cet ancien était-il vraiment disciple des Apôtres? Irénée semble le dire dans 1v, 32,1, mais il dit au début qu'il était disciple de ceux qui avaient vu les apôtres. Il est vrai qu’il ajoute ef ab his qui didicerant, mais ce n'est pas là indiquer les disciples immédiats du Seigneur. L'ancien avait été à l'école, soit de ceux qui avaient vu les apôtres, soit de ceux qui transmettaient authentiquement leur doctrine, sans les avoir vus (1). Il appartenait à la troisième génération, tandis qu'Irénée n’était que de la quatrième. On pouvait donc au sens large le qualifier de disciple des apôtres (2). Sûrement Irénée n'aurait pas parlé aussi obscurément de Polycarpe, disciple de l'apôtre Jean. C’est donc une autre personnalité, mais qui n'apporte aucun renseignement sur la question johannique. Ge n’est point un témoin des traditions; c’est un exégète anti-marcionile.

Cy Les anciens et Papias.

Nous pouvons maintenant revenir sur le bloc que forment les anciens et Papias. Si Papias n'a admis qu’un Jean, l’Apôtre, comme le soutiennent Zahn et de nombreux auteurs surtout catholiques, il n’y a pas lieu de douter de la présence en Asie de Jean l'Apôtre, regardé comme l’auteur de l'évangile. Par l'Asie on entendra la province d’Asie, selon l'usage du temps, et, comme lrénée et Polycrate ont dit spécialement Éphèse, sa capitale, il n'y à aucune difficulté à admettre le séjour de Jean à Éphèse. Papias a parlé de l'Asie, non de sa capitale, mais c’est peut-être

(1) Il n’est donc pas nécessaire de corriger en et qui ab his didicerat. (2) On peut interpréter dans ce sens Eusèbe, A. E. V, 8, 8 : xai émouvnmoveupätwv dè

&mocrotxoÙ TiVOS TPESÉUTEPOU, 0Ù TovouX GWT TAPÉdUWXE, [LYNIOVEUEL.

XXXVIIT INTRODUCTION.

parce que les anciens, étant de divers lieux, ont pu aussi voir Jean en

différents endroits. C’est eux qui sont directement sur la scène et qui ont

interrogé Jean.

Mais nous pensons que Papias a distingué deux Jean. Seulement,

si l’on admet cette distinction, il faut en tenir compte. Harnack a écrit : « Autant il est certain que Papias a employé les écrits johanniques et

attribué l'Apocalypse à un Jean, aussi peu est-il possible de décider

quel Jean il a eu en vue » (1). Rien de plus facile, au contraire. Pour .

nous en tenir à l'évangile, si Papias l’a reçu, c’est tel qu'il est, et tel qu’il se donne, comme l’œuvre d’un Apôtre. Et il a poursuivi très logiquement la distinction de Jean, apôtre et de Jean, l’ancien. Quand les anciens entrent en scène, comme ayant vu Jean face à face, ou sous d’autres formules, c'est pour donner des explications soit sur le millénarisme (Apocalypse), soit sur l’évangile (Jo. vi, 57; x1v, 2), et par eux l'on fait appel au témoignage oral du Seigneur. Par eux, c’est Jean qui se commentait lui-même. Jean l’ancien était nommé comme Aristion; d'après Eusèbe (III, 39, 7) ils étaient désignés clairement (évouaoxi), par leur nom, ce qui, pour le second Jean, dans le seul cas où Eusèbe cite Papias à son sujet, se trouve sous la forme « l’ancien » (III, 39, 15), non

point pour produire des paroles du Seigneur, mais pour dire ce qu'il

savait de la production des évangiles de Marc et de Matthieu et des destinées de ce dernier. |

On ne pouvait donc être tenté de grandir ce personnage au point de l'égaler à Jean l’Apôtre, précisément parce que la place était prise. Nous admettons très volontiers que s’il n’y avait eu à Éphèse qu'un seul Jean, ancien et non point apôtre, on aurait pu être tenté d’en faire un apôtre. Encore est-il que la confusion de Philippe le diacre et de l’apôtre Philippe (2) n’est point du même ordre, puisqu'ils appartenaient à la même génération. Mais enfin, concédons que ce Jean ait pu être grandi par le patriotisme local. Or nous ne savons pas même s’il appartenait à l'Asie. Dans sa concurrence avec Jean l'Apôtre, où le désigna d’abord comme un ancien, ce qui le mettait à son rang. Puis il fut oublié, jusqu’au jour où Denys d'Alexandrie, alléguant des raisonslittéraires pour refuser l'Apocalypse à l'Apôtre parce qu’elle ne pouvait être du même auteur que Pévangile, chercha un autre Jean en Asie. Alors on trouva, ou l’on crut trouver deux tombeaux au nom de Jean, et Eusèbe pensa que le second tombeau devait être celui de l’ancien, qu'il tenait comme auteur de l’Apocalypse. Mais les anciens, qu'ils aient été connus d’Irénée directement, ou seulement par Papias ce qui nous paraît de beaucoup

le plus vraisemblable, usaient et peut-être abusaient du prestige que :

(1) Chronologie, p. 668.

(2) Voir plus loin Polycrate.

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