‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 189 sur 326 · edwxev (H) ou Geôwxev (TS V · texte numérisé non relu

edwxev (H) ou Geôwxev (TS V

29) La réponse du Sauveur ramène tout à l'unité (autrement IX, 3). L'œuvre du Père c’est d'envoyer son Fils; s'associer à cette œuvre, la faire en quelque sorte, c'est croire en son envoyé (cf. I Jo. m1, 23). D'après Loisy et Bauer, c’est l'état du christianisme désormais distinct du judaïsme, après la controverse paulinienne qui à remplacé les œuvres par la foi. Il faudrait même dire (cf. Godet) que c’est la synthèse des théories de Paul et de Jacques, puisque la foi est devenue une œuvre, l’œuvre voulue de Dieu que l’homme doit pratiquer. Aug. : Ideo noluit discernere ab opere fidem, sed ipsam fidem dixit esse opus. Ipsa est . enim fides quae per dilectionem operatur. — Mais on peut affirmer que si l’on n'avait pas étudié Paul avec le désir de comparer les doctrines, ce que faisaient les Pères, personne ne verrait ici une allusion à la distinction des œuvres et de la foi, d'autant que les œuvres du v.28 ne sont pas les œuvres de la Loi, et si cette distinction n'est pas exprimée, on n’a pas le droit de dire qu’elle est dépassée. En somme, aux Juifs qui le consultent sur les œuvres qu'il leur propose, Jésus demande de croire en lui. C’est la seule chose qu'il exige tellement qu'on peut la dire unique, quoique Jo, ne prétende pas assurément laisser de côté d’autres œuvres, comme l’amour du prochain, ete. Et d'autre part, on sait combien es synoptiques ajoutaient d'importance à la foi (Me. 1x, 23; xt, 22 etc.) qui est en somme l'adhésion à Jésus (Mt. 1x, 28 ss.).

30) Question inattendue, dit-on. Ils ont vu un signe assez impressionnant pour: les décider à offrir la royauté à Jésus; et quand il leur propose de le reconnaître comme envoyé de Dieu, ils demandent un signe. — C'est qu'ils ont très bien compris que Jésus ne veut pas de la royauté, ni satisfaire leurs aspirations temporelles, qu’il veut les entraîner plus haut dans les voies de Dieu, et que, refusant de s’accommoder à leur programme, il exige une foi qui pourrait paraître aveugle. Ils demandent done un nouveau miracle, non plus de l'ordre temporel, mais de l’ordre divin, qui justifiât les prétentions nouvelles de Jésus. Aussi bien, le ton commence à être défiant et antipathique : ob, toi, qui te mets

“en avant; — {ve {wuev nous tenons à bien constater avant de croire — à toi, sof, En fin de compte, +{ äsyétn, toi qui demandes aux autres d'épyéKeca? Dans Mc. (vi, 11) et dans Mt. {xvr, 4) la demande d’un signe du ciel suit immédiatement la seconde multiplication des pains.

« Que devons-nous faire, pour procurer les œuvres de Dieu? » 2 Jésus répondit et leur dit : « L'œuvre de Dieu, c’est que vous eroyiez en celui qu’il a envoyé. » Ils lui dirent donc : « Quel signe miraculeux fais-tu done, qui nous éclaire de façon que nous croyions en toi? Que procures-tu? Nos pères ont mangé la manne dans le désert, comme il est écrit : 17 leur a donné à manger un pain venu du ciel. » * Jésus leur dit donc : « En vérité, en vérité, je vous [le] dis, Moïse ne vous a pas donné le pain venu du ciel; mais mon Père

31) Il ouvre des horizons nouveaux, et il n’a fait qu’un miracle inférieur à celui du temps de Moïse. Il parle d’une nourriture céleste, et leurs pères en ont déjà goûté.

La citation rappelle surtout Ps. Lxxvir, 24 xaÙ EGpebey adroïs uévva payeiv, #œ &otov odoavoÿ Edwxev aètoic, Cf. Ex. xvi, 4; Sap. xvi, 20. Le sujet de #dwxev est évidemment Dieu, mais on savait que tous les miracles du désert avaient été accordés à la prière de Moïse; c’est lui qu’il fallait dépasser, à tout le moins, si l'on avait des prétentions si hautes.

32) Évidemment Jésus ne nie pas que Dieu ait donné par Moïse un pain qui venait du ciel-atmosphère; Popposition directe n'est pas non plus entre Moïse et le Père, mais entre cet ancien pain et le pain qui est vraiment le pain du ciel au. sens spirituel. Secondairement, le pain véritable a encore cet avantage qu'il est donné directement par le Père, tandis que l'intermédiaire de Moïse marquait la manne d’un caractère inférieur : Moïse, chef du peuple, pourvoyait à ses besoins temporels. Il est très peu vraisemblable cependant que cette insistance sur Moïse soit une: allusion à l'opinion rabbinique que, si la nuée avait été donnée à cause d’Aaron, l’eau à cause de Marie, c’est à Moïse spécialement que Dieu avait donné la manne (Weger, Jùd. Theol., p. 311). — Le caractère spirituel du pain nouveau est encore accentué par l'opposition de Stdwotv à Sédwney (ou Édwsev, BD); si Dieu le donne déjà, c'est done d’une manière mystérieuse, et ce n’est pas une nouvelle effusion de Ia manne telle qu’on l’attendait aux jours du Messie. Ce qu'on trouve dans les écrits rabbiniques est beaucoup moins glorieux pour la manne future que ce qu’on lit dans Sap. xvr, 20-29. On voit seulement que la manne devait descendre aux temps messianiques; Sib. vr, 148 s. (d’après Geffcken, judéo-chrétien du n° 8. ap. J.-C.) : AN ua mévres | uévunv Tv Sposephy Xeuxoïory 8doëat péyoytæ. Apoc. Bar. xxx, 8 : ef erit üllo tempore, descendet iterum desuper thesaurus manna, et comedent ex co ïstis annis… Cf. Mekiléa sur Ex. xvr, 25, 50, Cant. rabba n, 22 : après quarante-cinq jours, le Messie est révélé à Israël et il fait descendre sur eux la manne. Je ne vois même pas qu’elle soit la nourriture des anges, comme dans Ps. Lxxvir, 25 et Sap. xvt, 20; cependant le moulin où elle était préparée était au troisième ciel (Weser, Jüdische Theol. P. 204). Ce qui est beaucoup plus frappant, c'est que le Logos de Philon SOib re la manne, comme nourriture spirituelle des âmes (cf. 1928; p. 348). Mais il n'est pas question d'Incarnation dans Philon, tandis qu'ici Jésus va se désigner

. r | ONE, lui-même, et s'offrir aux personnes présentes (byiv).

176 | ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, vi, 33-36.

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raraBaivwy Ex Toë obpavoë nat Cuny GBodc Tù noouw. Heirov où rpès cadréy Küpue, mévrore dùç uiv tTèv dproy Tobtov. Beirey adrots à ’Incoùc ’Eyw eu 6 dproc Ts Cuñs' à Epyômevos mpès EME où Lu Tetvéon, nai 8 miorelwv els Euè où ph diphoer mumote. GX) eilrov duty bre Kai Ewpduaté pe «a où mioretete. 7 IIäy à Gdwoiv por à rathp Tpès

35. om. ovy p. axev (H) ou add. (TSV). — eus 1° (THV) ou ue (S). — Gtÿnoer (THV) <t non àtÿnon (S).

33) Le pain de Dieu, vraiment descendu du ciel, donne la vie au monde et une vie spirituelle; la manne ne faisait qu’entretenir la vie périssable de quelques Israélites. — 6 &ptos est attribut : le pain qui descend, etc., celui-là est le pain de Dieu.

34) Ils demandent le pain comme la Samaritaine demandait l’eau (1v, 15), dans des dispositions aussi obscures, et, d’après le ton de leur dernière réplique (30), sans beaucoup de confiance, comme s'ils se disaient : nous allons bien voir ({èwuev), et il sera toujaurs temps de croire. — révrore « en tout temps», puisque celui qu’ils ont recu n’a calmé leur faim que pour un temps. Un pain si extraordinaire et divin, quel qu'il soit, ne serait pas de refus. Attendons.

35) Avec la Samaritaine, Jésus avait rompu l'entretien (1v, 16) au moment où elle demandait l’eau vivifiante. Cette fois il s'exprime clairement, non qu'il attende beaucoup de la disposition de ces Galiléens, mais parce qu'il veut que la vérité une fois mise en marche progresse toujours. L'accent est sur yw, ce qui dut étonner les auditeurs. Mais il ne leur dit pas encore que ce pain sera leur nourriture. Il est pain parce qu’en venant à lui on apaise la faim qui cherche Dieu, c’est-à-dire la faim spirituelle, et il commente cette démarche par l’acte de foi, tandis que la soif vient naturellement comme un besoin parallèle (Is. xuix, 10). C’est donc, par le détour du pain occasionné par leur objection, un retour à l'affirmation du v. 29. — rwxote à la fin de la réponse répond à rdvrote au début de la demande : il sera inutile de donner sans cesse de ce pain, puisqu'on le possédera toujours par la foi, de manière à n’avoir jamais faim ni soif. Sans doute Le désir de posséder Dieu davantage ira toujours en augmentant (cf. sur 1v, 13); maïs du moins l’âme aura conscience d'entrer en contact avec lui et de le posséder par la foi. Cela ne fait pas suite à Gal. 1, 20, comme prétend Loisy. Le Christ parle de venir à lui, de croire en lui pour apaiser la faim, ce qui est assurément très mystique et le principe sur lequel s'appuie Paul, mais la vie de l’apôtre dans le Christ et la vie du Christ en lui est une Doon beaucoup plus explicite dans sa réciprocité.

__36) Le v. 36 est un peu en dehors du thème. C'est une réflexion douloureuse en manière de parenthèse; elle semble hors de sa place primitive, qui pourrait bien être après le v. 40. Le début est difficile. À quelle parole antécédente Jésus fait-il allusion? On ne peut indiquer que le v. 26, et encore à la condition de supprimer ué avec T (et Zahn) d'après NA abe g deux mss. de vg. syrcur et

Es vre

vous donne le vrai pain venu du ciel; #car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel et qui donne [la] vie au monde ». #1Ils lui dirent donc : « Seigneur, donne-nous toujours ce pain. » 5 Jésus leur dit : « Je suis le pain de la vie : celui qui vient à moi n’aura pas faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif. % (Mais je vous ai dit que vous m'avez vu et que vous ne croyez pas). ?7 Tout ce que le Père me donne viendra à moi, et celui qui viendra à moi je ne le

sin. De cette facon on peut dire que Jésus a rappelé aux Galiléens ce qu'ils avaient vu, c'est-à-dire le miracle de la multiplication des pains. Mais on a ainsi l'impression que la suppression de ué est une correction adroite. Avec ué, on a proposé d’entendre : « Je pourrais bien vous dire », comme dans Dém. 4, 44 fesxé vi (Kühn.-G. I, p. 463), en français « dira quelqu'un ». Mais cette tournure parait un peu recherchée pour le style simple de Jo. Il reste donc à admettre un renvoi au v. 26 : vous m'avez vu, c'est-à-dire à l’œuvre, ou de supposer que Jo. renvoie à une conversation qu’il regarde comme antérieure, dont il a le souvenir, mais qu'il n’a pas rapportée, ce qui n’est pas du tout invraisemblable. — xal…. xal, le second dans le sens de « et cependant » (ef. xv, 24) qu'il peut avoir en grec (Eurte. H. f. 509 ôvouasrà rodoswv, xal y? dpelke0” à tôyn).

37-40) On a voulu établir un contexte entre cette petite section et Le v. précédent. Le plus souvent, on a vu dans le v. 37 la cause dernière de l'infidélité des Juifs : s’ils ne viennent pas, c’est que le Père ne les a pas attirés. — Mais ce serait introduire ici le caractère exclusif de la prédestination qui ne paraït pas même au v. 44. Maldonat a remarqué que ce serait en apparence atténuer leur faute, à moins de se lancer dans des explications sur les rapports de la prédestination et de La liberté. D’après Schanz, Jésus affirme que leur incrédulité envers le Fils est en même temps une faute envers le Père qui a donné au Fils ceux qui croient : déduction assez indirecte. D'après Loisy (p. 237) : « Au fond de l'ensemble est la doctrine de Paul sur la prédestination et la réprobation. » Mais outre qu'il n’est pas question ici de réprobation, la prédestination était connue des Juifs (cf. Comm. Rom., p. 248); elle n’est pas enseignée ici; elle est plutôt suppôsée dans une certaine mesure. Les Juifs savaient bien que pour avoir la vie éternelle il faut croire en Dieu, aller à Dieu : ce que Jésus leur enseigne c’est que Le Père veut qu'on passe par le Fils.

Encore n'est-ce pas tout ce que ce petit morceau a en vue : c’est une invitation très tendre du Fils, qui se rattache au v. 35. Celui qui croit n'aura jamais soif. Pourquoi? Parce que le Père se propose son salut, le donne au Fils dans cette intention, et que le Fils fait tout ce que désire le Père pour le sauver, jusques, et y compris, la résurrection. — De sorte que nous voyons dans l’absence de contexte a parte post comme a parte ante une nouvelle preuve que le v. 36 n’est pas à sa place.

37) ëué que nous lisons après le premier res est la forme accentuée qui met da personne plus en relief. — rä au neutre pour « toute personne », comme

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v. 39; xvu, 2: cf. mr, 6; L Jo. v, #. — pour #xw, venir à une divinité, cf. fxw rebs thv xvolav “lo (Dirt. Or. gr., 186, 6, cité par Bauer). Ce mot rappelle toyduevos du v. 35. — ëx68Xw Eu, cf. xv, 6 n'indique pas l'expulsion du royaume de Dieu de l’au-delà, car personne n'en est chassé. Cela suppose seulement que l'homme a été admis dans l'intimité du Fils, parmi les siens. Ce n’est pas lui qui prendra jamais l'initiative de le chasser; on peut bien dire : tout au contraire!

38) En effet le Fils est descendu du ciel précisément pour faire cette volonté du Père qui consiste à sauver par les soins du Fils.

39) évastiow, la première fois à l’aoriste, en parallélisme avec ärokiow. — Sédwxev au parfait parce que le don est antérieur à l’action du Fils.

— Si ce verset ne précédait le suivant, on y verrait une affirmation de Ia prédestination par le Père, comme cause certaine du salut, puisque le Fils ne perd aucun de ceux que le Père lui donne. Mais si l'en entendait de la même façon le v. 40, il s'ensuivrait que la foi est inamissible. Ce serait contraire à la théologie catholique, à l'expérience, et à Jo. lui-même, puisque, parmi les disciples eux-mêmes, le fils de perdition a péri (xvir, 12). Le sens est plutôt que si quelqu'un vient à se perdre, sa perte ne sera pas imputable au Fils qui ne perd personne, et par conséquent il ne s’agit pas ici de la prédestination par Dieu. Il y a donc une certaine insistance sur ce don du Père, non pas pour mettre en vedette la nécessité de la prédestination, mais pour montrer combien ces hommes doivent être chers au Fils, et combien il les aime en effet. Encore moins peut-on déduire du texte quelle est l’action de Dieu et celle de l'homme, et dans quel état se trouve celui qu'il donne avant le don. On peut dire avec Maldonat que ce sont des hommes déjà bien disposés, idonei ut Christi discipuli fiant, ou avec saint Thomas que Dieu leur donne de croire. Le texte fait abstraction de cela : ceux qui viennent sont un don du Père, et ils viennent par la foi, qui suppose bien leur adhésion. Peut-être étaient-ce des pécheurs, peut-être de bons Israélites, avant le moment où ils sont venus à Jésus. — ra... pu — près, tournure sémitique, avec reprise du pronom à la fin; cf. Comm. Mt. xcvrr.

40) Insistance sur la volonté du Père : tous ceux qui voient le Fils, qui le considèrent attentivement et qui croient ont d'abord en eux la vie spirituelle qui est la vie éternelle, et ensuite le Fils Les ressuscitera. Ils sont orientés par le Père vers la vie éternelle, et le Fils exécutera sa volonté. Il n’est pas dit qu'il n'arrivera à personne de perdre la foi, mais seulement quel est le résultat

rejetterai pas dehors, # parce que je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. # Or la volonté de celui qui m'a envoyé est que je ne perde rien de ce qu’il m'a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. # Car telle est la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en Jui possède [la] vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. (5%) Mais je vous ai dit que vous m'avez vu et que vous ne croyez pas.

M Les Juifs murmuraient donc à son sujet, parce qu’il avait dit :

de la foi d’après les desseins du Père et sous l’action du Fils; ce qui est surtout enseigné, c’est la parfaite conformité de la volonté du Fils avec celle du Père dans l’œuvre du salut des hommes. Rien de plus propre que ces paroles si bienveillantes à décider des Juifs à confier à Jésus leurs destinées éternelles sans s’écarter d’une ligne de la foi qui les rattachait au Père. C'était une manière de leur expliquer en clair ce qu’il était comme pain descendu du ciel. Il faut convenir que le v. 36 serait beaucoup mieux placé après le v. 40; après . 6 Bewedv pe, l'opposition &XAà... et éwpdxaté ue x. r. À. serait très naturelle.

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