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d’après la pratique de l’Église, sans déclaration spéciale. On le voit en partieu-
lier par le vote de l’évêque de Sinigaglia (Senagaliensis) : Particulas nominatim
à . pe \ tibus, ut nunc leguntur ün ecclesia, secundum veterem et vulgatam editionem. On sait que le décret définitif ne se contenta pas de la lecture actuellement cons-
une lecture traditionnelle : Si quis autem libros ipsos integros cum omnibus suis
editione habentur, pro sacris et canonicis non susceperit a. s. (Euses, Conc. Trid.
Act. t. V, p. #1, 52. 55). Or il est constant que la péricope a vraiment et depuis longtemps le droit d’être lue dans l'Église catholique. Les modalités de cette
histoire ne sont connues que par la critique, tandis que la réception s'appuie
sur l'autorité des prélats et l'assistance de l'Esprit-Saint, constituant le magis-
tère de l'Église, seule en état de prononcer sur le fait ecclésiastique de la cano- nicité qui correspond au fait divin de l’inspiration. :
b) Le jugement indirect ou implicite de l’Église sur le fait de la canonicité et de l'inspiration n’emporte pas une décision sur l’auteur inspiré de la péricope,, qui pourrait avoir été insérée dans l’évangile de saint Jean sans appartenir à sa trame primitive. Les raisons de penser qu'il en est ainsi sont : 1° l'aspect de corps étranger qu'offre la péricope, soit parce qu’elle dérange le contexte, soit parce qu’elle n’a pas le même style que le reste; 2 l'état de la tradition dont une très grande partie ne suppose pas son existence en cet endroit.
La première raison sera examinée dans le commentaire. Nous résumons rapidement la situation extrinsèque de la péricope, beaucoup moins favorable que celle de la finale de Marc.
4. Manuscrits grecs : La péricope est omise par NBACLTXA et par les deux mss. très importants récemment découverts, W et © (qui cependant est parent de D}, aussi par de nombreux cursifs. Elle est munie d’astérisques dans EMAIE et 45 cursifs; placée à la fin de Jo. dans 1 et d’autres; après Le. xx1, 38 dans le groupe Ferrar (13 69 124 346) après Jo. vir, 36 dans le cursif 225. Elle est à sa place ordinaire dans DFGHKUF, de très nombreux cursifs. Le ms.
grecs.
2. Versions : Anc. latt. om. a f l 4 — add. 6 c de ff?. — NVg. add. tous les mss. — Syriaque; om. toutes les versions et mss. même la version hiérosoly-
mitaine, sauf le ms. À après une rubrique indiquant que l'évangile est terminé ; om. le Diatess. arabe; — les premiers suppléments de traduction syrienne datent du vies. (Zahn). — Coptes : om. sah. — Boh., sauf quelques mss. récents de boh. — Arm. om. sauf quelques mss. — Géorgien ancien om.
3. Pères. La péricope est ignorée de tous les commentateurs grecs : Origène (Preuschen, p. 317 où Origène xIx, 17 passe de Jo. vu, 52 à Jo. vrr, 42), Chrys. Théod. de Mopsueste, Cyrille d'Alexandrie, jusqu’à Théophylacte (xr° s.). Aucun __— autre auteur n’en parle que la synopse faussement attribuée à Athanase, et un
Nicon (xe siècle).
En Occident, elle est ignorée de Tert. (de pudicitia) de Cyprien (ep. Lv), qui . avaient l'occasion de la citer, et ne figure pas dans les controverses avec les
in decreto exprimi non placet, sed in actis concilit, insinuari tamen et indicari in decreto, placet hoc modo : Accipimus quatuor evangelistas cum omnibus suis par-
tatée par la Vulgate, mais exigea deux conditions, dont la première suppose
partibus, prout in ecclesia catholica legi consueverunt et in veteri vulgata latina
D du ve siècle et latinisant, est le seul témoin vraiment ancien parmi les mss..
Montanistes ou les Novatiens. Rien dans Irénée, Hippolyte, Jjuvencus, Hilaire. Mais elle apparaît dans saint Pacien de Barcelone (+ avant 392 à un âge très avancé) dans Ep. ad Sympronianum, ut, 20; Ambroise y fait allusion dans Apol. David altera (n, 5, Schenkl p. 361) et dans Ep. 1, 26,2 ac semper quidem decantata quaestio, et celebris absolulio fuit mulieris eius, quae in libro Evangelii, quod secundum loannem scribitur, adulterii rea oblata est Christo (P. L. XNI, 4042). — Jérôme (c. Pel. 1, 11) : in evangelio secundum Tohannem in multis graecis et latinis codicibus invenitur de adultera muliere quue accusata est apud dominum, ce qui ressemble à la constatation d’un fait curieux et en tout cas le moins normal. D'après l'état de la tradition, Jérôme a probablement vu beaucoup de mss.. latins, mais peu de grecs. Aug. commente la péricope dans son commentaire, et il a écrit (De adult. contugüs, I, vu, 6 éd. Zycha p. 387 s.) : Sed hoc videlicet infidelium sensus exhorret, ita ut nonnulli modicae fidei vel potius inimici verae fidei, crede, metuentes peccandi inpunitatem dari mulieribus suis, üllud quod de adulterae imdulgentia dominus fecit, aufferrent de codicibus suis, quasi permissionem peccandi tribuerit qui dicit : iam deinceps noli peccare. Ensuite les latins. sont unanimes pour l'acceptation.
Chez les Syriens anciens, personne ne parle de la péricope à propos de; saint Jean ; elle est encore ignorée dans le commentaire d'Icho'dad (vers 850).
Ainsi, s'il s’agit de la présence de la péricope dans le texte de Jo., le plus. ancien témoin est saint Pacien ou saint Ambroise, et c’est dans le monde latin que la péricope prend pied, longtemps avant qu'elle ait pénétré dans les mss. grecs, syriaques, coptes ou arméniens, de nous connus. On ne saurait donc congester ce fait évident qu'elle a gagné du terräin partout. Dans ces conditions, ül n’est pas téméraire de se demander si ce progrès n’est pas la suite d'une addition reconnue légitime, plutôt qu'une revanche sur une expulsion momentanée. En effet, ou bien la péricope a été retranchée délibérément, ou elle à été introduité après coup, quoique très anciennement.
Nous ne pensons pas qu’elle ait été retranchée. Et d’abord parce qu'en cas d'expulsion, les témoins de la présence devraient être les plus nombreux, tandis qu’à l'époque ancienne il ne s'en trouve que parmi les latins. Secondement : s'il y a eu retranchement, c'est pour le motif assigné par Augustin, qu'on aura craint de favoriser l’adultère. Mais lui-même fait aussitôt la preuve que cette crainte eût été vaine, puisque l'adultère y est traité comme un péché. Si l’on en croit Augustin, ce ne sont donc pas des évêques ou des hommes pieux, mais des maris jaloux, de peu de foi, ow ennemis de la foi qui ont effacé l’épisode. On voit quelles conséquences aurait un pareil fait pour le thème même de la canonicité, si le texte sacré pouvait subir aussi largement de telles atteintes de personnes dépourvues de toute autorité. Ni Chrysostome ni Théodore, ni Cyrille
- qui leur était si hostile n'auraient rien soupconné d'un si grave attentat! Pas la moindre protestation ne se serait fait jour avant Augustin et même longtemps après lui!
On objectera que insertion n'est pas moins invraisemblable. Nous me discuterons pas les raisons de convenance pour ou contre. C’est un fait que dans la transmission des mss. les omissions involontaires sont plus fréquentes que les additions involontaires, mais Îles additions délibérées sont beaucoup plus fréquentes que les omissions voulues, si l'on estimait ajouter à un texie sacré un
224 ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, VII, 53-vilt, 14.
texte qui ait le même caractère. Ainsi la principale cause reconnue par Jérôme du trouble des copies, c’est qu'on mettait dans un évangile ce qu'on lisait dans un autre. On a pu, on à dû faire l'insertion sans aucun scrupule, si l’on tenait la péricope pour une partie intégrante de la tradition apostolique.
c) Origine de la péricope. Son caractère traditionnel est reconnu, semble-t-il, par tout le monde, même par ceux qui déclarent qu’elle n’a jamais fait partie de l’évangile de Jo. — Mais Soden en particulier a constaté — nouvel indice de l'insertion — que les variantes sont très nombreuses dans ce petit morceau. Tischendorf a même pris le parti d'imprimer simultanément le texte de D et * Je texte recu. Celui que nous retenons est en substance celui de Hortque Soden suit d'assez près, beaucoup moins conforme à D qu’à la vulgatelatine dont il pourrait presque passer pour l'original. Maïs comme les anciens latins sont souvent appuyés par le grec reçu, on ne saurait conclure à deux types primitifs du texte, D étant connu pour ses singularités, et le texte recu pour ses prétendues améliorations dans le sens de la clarté et de l'élégance. Il y eut donc un type grec qui se répandit en Occident, où il trouva d’abord vlus de crédit qu’en Orient.
D'où venait ce texte? On s'accorde à reconnaître que la péricope est beaucoup plus dans la manière des synoptiques que dans cefle de Jo. Mais ce n’est pas une raison pour affirmer qu'elle a été empruntée à l’un des synoptiques, par exemple à Le., car elle n’est pas mieux placée après Le. xx, 38. « Caractère synoptique » doit s'entendre ici de la tradition ancienne de la catéchèse. Trouve-t-on quelque trace de cet épisode? Il y est fait allusion, sans rien dire de l’évangile, dans la Didascalia, composée vers 250 et qui nous est parvenue en syriaque et en latin (Zahkn, p. 724) : il est dit à l’évêque qui ne voudrait pas admettre un pécheur au repentir : peccabis in dominum deum, quoniam non es persuasus nec credidisti salvaiori deo nostro, ut faceres, sicut ille fecit in ea muliere, quae peccaverat, quam statuerunt presbyteri ante eum et in eo ponentes iudicium exierunt. Scrutator autem cordis interrogabat eam, si condemnassent eam presbyteri (Syr. num condamnaverunt te presbyteri, filia mea). Cum autem dixisset « non », dixit ad eam : « Vade, nec ego te condemno. Ce trait est repro= duit dans les Const. apost. u, 24 (vers l’an 400), d'après la Didascalia. Mais où celle-ci a-t-elle puisé? Elle a avec Jo. cette différence que les accusateurs sont des anciens, oi rpeséirepot qu’on ne trouve dans aucune des variantes des mss. Serait-ce l'indice d’un autre original, ou une manière d'appliquer plus directement la leçon à la hiérarchie chrétienne, qui ne comprenait ni yoaupatet ni Dapioatot, ni iepets mais bien des rpeoéürepor? Quoi qu'il en soit , la Didascalia regarde Le trait comme authentique et faisant pleinement autorité. Il semble que nous puissions remonter à Papias dont Eusèbe a écrit (H. E. III, 39, 47) : éxtédeurer dù nat &XANV iotoplav nept yuvauxbs Ent roXkaïs éuaptlats DixGknBel ons ërt toÿ xvplou, ñv ro xa0° EGpaious ebayyékiov repiéyer. Rufin a traduit : simul et historiam quandam subiungit de muliere adultera, quae accusata est a Tudaeis apud Dominum. habetur autem in evangelio, quod dicitur secundum Hebraeos, scripta ista para- - bola, c’est-à-dire qu'il voit ici la femme adultère de Jo. , dénoncée ds les Juifs, ce qui est le texte de D. Le traducteur syrien (d'après Nestle, FU, 0, 2 pe 40) « Mais il a aussi écrit encore une histoire sur une femme qu'on accusait de beaucoup de fautes, au temps où Notre- Seigneur était dans le monde, histoire
écrite dans l’évangile des Hébreux », c'est-à-dire que ce traducteur ne connais- sait rien de semblable dans les évangiles, puisqu'il croit nécessaire de dater la scène au temps du Christ. Pour nous le mot le plus important est &\in. Pour-
quoi une autre histoire de femme? Dans les Constitutions apostoliques (1, 24; Funk, p. 93), c’est après avoir ajouté à la Didascalia l'exemple de la pécheresse (Le. vu, 47) que l’auteur ajoute : Etépav dé riva fuaprrrvlav Éstnoav où rpeoGÜtepor #. 7. À. Il semble qu'Eusèbe procède de la même façon : Outre l’histoire bien connue de la pécheresse, Papias en raconte une autre qui est dans l’évangile selon les Hébreux. Il est bien clair qu'Eusèbe ne lisait pas cette autre histoire dans les évangiles canoniques, du moins dans les mêmes termes, mais nous ne savons pas encore en quoi elle consistait, car la première pourrait être aussi
bien celle de Jo. que celle de Lc., si Eusèbe avait connu celle de Jo. Maïs enfin
cela est très peu probable d’après l’état de la tradition grecque de son temps, et
d’après la traduction de Rufin qui identifie la seconde histoire avec celle de Jo.
La seule difficulté pour Eusèbe, c'est qu'il parle de beaucoup de péchés, tandis que la femme de Jo. n’est accusée que d'un adultère, maïs le flagrant délit n'incluait-il pas des fautes antérieures? Le plus vraisemblable est donc que la femme de Papias est bien celle de Jo.Mais Eusèbe ne dit pas que Papias l'ait empruntée à l’évangile des Hébreux, et d’après ce que nous savons de ses informations, elle lui est venue plutôt de Témoignages oraux de la tradition
apostolique. Si Papias a pris soin dans ce cas de citer son auteur, et si c'était
l'apôtre Jean, peut-être par le canal d’un autre, on comprendrait que cette histoire ait été annexée à l'évangile de Jo. non poînt comme appartenant à l’évangile des Hébreux, mais comme un fragment incontestable et précieux de la tradition johannine : une addition ainsi justifiée est plus vraisemblable qu'une audacieuse mutilation sur un si large champ.
d) Parmi ceux-là mêmes qui reconnaissent à la péricope de la femme adultère une haute antiquité dans la tradition, il en est, comme Loisy, qui lui refusent toute réalité historique. Cependant elle ne contient rien contre la vraisemblance, et le rationalisme n’a pas même la ressource d'y trouver un miracle. Ce qui serait invraisemblable, ce serait une délégation du sanhédrin auprès de Jésus. Ce haut tribunal, une fois saisi d’une affaire aussi grave, n’aurait pas pu, même dans l'intention de perdre Jésus, le charger de juger à sa place, ou même venir en corps lui demander son avis sur un point de droit aussi clair. Mais les « grands prêtres » qui donneraient au groupe l'apparence de représenter le
grand conseil, ne figurent que dans des variantes sans autorité. Ce sont des
scribes et des Pharisiens qui viennent d'acquérir la preuve d’un crime d’'adultère. L'homme a probablement échappé (Dan. xrm, 39), et c'est peut-être en le voyant fuir qu'on s’est convaincu du flagrant délit qui n'exigeait pas un conslat trop posilif; la femme a été prise, et on va la livrer à la justice. Les Pharisiens jugent l’occasion bonne de mettre Jésus dans un mauvais cas. On connaissait, cela est évident par la tradition synoptique, son indulgence pour les pécheurs;
on espérait donc qu'il trouverait quelque biais pour éviter que la femme fût
lapidée. S'il prenait parti contre elle, ce serait partie remise. Wünsche (p. 329) a rappelé qu'il était interdit sous des peines graves (la mort!) à un jeune maître de donner une décision de droit en présence des personnes plus autorisées;
mais cette fois le grief n’eût pas 66 sérieux; Jésus aurait pu s’'excuser aisément
mg
Ps * 226 ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, VII, D3-VINI, 14.
sur les instances réitérées qui lui avaient été faites. On ne peut guère objecter non plus que les Juifs n’avaient plus le droit de vie et de mort. Pour des cas de pur droit intérieur et de flagrant délit, rien ne les empêchait de procéder sommairement. C’est ce que Jésus leur propose de faire, puisqu'ils sont si assurés du faitet du droit, mais à une condition! En les invitant à sonder leur conscience, il ne prétend pas exclure des tribunaux ceux qui ont des fautes à se reprocher; il rappelle seulement un principe de droit naturel : il n’est pas admissible qu'on poursuive si rigoureusement chez les autres des fautes dont on s'est rendu coupable. D'ailleurs il ne faut pas faire dire au texte que Jésus a écrit par terre les péchés des accusateurs. Il refuse seulement de s'ériger en juge (Lc. xir, 43 s.), et il met ses adversaires dans un embarras d’où ils ne sortent qu’en se dérobant par le silence et par la fuite, comme dans le cas du denier (Mt. xxu, 24 et parall.). L'accord de l'indulgence pour le pécheur et de la réprobation du péché ressort très simplement de ses paroles à la femme, sans la moindre apparence d’emphase de part ni d’autre. Les Pharisiens ont manqué leur coup; on voit qu'ils tenaient moins à faire exécuter la Loi qu’à satisfaire leur haine. Tout cela est parfaitement naturel. On ne voit pas comment M. Loisy a pu écrire : « À y bien regarder, le cas est théorique et abstrait, comme un thème de discussion scolastique » (p.282). Ce n’est point ainsi que sont bâtis les casus de théologie morale. Personne ici ne se demande quid iuris? 11 n’y a pas à discuter. On admire comment Jésus s’est soustrait à la nécessité de prononcer selon la loi qui est claire, pour confondre ses adversaires et ouvrir la voie au pardon. Soden a noté (1, 523) la concision, la clarté, la pointe aiguisée de ce passage qui ne le cède à aucune des narrations de Marc.