‹ Evangile selon Saint JeanChapitre 19 sur 326 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

ensemble ou séparément, mourraient d'une mort semblable, dans les mêmes circonstances; mais on pouvait aussi entendre le calice et le baptême d’une destinée semblable, sans préciser la mort violente. Quand Jésus invitait ses disciples à porter leur croix et à le suivre (Mc. vin, 34, etc.), il ne les invitait pas à prendre une croix de bois sur leurs épaules et à marcher à sa suite sous ce fardeau.

D'ailleurs, à raisonner en toute rigueur et ad hominem, on ne voit pas pourquoi Mc. n'aurait pas écrit une prophétie non encore réalisée : sinon, aurait-il annoncé les symptômes de la fin du monde? Les critiques en seraient quittes pour dire que Jésus s’est trompé, ce qui ne leur coûte guère, mais il n’est donc pas évident que Mc. ne pouvait écrire ces mots. que le fait du martyre accompli.

Où Marc aurait-il pris ce renseignement ?

4) Luc n’a pas reproduit l'épisode de Mc. (et de Mt.) et n'a parlé que du martyre de Jacques (Act. x11, 2) sans y voir l’accomplissement d’une prophétie.

Si Jean était mort avec Jacques, pourquoi ne pas le dire, et pourquoi ne pas mentionner une prophétie aussi frappante? Le silence sur Jean et l’omission de la prophétie, surtout si on les regarde comme combinés, prouveraient bien que Luc ne savait rien du martyre de Jean.

2) L'auteur du quatrième évangile a vécu longtemps après le martyre de Pierre. Dans l'hypothèse des critiques qui regardent le ch. xxr comme un appendice, on savait très bien qu'il n’était pas mort martyr et on entendait montrer que ce n'était pas une infériorité par rapport à Pierre, puisque chacun d’eux avait suivi l’ordre du Seigneur : or cet auteur ne pouvait être que Jean, fils de Zébédée.

3) L'opinion générale que Jean n'est pas mort martyr est d'autant plus recommandable qu'elle parait au premier abord en opposition avec deux évangélistes. Ou le texte avait clairement le sens que disent ces critiques, et cette opinion n'aurait pu naître; ou le texte a paru vague dès l’abord,

et c’est sans doute qu’il l'était.

Le deuxième argument des critiques est la persistance de la prétendue tradition de Mc. (et de Mt.), en dépit de la tradition opposée, absolument dominante.

Le principal témoin serait Papias. Deux textes :

a) Tarias êv +6 deutépw Adyw, Aéyer tt Lodyvns 6 Geoloyos xat ’Idxw6oc 6 adehods «rod Ümd ‘loudatwv dvnpénouv.

M. de Boor qui a publié ce fragment (1) le regarde comme un extrait de Philippe de Side (vers 430). Quel que soit l’auteur, il n’a pu lire dans Papias Jean « le théologien ». Le sens naturel est que les deux frères

(1) Texte und Untersuchungen, V,2, D:2170:

L'AUTEUR DU QUATRIÈME ÉVANGILE. XLE

seraient morts en même temps. Papias aurait-il osé le dire contre l'autorité des Actes? En tout cas ce serait faux, puisque Jean vivait encore au moment où Paul est venu à Jérusalem vers l'an 50 (Gal. 11, 9).

b) Georgios Hamartolos (1x° siècle) avait noté parmi les matériaux qu'il ne jugea pas à propos de faire figurer dans l’édition définitive de sa chronique (4) : Iamias yap 6 Teparéheuc micxomos, adtOmTne TOUTOU YEVOHEVOS, Év TÉ deurépu dy Tv xupraxidv roylwv pont, re Ürd ’Joudaitv dvnpéün rAnpooac

Snhaëh perk roù ddehpod Tv Toù xpioTod ep} adTOV TPOpPPNGLV.….

Il n’y a pas à tenir compte du contexte qui est en parfaite contradiction avec ce passage : ce qui importe n'est pas la pensée du moine du 1x° siècle, mais un extrait possible de Papias. Or, dans ce cas, le sort de Jean est marqué par le verbe au singulier, quoique l'intention soit d'associer Jean au martyre de son frère : c'était donc le texte primitif

plutôt que le pluriel de Philippe de Side, qui avait de plus ajouté le terme de théologien.

Que Papias ait écrit ‘Iudvvns brd ’Loudatwv &vnpéôn, on l’admet sans dif= ficulté, mais était-ce bien Jean, fils de Zébédée? Cette identification n’est pas possible : Irénée ne la lisait sûrement pas dans Papias, qu'il regardait (à tort) comme un disciple de Jean. Nous n'argumentons pas du silence d’Irénée, mais de son affirmation inconciliable avec le prétendu dire de Papias. De même Eusèbe. Non seulement il n’a pas relevé cette énormité dans Papias : en supposant que Papias distingue deux Jean, l'un l’évangéliste, l’autre qui est l'Ancien, il indique clairement que Papias admettait l'existence de l’évangéliste en Asie, où des Anciens l'avaient vu. Dans l'hypothèse des critiques, Eusèbe n'avait qu’une chose à dire à Irénée : Vous faites Papias disciple d’un apôtre que Papias dit avoir été mis à mort en Palestine par les Juifs!

On pourrait soutenir que Papias a cru à un martyre de Jean en Asie: très tard. Mais ce serait renoncer au prétendu fait accompli dans Marc, et l'affirmation de Papias, isolée, n'aurait plus d’autre valeur que celle d’une conjecture exégétique pour justifier Mc. entendu servilement, conjecture plus exigeante que celle de Tertullien (de praescr. 36) qui s’est contenté de l'huile bouillante pour le titre de martyr.

Alors quel était le Jean de Papias? Très probablement Jean-Baptiste, comme l’a très bien vu Zahn qui a cité le Ps. Cyprien, adv. Judaeos 2 : Toannem interimebant (les Juifs!) CAristum demonstrantem.

Le dernier argument pour le martyre de Jean — à ne pas tenir compte de broutilles insignifiantes — est tiré des martyrologes. Le mart. syrien place au 27 déc. : « Jean et Jacques les apôtres à Jérusa+ lem. » Le martyr. arménien, au 28 déc. : « Fête des fils du tonnerre

Jacques et Jean. » Le martyr. de Carthage : VI Æal. Jan. sancti Johannis

(1) Éd. de Boor (Teubner, IT, p. 447).

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