XLIV INTRODUCTION
eût été moins porté à rechercher les bonnes grâces d’un vieil évêque. » Mais il semble bien que Florinus était l’ainé, peut-être seulement de quelques années. Si nous le supposons né en 1925, il aurait eu soixantecinq ans en 490 : ce n’était pas trop tard pour dogmatiser : on a vu des défections à cet âge. De cette façon tous les textes concordent assez bien. Nous allons maintenant les citer.
1) Lettre à Florinus (1)... raüra rà ddyuata of xpè fuüv (2) roecébrepot, of xai toic dmootohots cuuyouTGAvTEs, OÙ mapEdwx av Got, eldov yép ce, mais Êtt œv 2y r9 xdro "Acta mupù [loluxdpre, Axurpü rpdcoovra év TA Basthixÿ aùAT xat mapopevoy sbdoxmeiv map” abri (3): AA Yap rh rôre dauvnuovebw Tov ÉVAYL06 yuwouévov (ai yüp x maidwv adñoeis (4) auvausoucur + Yuyñ, évolvrat adt7) GoTts pe GvaoÜat sireiv xal rdv TOO Év & xabetdwevos Guehéyero 6 paxdpios IToÜxæpTo6, xal raç Tpoddous adroÙ xat Thç eloodous xai Tov yapaxtriox To Blou xat Tv ToÙ cupatos idéav rat Tùç DuaAëGELs &s émouiro mpôç +0 mAN00, xal Tv perà ’Jwavvou ouvavacrpophv Ge émAyyehhev xal Thv merà tüiv Aoirüiv Tv Éopaxotuv TOv xUpLov, xal Ge dreuvnudveuey robe Adyous adrüv, xal mepl roù xuplou riva Av à map’ éxeivwv axnxôet, xl mepl tv duvauewv aûtoÿ xat mEpl Thç dudasxalac, 6 TApX TOV aÜTonrôv tic Guns roë Adyou mapalnpos 6 [lokxapmos érÂyyehkev révra cÜupuwva ras YPAAS.
Manifestement lrénée, jeune chrétien d’une vive intelligence, a été admis dans l'intimité du vieillard. Se serait-il posté devant sa maison pour le voir entrer et sortir? Florinus recherchait cette intimité : si Irénée le lui rappelle, c'est qu'ils avaient échangé dès lors leurs impressions. Elles étaient surtout vives lorsque l’évêque enseignait son peuple. Il aimait à rappeler son commerce avec Jean, et avec ceux qui avaient vu le Seigneur. Comprendrait-on qu’il ait mis dans un relief singulier ses relations avec Jean l’ancien, disciple du Seigneur au sens large? L’aurait-il nommé spécialement parmi ceux qui avaient vu le Seigneur? Ce qu’il voulait savoir de ces témoins sur les miracles et les enseignements du Seigneur aboutissait à reconstituer la vie du Verbe, c’est-àdire que c'était comme un commentaire du quatrième évangile, par celui surtout qui avait rendu témoignage au Verbe, tous ces dires étant d’ailleurs en harmonie avec les Écritures.
On aura noté que dans cet endroit Irénée ne parle pas d’apôtres, mais
(1) Eus. A. E. V, 20, 4-8.
(2) Avant Irénée et aussi avant Florinus : ils avaient donc à peu près le même âge. Le oo qui suit n'indique pas que Florinus ait entendu les anciens, mais seulement qu'il ne suivait pas leurs dogmes. |
(3) Ce trait n’est pas d’un enfant, mais pas davantage d’un homme mûr.
(4) lrénée atteste donc la fidélité de ses souvenirs sur ce qu’il a appris : ce ne sont pas si l'on veut des instructions suivies sur un thème donné, mais c’est la première formation doctrinale indélébile. N’est-il pas très fréquent qu'un jeune homme ait acquis à dix-huit ans les convictions auxquelles il demeurera fidèle ?
L'AUTEUR DU QUATRIÈME ÉVANGILE. XLV
de « ceux qui ont vu le Seigneur ». Dans une langue où l'on en vint à dire ot mept IAdruvæ pour désigner Platon, le pluriel n'a pas toujours sa pleine portée. On peut songer à Philippe le diacre, à d’autres, inconnus de nous. Mais il n’est pas permis de récuser un souvenir aussi précis, une affirmation aussi solennelle sur le point décisif, Polycarpe a donc connu Jean l’Apôtre quelque part en Asie.
2) En écrivant à Florinus, Jrénée avait surtout rappelé l'horreur de Polycarpe pour les hérétiques : de tels souvenirs étaient de nature à faire réfléchir son ancien ami. Dans son ouvrage contre les hérésies, il insiste sur la situation de Polycarpe comme témoin de la tradition des Apôtres.
Dans Eus. A. E!. IV, 14,3 : xal Tloküxapros OÈ où uôvoy OT 0 arootohwv man reubele xaÙ cuvavacrpngels moXhoïs taie Tv xüprov Éopaxdouv, dXAX xal bno dmosrohwv xurasradelc ete vhv Asia êv r7 év Eubpvn éxxhnoix Emloxonoc, dv xat nues Éopdxauev êv TA TpUTN fuov fhwia (ërt roXd Yàp mapéqEuvEv xal TAVU ynpxhéos Evous nat ÉTIPAVÉGTATE LUPTUPATAG) EH) 0ev rod Blou), Taûta SDdEag del à xal mapà Tüv &T06rékwv duabev.… xx eloiv of éxnxoëres adro 871 /Lwdvvne à ro xuplou malnrhs Ëv TÀ *Ev£ow… suit la rencontre de Jean avec Cérinthe dans un bain public.
Il faut reconnaître qu'ici Irénée parle d’une manière moins personnelle, et qu’il adopte les termes qui paraissaient commandés par son sujet. Puisque Polycarpe représente la tradition des Apôtres, il a donc été instruit par les Apôtres, comme l’église romaine à conservé la tradition des Apôtres. Ou peut-être Irénée s'est-il cru autorisé à ce pluriel parce que le diacre Philippe passait couramment pour un Apôtre, ou parce qu'on croyait à la présence d’André auprès de Jean (1)? On sait d'ailleurs que le N. T. ne réserve pas aux Douze le nom d’apôtre (Rom. xvi, 1), et peut-être Irénée se sert-il ici de ce terme dans le même sens large.
On expliquerait de cette façon que Polycarpe ait été installé évêque par les Apôtres, c’est-à-dire de l’aveu et du consentement de ceux qui avaient vu le Seigneur et prêchaient sa doctrine en Asie. Mais cette fois encore Irénée ne fait nommer à Polycarpe que Jean, le disciple du Seigneur. Comment Jean l’ancien, personnage qui n’a d'autre état civil que par Papias, ainsi qu'Aristion d’ailleurs, comment cet inconnu aurait-il toujours été pour Polycarpe une autorité indiscutable? Irénée ne peut s'être toujours trompé : il ne se trompait pas en mettant hors rang une personnalité qui ne peut être que l’'Apôtre.
3) C'est comme un corollaire de ce qu’il a dit de Polycarpe qu'irénée ajoute (Eus. À. E. I, 23, 4) : AM xat À ëv "Epéow 2xxAncia ümo Habhou uèv vebesektwuévn, ’[wdvvou à mapapelvavros aÜTois péypt rüv Tpatavon YpOVOY, péprus &Anrs ÉdTw rñc T@Y &TooTo y rupañdsews. On savait donc que Jean,
{1) Voir plus bas le Canon de Muratori.
- r À ès A4 k 2 Là FE ny \pôtre, placé dans la même perspective que Paul, 5
x: se plus RAR avait pe la tradition ue à )hèse.
ons sa lettre au pape Victor (1), Irénée n'hésite pas à dire De. 2 cs pi ne pont être niée des Romains, que se avait Ross
el les autres apôtres : Oùre yàp 6 Avixntos ty te reloat PR LA à | rmpeiv, dre era wëvvou ro5 uafnron roù xp tou fuov xal Tév Aormüy érocréhow 4 It die ouvdtéroupev, del Ternpnxota. Fe $ Il est donc certain, par le témoignage d’[rénée, que saint Polycarpe. a connu l’Apôtre Jean, et cela concorde parfaitement avec l'usage qu'il à fait d’une deses épitres.
Les Valentiniens.
| Ptolémée et Héracléon, disciples de Valentin, écrivaient de l'an 445 à l'an 185 (2). d Or Héracléon attribuait Jo. 1, 18 non pas au Baptiste, mais au dis- | ciple (3), c'est-à-dire qu’il distinguait deux Jean : le Baptiste et l'auteur de l’évangile. | E Ptolémée dans la lettre à Flora, conservée par saint Épiphane, disait. tout uniment « l'apôtre » pour désigner l’auteur du prologue (4), et «Jean le disciple du Seigneur » dans le fragment sur le prologue cité PAPE : Irénée (5).
Basilide.
Basilide dogmatisa à Alexandrie de 120 à 140. Dans sa réfutation de toutes les hérésies, Hippolyte lui fait dire : xat rodro, wnalv, art vd duree * Êv Toic Hs « 2v To pos Tù &Anuvey, 6 Det TévTa fera pyomEvov sie Tv xôcuov », puis : ixavdc 6 cwrhp Aéyuv: « oùrw Hxei à É &pa pou » (6). Il
est assez tre qu'Hippolyte ait cité un document authentique de Basi-
lide (7), d'autant que ce gnostique avait lui-même composé un évangile. |
Les paroles citées par Hippolyte sont néanmoins un indice de LORRISE générale avant lui.
(1) Eus. Æ. E, V, 24, 16.
(2) HARNACK, Chronologie. p. 721. S
(3) Origène, Comm. éd. Preuschen, p. 109 : cipñolar oùx md To Barriorod à) érd ro ualntoÿ,
(4) Éripx. Aaer. xxx, 3, 6.
(5) Haer. 1, 8,5, d'après 1e grec conservé par Épiphane.
(6) Ref. vx, 22. 27.
(7)Bardenhewer, 1, p. 321. Sur les citations de Clément d'Al, cf. Zahn, Gk. I, p. 7665. =
L'AUTEUR DU QUATRIÈME ÉVANGILE
Marcion.
Marcion a écrit ses Antithèses et publié son Nouveau Testament : probablement de l’an 139 à l’an 144 (1). D'après Harnack qui a étudié la question à fond, il n'y a plus lieu aujourd’hui de démontrer qu’il a connu les quatre évangiles; ce point est acquis à la critique. D'ailleurs ce savant récuse les indices précis fournis par Zabn, et qui cependant … établissent avec assez de probabilité que Marcion, tout en rejetant Jo., 4 n’a pas dédaigné de l’employer. Il a écrit dans le Pater : rdv &ovov co (Le. xx, 8 fuüv), donc le pain de Dieu, ce qui est bien johannique (Jo. vr, 33). Cette correction si importante pour le sens, et si minime en fait, a certes son cachet. Dans le dialogue d’Adamantius (vers 300), le marcio- nite Marcos se laisse citer comme appartenant à son évangile (ir, 46) : dvrokpv, ont, xauviv Oldopr Opiv, va dyanäre A AfdouG, ax 6 rarhp AYÉTNIE £u&, ce qui rappelle Jo. xr1r, 34, en remplaçant le Christ par son Père. … Marcos cite lui-même (Ad. 11, 20) : ei Ate x toUtou ToÙ xp, 6 xOGLOG à - rù luov égthe, cf. Jo. xv, 19. Harnack suggère que ces deux passages ont été insérés depuis Marcion dans la Bible du parti. Rien ne le prouve, et même rien ne le fait conjecturer. Mais peu importe pour notre examen que Marcion ait démarqué ou non quelques passages de. Jo. L'essentiel est qu’il l’a connu, puisqu'il l’a rejeté, et rejeté malgré le nom de l'apôtre Jean qui lui servait de garantie. Non qu'il regardât ce nom comme une falsification (2); il eût rejeté plus volontiers l’œuvre d’un ancien apôtre que celle d'un anonyme qu'on pouvait dire paulinien, et peut-être même s'est-il élevé contre les Apôtres précisément pour démolir l’autorité déjà établie des évangélistes-apôtres. Cela ressort assez nettement de ce que dit Tertullien. La question qui se pose est celle des évangiles écrits (adv. Marc. 1v, 2) : Constiluimus imprimis evangelicum instrumentum apostolos auctores habere. Et ces noms sont connus, inscrits en tête des évangiles, ce sont ceux de Matthieu et de Jean. On eût pu avancer qu'ils étaient faux. Ce n’est pas ce que fit Marcion, n’osant attaquer de front avec sa seule autorité une tradition indiscutée. Il prend donc son point d'appui sur saint Paul (Gal. 11, 4-11) pour s'en prendre aux apôtres,
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